Revenons sur nos pas : du bugadé à la machine à laver

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En me promenant, j'ai rencontré l'autre jour une mamie du côté du lavoir de Goulin.

« C'est là que je venais rincer mon linge, le rincer, me dit-elle, car je faisais la lessive à la lessiveuse chez moi.

Mais ce n'était pas le cas de ma grand-mère qui a connu l'époque des grandes lessives de printemps et d'automne -périodes plus calmes pour les travaux agricoles- , lessives qu'on appelait aussi les grandes « buées ».

Elle me racontait qu'on entassait les draps en lin réalisés par le tisserand du village, les serviettes, les torchons, les mouchoirs dans l'attente de la grande lessive.

Selon le nombre et le volume de pièces à laver, les grandes buées pouvaient durer plusieurs jours.

Une première étape consistait à disposer le linge en couche dans un cuvier en bois semblable à un tonneau et à le recouvrir d'eau froide.

On le laissait tremper toute la nuit pour éliminer un maximum de crasse.

Le lendemain, on faisait couler cette eau qu'on récupérait pour arroser les fleurs.

Puis démarrait la deuxième opération, le coulage: on versait de l'eau de plus en plus chaude puis bouillante sur le linge.

Il ne fallait pas verser tout de suite de l'eau bouillante pour ne pas cuire la saleté.

On plongeait dans la cuve un sac de jute contenant des cendres tamisées qui servaient de détergent.

On ajoutait aussi des plantes comme la saponaire qui faisait de la mousse, du laurier pour parfumer le linge, des orties pour le blanchir...

Ce linge trempait une journée entière et était touillé de temps à autre à l'aide d'un pieu.

On pouvait aussi vider l'eau et recommencer l'opération. Il fallait voir la couleur de l'eau !

Enfin, on retirait le linge pour l'amener au lavoir, le battre, le rincer et l'essorer.

C'était un travail fatigant, me racontait ma grand-mère, mais c'était l'occasion pour les femmes de se retrouver et de discuter entre elles.

Un diction dit d'ailleurs qu'au lavoir « on lave le linge et on salit les gens » !

La dernière opération, c'était le séchage. Par beau temps, le linge était séché en plein air directement sur l'herbe ou sur les haies.

L'hiver, le linge séchait au grenier ou devant la cheminée.

Les familles les plus aisées faisaient appel aux lavandières, des laveuse professionnelles.

Quant aux vêtements, ils étaient lavés chez soi puis rincés au lavoir en général une fois par semaine."

Les souvenirs de la mamie font remonter les miens : si je n'ai pas connu "les grandes buées", je me souviens d'une lavandière du village qui venait chercher notre linge pour le rincer au lavoir. On lui offrait le café mais elle demandait aussi un petit armagnac pour affronter la froideur de l'eau !

L’apparition de la lessiveuse de ménage a allégé cette corvée : il s'agissait d'un récipient de fer muni d’un couvercle que l'on plaçait sur le poêle ou la cuisinière; on y faisait bouillir le linge à laver. Il fallait entasser le linge autour d’un tube central qui permettait un arrosage automatique afin de décrasser les vêtements.

Aujourd'hui, on rénove les lavoirs, souvenir d'une époque révolue...

Pierre DUPOUY

Photo : le lavoir de Goulin

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