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« Dans la nuit du 4 au 15 »

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Il était une fois le nouveau livre de Didier da Silva. Au hasard des coïncidences

Didier da Silva a 46 ans, il vit à Marseille, mais il entretient un rapport très émotionnel avec le Gers. Pas uniquement parce que ses parents s'y sont installés, non loin de Valence-sur-Baïse, pas seulement non plus, parce que le Gers est au centre de plaisirs gastronomiques précieux, et bien connus. Mais parce que le Gers offre à l’écrivain ou l’auteur qui la recherche, une ambiance particulière. Didier aime ces moments de balades, de marche à travers nos campagnes. Et ce n’est donc pas étonnant qu’il en ait fait une partie du décor de deux de ses romans dans « L’ironie du sort » et dans « L’automne 09 »

Pour comprendre l’œuvre de Didier da Silva, il faut se plonger dans "L'ironie du sort", qui, d'après l'auteur lui même, fut le détonateur d’une nouvelle écriture, du regard particulier qu’il nous offre sur un calendrier d'un monde qui tourne, à la fois dans le temps et dans l’espace. Car pour da Silva, c’est justement cette juxtaposition aléatoire, hasardeuse ou totalement fabriquée d'événements, de vies des uns et d'histoire des autres, à travers des coïncidences particulières qui le passionnent. Dans une écriture dense, parfois tirée en longueur comme pour lui apporter plus de véracité et de précision , il nous enrichit par ses connaissances et ses découvertes passionnantes d’événements que nous aurions pu délaisser, oublier. 

Dernièrement, Didier da Silva nous offre un nouvel opus de son « almanach des coïncidences» » : « Dans la nuit du 4 au 15 ». Le titre se réfère au passage du calendrier julien au calendrier grégorien, tel que nous le connaissons actuellement. En 1582, une simple bulle papale décrétant que le lendemain du 4 serait le 15 octobre. Curieux raccourcis dans le temps où le fait du pape nous ôte d’un coup de bulle ces jours pour en rattraper d’autres. Ainsi, Didier nous met en lumière avec humour, contrastes et férocité quelques télescopages : "Trente-deux années après la fameuse nuit du 4 août qui vit la France voter avec exaltation l'abolition des privilèges, rien que ça, en s'imaginant un peu vite que l'affaire était dans le sac, naissait sans faire de bruit chez des paysans du Jura, les Vuitton, un enfant qu'on prénomma Louis".

Au-delà de la joie de se plonger dans ces fouilles archéologie de notre Histoire (avec un grand H), c’est bien aussi de notre propres histoire qu’il s’agit. Car il est évident que la première date vers laquelle nous farfouillerons, sera celle de notre anniversaire. Didier da Silva excave des dates que l’on parcourt comme on égraine un chapelet à travers le prisme des arts, de la culture, de la science, des droits de l'homme ou par l'humour : "Un 23 septembre, Freud mourut dans d’atroces souffrances, puis naquit Cyril Hanouna."

Emporté par cette écriture particulière, Didier Da Silva a le sens du détail, et l’on se plait à apprendre mille choses sur chaque jour. Ce livre est un mine que l'on relira 365 fois au moins. Certains s'en enorgueilliront lors de dîners, en étalant quelques anecdotes ; d'autres en profiteront pour étudier plus en profondeur un événement en particulier. Vous en voulez une ? « Un 2 novembre sont assassinés Pier Paolo Pasolini et Jacques Mesrine, mais ce ne sera qu’en 2008 que l’on fera de ce jour-là, sempiternelle lenteur des autorités, la journée mondiale pour le droit de mourir dans la dignité. »

« Chaque date devient un détonateur, chaque jour est sans fin », écrit Jean Echenoz dans sa brève préface. Didier da Silva, rapproche (ou éloigne) des faits, des anecdotes, des moments de la grande Histoire et des êtres sous prétexte qu’ils sont survenus ou ont disparu le même jour. «Le 14 avril est catastrophique : en 1912, à minuit moins vingt, le soi-disant insubmersible Titanic heurte un iceberg, et mettra un peu plus de deux heures à couler ; en 65, surgit Alexandre Jardin, qui n’a pas encore touché le fond, faites-lui confiance.»

Et vous, vers quelle date vous plongerez en premier ? Celle de votre mariage, qui fut peut être aussi le théâtre d'une grande catastrophe. Qui sait ? Le livre de Didier da Silva est un modeste monument, aussi vivant qu'un almanach et moins scolaire qu'un livre d'histoire.

Didier da Silva - Photo © Gilles Pourtier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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