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Gens d'ici. Petites histoires de grands

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Le mystérieux Monsieur Fermat Saison 1- (2/3)

Feuilleton par Claire Adélaïde Montiel

Peu de mathématiciens peuvent se vanter d’être aussi connus dans le monde entier que Pierre Fermat. Dans la région, nous connaissons sa maison natale à Beaumont-de-Lomagne. Le lycée de Toulouse, des rues et plusieurs établissements solaires portent son nom.  Il doit sa popularité à sa célèbre Sa célèbre conjecture : « L’équation Xn +Yn=Zn n’a pas de solution dans l’ensemble des nombres entiers naturels non nuls si n est un entier égal ou supérieur à 3 ». Improprement désignée par ses admirateurs comme « le dernier théorème » ou encore « le grand théorème de Fermat » elle a passionné nombre de mathématiciens pendant 356 ans et a valu à son auteur un statut de vedette dans les journaux du monde entier avant d’être enfin démontrée par l’anglais Andrew Wiles en 1994 et d’accéder ainsi, légitimement cette fois, au statut de théorème.   

Du fait du battage médiatique dont il a fait l’objet, chacun croit connaître Pierre Fermat ou de Fermat comme on voudra le nommer. Aussi est-on surpris de découvrir à quel point il s’est comporté, toute sa vie durant, comme un homme énigmatique, voire même secret.

Nous allons le percer à jour pour vous, amis lecteurs. Menons l’enquête.

Saison 1- (2/3) : L'homme qui naquit trois fois - Coup de théâtre à l'église Notre Dame de l'Assomption. 

L’acte 2 commence par un coup de théâtre !

Voilà que le registre des baptêmes de 1605 fait état, en date du 30 octobre, de la naissance d’un deuxième Pierre, fils du même Dominique.  Pour la mère, règne la même incertitude qu’en 1601, mais ce qui est nouveau, c’est que, à y bien regarder, rien n’est vraiment clair pour le père non plus.

Reprenons les choses au début.

Le 30 octobre 1605, dans l’église Notre Dame de l’Assomption, est baptisé dans la grande cuve de plomb [1], un second nouveau-né prénommé Pierre. C’est pour le moins surprenant, mais il y a plus étonnant encore. À la suite du prénom, le nom de famille de l’enfant, d’abord laissé en blanc, n’a été renseigné qu’après coup avec une encre d’une couleur différente. Le patronyme Fermat apparaît donc, non pas de prime abord, mais écrit en seconde intention.

À la rubrique fils de, le prénom du père qui a tout d’abord été noté François, prénom d’un autre Fermat de Beaumont qualifié de marchand dans plusieurs documents, a été rayé, manifestement après coup, pour être remplacé par Dominique, ce prénom débordant dans l’intervalle au-dessus de celui qui avait été d’abord inscrit et empiétant sur le mot suivant.

Pierre Fermat, filz de François (rayé et remplacé par Dominique) a esté baptisé le dernier d’octobre 1605, parrin M. Dusolier… marrine magdeleine Dusolier, par moy Pardeilhan pbte.

Que cachent ces gribouillages et ces mystères ?

Pour essayer de tirer l’affaire au clair, voyons qui sont les parrain et marraine, ces protagonistes essentiels au regard de l’église puisqu’ils se substituaient aux parents pour, en portant le nouveau-né sur les fonts baptismaux, le présenter à Dieu et à la communauté des chrétiens. 

De la marraine, Magdeleine du Solier, nous ne connaissons que le nom. En revanche, le parrain, Pierre Dussolier, n’est autre que l’époux de Marguerite de Long, sœur de Claire Delong que nous pouvons considérer comme la mère de ce second enfant. En effet, dans un acte de baptême de 1607, elle figure au titre de  « femme à Sire Dominique Fermat, bourgeois » ce qui laisse supposer qu’après le décès de sa première épouse, peut-être morte en mettant au monde la petite Antoinette, Dominique s’est remarié à Claire Delong.

Le Pierre de 1601 avait été porté sur les fonts baptismaux par Jehanne Cazeneuve, sa tante de la branche maternelle et par Pierre Fermat, frère de Dominique, son oncle paternel. Le Pierre de 1605 a pour parrain Pierre Dussolier, beau-frère de Claire Delong qui serait donc, en toute hypothèse, son oncle par alliance. Le problème de la mère de ce nouveau Pierre est donc résolu ? Pas tout à fait !

En effet, si le nouveau-né de 1605 est bien, comme cela paraît de plus en plus probable, le fils de Claire Delong, le mariage aurait dû avoir lieu à tout le moins plusieurs mois avant la naissance du second Pierre. Or, malgré toutes les recherches, il n’a été possible de retrouver ni l’annonce de ces épousailles, ni le minutier de notaire où a été consigné le contrat de mariage. 

On ne peut imaginer cependant que ce dernier document n’ait pas existé. Le marié possédait de nombreux biens et il était de coutume que la future épousée apporte, en dot, une somme conséquente. L’absence de contrat paraît d’autant plus troublante que Dominique Fermat, qui était lié par amitié ou par cousinage avec plusieurs notaires, utilisait souvent leurs compétences pour dresser de nombreux actes d’achat ou de vente de biens mobiliers et immobiliers, ou encore pour établir avec d’autres marchands des contrats d’affaire lorsqu’un marché était trop important pour lui seul.

Au terme de ce parcours du combattant, nous avons acquis une certitude : le Pierre de 1605 est bien le fruit d’une nouvelle union survenue après le veuvage de Dominique, mais il reste une inconnue. Lequel des deux Pierre nés de Dominique Fermat et de deux mères différentes est notre mathématicien ? Celui de 1601 ? Ou bien celui de 1605 ?

Bien malin qui le dira, d’autant que la plaque funéraire apposée à la mémoire de notre mathématicien dans le chœur de l’église des Augustins de Toulouse fait état d’une troisième date de naissance. Le mystère s’épaissit.

Retour vers l'épisode 1

Le Journal du Gers vous propose de réaliser des feuilletons (le plus longtemps possible) sur l’histoire de personnages importants pour la mémoire et pour la culture du territoire. Ces personnages peuvent être de fortes personnalités locales et nous avons déjà quelques autres séries en tête, mais il est possible aussi d’imaginer un hommage à des personnes de notre entourage qui ont une histoire pas ordinaire ! Ou tout à fait ordinaire ! Ici tout est permis !

Ce projet est initié par Catherine Gadon convaincue de l’importance d’une presse locale vivante.

Si vous avez des idées de personnages du Gers et tout autour, si vous êtes vous-même un auteur sur la vie de personnages de ce territoire, vous pouvez laisser vos impressions ou vos idées à cg@lejournaldugers.fr

C’est avec bonheur, bienveillance que nous étudierons vos propositions avec l’équipe qui s’est déjà constituée autour de ce projet.

[1] Baptistère encore visible à l'église de Beaumont-de-Lomagne où fut baptisé Pierre Fermat

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