Parler pointu mercredi au dôme de Gascogne

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Entre récit intime et faits historiques, un spectacle inclusif et festif qui célèbre la diversité des identités et des accents.

Benjamin Tholozan est comédien. Il a grandi dans un village du midi. Une terre provençale, latine, violente, truculente. Une terre de corrida. Trivial et sacré s’y mêlent en permanence. Toute sa famille y vit encore, et toutes et tous parlent avec l’accent du midi. Sauf lui.

Impossible de déceler dans son phrasé la moindre intonation méridionale, le moindre mot hérité du patois roman de ses ancêtres. Pour devenir acteur, il a gommé son accent. Il parle pointu. C’est-à-dire avec l’accent du pouvoir. Parler pointu est une expression que les méridionaux utilisent pour désigner l’accent parisien, en réalité celui du français normatif parlé dans les médias, et sur les scènes de théâtre. Parler Pointu raconte l’abandon progressif des parlers régionaux et des accents, et ce que cette perte revêt à la fois d’intime et de politique.

Dans cette épopée historique et familiale, Benjamin Tholozan incarne avec fougue, joie et précision les personnages qui ont fait du Français et de l’accent tourangeau le seul parler encore légitime aujourd’hui.

« Pour l’enterrement de mon grand-père, on m’a demandé de prendre la parole.

J’ai lu un poème en occitan, en m’excusant de ne plus avoir l’accent de ma région d’origine. Je me suis adressé directement à mon grand-père en lui disant que même si je parlais désormais différemment, ma culture était toujours présente en moi.
Les gens m’ont regardé avec des yeux ronds. Personne ne comprenait ce que je disais, mettant en cause mon accent « parisien ». Je parle vite, je prononce moins les syllabes. Ils n’ont rien entendu. Ou rien voulu entendre ?
J’ai pris conscience de l’éloignement qu’avait créé entre eux et moi des années de cours d’art dramatique de la capitale où l’on apprend à parler un français normatif, académique, « distingué ». Malgré moi, je porte des siècles de centralisation, d’hégémonie culturelle et linguistique.
Je parle la langue du pouvoir, des médias, de la télévision, de la politique. La langue du théâtre. Le théâtre qui revendique se jouer de la norme, en contribuant à la diffuser. Un paradoxe.
J’ai eu envie d’écrire et de jouer un spectacle dans lequel je ressusciterais mon grand-père et, avec lui, la façon de parler de mes ancêtres.
Un voyage qui passerait par la croisade des albigeois, les troubadours de langue d’oc, la cour des rois de France, les premiers membres de l’Académie Française, le club des jacobins…
Une sorte de conte initiatique en forme d’introspection, une conférence illustrée sur la glottophobie, la langue, la violence symbolique, sur l’homogénéisation et la perte d’identité. »

Benjamin Tholozan

                 

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