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Le petit monde de Vic : Atout coeur

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Première partie

Comme annoncé, voici la 2ème nouvelle  de la série Le petit monde de Vic, par François Macé.

Pour lire la première, Le curé aux chaussettes pourpres, c'est ici première partie et ici deuxième partie.

Cette nouvelle fiction s'intitule Atout coeur et comme la première, prend place dans le cadre de Vic-Fezensac.

Présentation des protagonistes de cette histoire :

Nous sommes en juin 2019.

Posons le décor et étudions les acteurs de cette affaire d’hommes.

Le Château Fleuri est l'une des deux maisons de retraite de Vic.

La vie y est rythmée par les repas et les soins aux résidents.

La pendule aux grosses aiguilles est le personnage le plus important après la directrice.

Depuis bientôt deux ans, trois hommes d'un âge avancé et tous lourdement handicapés se retrouvent le dimanche après-midi dans la salle à manger pour jouer à la belote.

Ce sont des compagnons de misère comme aime à dire l’un deux.

Ils ont en commun une haine du mariage.

Le temps est compté.

A la fin du repas de midi à 13h30, le personnel de service débarrasse les couverts, il est 14h. A 18 heures, le même cérémonial se déroule à l'envers. C'est l'heure du souper.

Tous les trois sont malheureusement obligés de se déplacer en fauteuil roulant.

Pierre toujours vêtu d’une chemise à carreaux, variant du vert au rouge c’est selon l’humeur de l’aide soignante qui l’habille le matin. Ce dernier a 85 ans, la moustache sous le nez est une dernière coquetterie à laquelle il tient. Lui par contre peut marcher à l’aide de deux béquilles. Le visage rond, le cheveu épars tombe de part et d’autre de sa casquette.

Le dimanche Rose, l’aide soignante, vient le chercher à la chambre 62 au premier étage à 11h50. Celle-ci le roule jusqu’au réfectoire. Elle est toujours vêtue d’une blouse blanche avec un stylo sur la poche qui bouge au rythme de sa forte poitrine. Rose est originaire de la Guadeloupe, sa peau mate et ses formes généreuses ne laissent pas indifférents les rares hommes de l’établissement. Ils aiment regarder les mollets de Rose dépassant de la blouse.

Il faut préciser que Pierre a exercé la profession respectée d’armurier. Dans le Gers, un armurier se révélait être un homme important de la ville. Le « douze » n’avait aucun secret pour lui.

A 12h05, Rose allait chercher René, 88 ans, qui lui était invalide et ne pouvait plus marcher du tout. Elle l’avait habillé à 11h30.

Ce dernier, le dimanche, se faisait une fierté d’arborer une chemise blanche avec une cravate noire portant les couleurs de l’UAV rugby.

Son pantalon était noir, tous ses pantalons étaient noirs.

Dans les années soixante, il avait été demi de mêlée. C’était son heure de gloire.

Il était grand et costaud, il restait des vestiges de son ancienne musculature.

Il avait exercé la profession de boucher. Il avait eu une propension à être un fêtard immodéré. L’abus de bonne chaire et d’alcools forts lui avait bouché les artères des jambes.

La gauche avait dû être amputée, cela fait trois ans. C’est la raison qui l’a poussé à la maison de retraite.

René était chauve depuis longtemps. Son crâne luisait comme une boule de bowling. Ses sourcils épais lui donnaient un air sévère.

Georges, le dernier du trio, était petit et râblé, il affichait 82 ans. Il était tout simplement usé par la vie.

Il avait exercé le métier de mécanicien durant de longues années dans le garage familial repris depuis par son fils.

Au regard de ses compères élégants pour la journée du dimanche, il arborait un polo marqué UAV tennis. Il avait été offert par Guillaume, le petit-fils de Pierre.

Il portait des jeans. « Cela fait jeune » aime-t-il à dire. Il marchait mais tellement lentement. Il possédait une paire de béquilles mais une curieuse coquetterie lui en faisait refuser l’usage. Il se cramponnait aux murs mètre après mètre. Par le passé, c’est en raison de la boisson qu’il rentrait comme cela au domicile conjugal.

Le garage n’était pas très éloigné des cafés. Aujourd’hui, il payait la note de tous ces excès.

Tous les trois attendaient à 14 heures précise, Guillaume le petit-fils de Pierre, l’armurier. Il a 25 ans et est célibataire.

Fidèle et par amitié pour son grand-père, il vient passer quatre heures tous les dimanches à jouer à la belote. C’est le quatrième.

C’est un rendez-vous d’hommes uniquement car tous on perdu leurs épouses au fil du temps. Parfois dans des circonstances tragiques.

Guillaume n’est pas encore marié. Il est grand, mince, le cheveu brun et coupé court. Il aime porter une chemise à fleurs l’été avec un short assorti.

Ses jambes élancées sont bronzées par le jardinage et le sport. Il aime la course à pied. Les trois anciens regrettent qu’il ne pratique pas le rugby.

Ce dernier est souriant et véritablement gentil et aimable. Il apporte toujours des gâteaux ou des chocolats partagés avec Rose.

Conversations d’hommes

Ce dimanche, il fait beau. Les anciens sont autorisés à jouer aux cartes dehors dans le jardin.

Une table en plastique leur est réservée. Ils sont installés contre la façade à l’ombre.

A 13h30, le repas est terminé. A 13h50, ils sont tous les trois autour de la table à attendre la venue de Guillaume.

Ils se remémorent les départs en vacances à Arcachon avec la Peugeot 404, la caravane et le bateau gonflable fixé sur la galerie.

C’était les années 70 avec les voitures sans climatisation et parfois les beaux-parents tassés derrière avec les gosses. La surcharge n’était jamais loin. On partait en famille.

Guillaume est ponctuel. Ce dimanche, il tarde. Il est 14h15, Guillaume arrive avec son père Louis, le fils de Pierre.

Louis ne vient jamais, il délègue sa présence à Guillaume.

Les cartes sont au centre de la table. Pierre en apercevant son fils attrape le paquet nerveusement pour se donner de la constance.

Il pressent une catastrophe familiale. Ils sont vêtus, pour le père, d’un costume gris d’été et pour le fils d’un élégant blazer bleu marine. Le pantalon écru tombe bien avec des ourlets impeccables. Cela n’augure rien de bon. Leurs chaussures sont en cuir et cirées avec soin.

Ils se rapprochent de la table. Guillaume pose un ballotin de chocolat avec le sourire. Cela passe inaperçu.

- Marthe est morte ?  Marthe, c’est l’épouse de Louis et la mère de Guillaume.

- Mais non !  lui est-il répondu.

Le retraité est emporté par la curiosité et l’inquiétude.

- Alors, tu as demandé le divorce et tu viens me l’annoncer ! 

- Il ne faut venir qu’avec des bonnes nouvelles, reprend Pierre sans plaisanter.

Pierre poursuit son interrogatoire :

- Elle est à l’hôpital d’Auch en réanimation dans le coma et tu n’osais pas me le dire par téléphone. 

- Papy calme-toi !  lance Guillaume.

Je vais me marier la semaine prochaine et nous venions vous inviter tous les trois. Nous avons gardé le secret pour vous faire la surprise. 

- Avec qui ? interroge Georges d’une voix mal assurée.

- Vous vous souvenez, la jeune femme qui était venue l’été dernier ? 

- Une certaine Elodie. Elle n’a pas beaucoup de poitrine ! reprend Pierre qui a de la mémoire.

Louis ! Comment peux-tu permettre une chose pareille ? 

Ce dernier se dandine devant la table et le tribunal ancestral.

-Il a vingt-cinq ans ! A son âge j’étais marié depuis deux ans ! 

- On voit le résultat ! ponctue Pierre.

Le retraité poursuit :

-Ton exemple ne t’a pas servi de leçon ? 

Un silence entoure la table. La partie de cartes s’éloigne.... 

A SUIVRE...

Dès demain, la suite et l'épilogue... à ne pas rater !

Texte et illustrations : François Macé

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