Vivre des émotions ensemble, le mot d’ordre de la compagnie Kiroul

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Au mois de décembre, nous avions échangé avec Claire Garnier, la directrice de la structure culturelle La Petite Pierre à Jegun qui accueille en résidence permanente la compagnie Kiroul.

https://lejournaldugers.fr/article/46157-la-petite-pierre-la-culture-au-milieu-des-champs

Aujourd’hui, nous donnons la parole à Marion Dupouy, comédienne et codirectrice de la compagnie avec Cyril Puertolas et Dimitri Votano.

Dimitri, Marion, Cyril

Membre de l’équipe depuis 2012, elle retrace pour Le Journal du Gers l’historique de la compagnie.

« A la création de l'association La Petite Pierre en 1998, il n’y avait qu’une seule et même entité qui regroupait les activités sur le lieu dit la Peyrette à Jegun, la compagnie Kiroul avec Cyril Puertolas et Dimitri Votano, et la compagnie Vendaval, composée de danseuses venues d'Andalousie, et qui a quitté le Gers une dizaine d'années plus tard.

Au départ, tout a été mené de front, les travaux sur le lieu, les projets théâtraux, les ateliers avec les habitants, la création du festival N’amasse pas Mousse, etc.

Chemin faisant, il est apparu que la scission des projets était nécessaire pour que chacun puisse s’épanouir de manière indépendante tout en restant extrêmement liés.

C’est ainsi qu’en 2005, la compagnie Kiroul a créé sa propre association, en conservant ce nom qui la lie à son histoire, celle du lieu et du festival… La Petite Pierre Kiroul N'Amasse pas Mousse. Facile à retenir !»

La compagnie a alors vraiment pris son envol avec un premier spectacle qui est encore joué aujourd’hui, Les oizeaux se crashent pour mourir.

Marion nous en parle :

« Ce spectacle  Les oizeaux se crashent pour mourir est une forme courte à deux personnages. C’est l’histoire de Roméo et Juliette racontée avec des serviettes en papier !

C’est une création poétique, très drôle, qui parle aux tout-petits comme aux adultes. Elle a été jouée plus de 1 000 fois, en France mais aussi à l’étranger.

C’est aussi le spectacle avec lequel Cyril et Dimitri ont fait leurs armes et essuyé les plâtres comme ils aiment à le raconter : quand ils sont allés présenter le spectacle la première année au festival d’Aurillac, qui est une référence en matière de spectacle de rue, ils ont joué 2 jours puis ont tout remballé car l’accueil du public avait été très mauvais ! Ils ont compris qu’ils devaient retravailler...

C’est de toute façon leur manière de fonctionner que de se confronter au public puis de faire des réajustements en fonction des retours.

Les oizeaux se crashent pour mourir : la réconciliation

Journal du Gers : la compagnie reposait donc à ses débuts sur le duo formé par Cyril et Dimitri ?

Marion : Oui, tout à fait. Leur duo s’appelait Les fautifs et faisait référence au duo du clown blanc et de l’auguste mais en version plus contemporaine et sans nez rouge.

En 2013, ils ont créé une suite aux Oizeaux se crashent pour mourir et à sa version longue Comment va la terre ? Elle tourne..., intitulée Jamais jamais, suite qui racontait les retrouvailles des deux personnages trente ans après.

L’un des deux a bien vieilli, on sent que c’est la fin. C’est un spectacle qui évoque la question délicate de la fin de vie en réussissant à créer l’équilibre entre l’émotion et le rire.

          

Jamais jamais 

Mais en parallèle du duo de Dimitri et Cyril, d’autres formes ont été défendues comme des contes de Perrault revisités, dont Mademoiselle Culcendron et Blarble bleue, dans une déclinaison plutôt clownesque pour le 1er et musicale pour le 2ème. Un autre axe s'est dessiné autour de l'écriture d'Eric Durnez, dramaturge belge qui a rejoint la direction de la compagnie de 2007 jusqu'à son décès en 2014, et dont la compagnie a monté plusieurs textes, dont C, Les Contes à réchauffer, Le Voyage intraordinaire ou La Maman du Prince, avec un bel écho tant du côté professionnel que public en Belgique et en France.

Melle Culcendron

La maman du prince 

Puis Cyril et Dimitri ont abandonné leurs personnages en 2018 avec la création de 2points0, qui explore l’au-delà et et plus précisément une sorte de purgatoire, sans que le sujet ne soit nommé directement, le public étant libre d'en faire une autre lecture.

Cette création, c’est le début de l’exploration d’un nouveau pan artistique qui consiste à troubler les repères des spectateurs.

Journal du Gers : Quelle est votre actualité ?

Marion : C’est précisément la création de la suite de 2points0 qui s’intitule Allant vers : après le purgatoire, on plonge dans l’Enfer !

C'est la première fois que la compagnie monte une production de cette envergure, nous y travaillons depuis 4 ans. Nous serons six comédiens au plateau, avec un technicien qui sera en jeu lui aussi.

C’est un spectacle qui va durer 2h30 et se dérouler exclusivement de nuit : on va proposer une aventure aux spectateurs, une sorte de bout de nuit que l’on passera ensemble.

La thématique, c’est l’enfer, avec plusieurs sous-textes que sont L’Enfer de Dante, nos propres enfers, nos questionnements - Sommes-nous bien vivants ? Quels chemins souhaitons-nous emprunter ? Nous sommes-nous trompés de direction ? Faut-il rebrousser chemin ?… - et l'envie de jouer entre différents niveaux de réalité. C'est aussi un spectacle où le visuel et l’humour auront une grande place. Il ne se jouera pas en salle car il nécessite un très grand espace et nous tenons à le présenter à l'air libre, dans la « vraie » nuit.

Allant vers extérieur paysage

A l'origine, le spectacle devait sortir en juin 2020, mais comme tout le monde, nous avons dû tout stopper en mars, les jambes coupées dans la dernière ligne droite. Plus de répétitions, et toutes nos représentations annulées. Aussi, lorsque nous avons pu reprendre le travail, et que nous avons compris que nous allions devoir tout décaler d'un an, nous avons décidé de mettre à profit artistiquement cette année « perdue ». Nous avons consacré tout notre temps à cette création, en nous nourrissant de ce qui nous a traversés durant cette année 2020, pour au final, non seulement ne pas lâcher notre objectif, mais être encore plus exigeants avec ce que nous voulions proposer.

Si le contexte le permet, la première aura lieu le 28 mai 2021 dans le cadre de la saison culturelle de CIRCa à Auch, suivie d'une série de dates sur l'été et l'automne, avec un retour dans le Gers en septembre au festival N'Amasse pas Mousse à Castéra-Verduzan, justement.

Allant vers répétitions 

Journal du Gers : Vous avez une dizaine de spectacles à votre actif. Sont-ils tous des créations originales de la compagnie ?

Marion : Oui, mais leur genèse ne repose pas toujours sur un texte écrit. En l'occurrence, pour Allant vers, le point de départ est un univers apporté par Cyril et Dimitri qui sont à la direction artistique du projet : disons que Cyril amène plus particulièrement la matière écrite, la dramaturgie et Dimitri la partie scénographie, l’univers visuel, spatial, et ils échangent beaucoup au préalable sur tout cela.

Ensuite, à partir de ce canevas, chaque comédien.ne fait des propositions au cours d’improvisations pendant les répétitions et le spectacle s’écrit ainsi pas à pas. Sylvain Cousin, qui travaille avec Cyril et Dimitri depuis leurs débuts, les rejoint pour chapeauter la mise en scène.

Allant vers répétition

Journal du Gers : De combien de personnes se compose la compagnie ?

Marion : La compagnie a une direction à trois têtes (Cyril, Dimitri et moi-même, dans une bonne complémentarité), et nous sommes une dizaine en tout entre les comédiens - Mariette Delinière, Marion Dupouy, Cyril Puertolas, Valérie Tachon, Dimitri Votano, Martin Votano - le régisseur, François Sinagra, l’administratrice, Léa Oriol, et des personnes extérieures qui interviennent de manière ponctuelle comme le metteur en scène Sylvain Cousin, la dramaturge Anne-Christine Tinel, notre chargée de diffusion, Ingrid Monnier, l'artiste Antoine Manceau de la compagnie l'Attraction Céleste, et d'autres complices suivant les projets, en regard sur la mise en scène, pour des interventions en action culturelle, à la technique...

Le spectacle Allant vers réunit tout le monde pour la première fois. C'est donc aussi une forte aventure humaine, portée par un public gersois (et pas seulement) qui nous suit fidèlement, le bureau de notre association, des liens avec d'autres associations locales... Tout cela est très précieux, et inhérent à notre manière de travailler.

Allant vers résidence 

Journal du Gers : Comment la compagnie est-elle financée ?

Marion : Nous avons des partenariats de nature différente (près d'une vingtaine sur la création d'Allant vers) avec des lieux de programmation et de résidence partout en France, dont certains suivent le travail de la compagnie depuis longtemps. En particulier, plusieurs Centres Nationaux des Arts de la Rue et de l’Espace Public (CNAREP) qui sont des lieux labellisés par le ministère de la culture pour accompagner les formes théâtrales destinées à l’espace public, nous accueillent sur des périodes de répétition, en mettant à notre disposition des espaces de travail et en apportant une contribution financière pour équilibrer le budget de la production (salaires de répétition, décor, matériel technique...).

Nous bénéficions aussi de subventions directes du département du Gers, de la région Occitanie, de la DRAC Occitanie, et d'aides au projets émanant de divers financeurs.

Mais en dehors des temps de création, notre modèle économique repose principalement sur la vente de nos spectacles.

Allant vers répétition

Journal du Gers : Menez-vous d’autres actions en dehors de la création et de la représentation de spectacles ?

Marion : Oui, la compagnie a toujours mené des actions en direction des scolaires et des amateurs, particulièrement sur le territoire du Gers, mais son champ s'est encore élargi ces dernières années, avec des actions en parallèle de nos créations, des projets avec des habitant.e.s...

Parmi les historiques, nous avons un partenariat avec une association qui promeut la pédagogie coopérative, l’OCCE, avec qui nous menons un projet récurrent intitulé THEA, soutenu également par l'ADDA 32 : chaque année l’association choisit un auteur de théâtre contemporain (Antonio Carmona cette année) et la compagnie travaille avec 5 à 6 classes, plutôt des classes élémentaires, pour amener les enfants à s’approprier les textes et les impliquer dans tout le processus de mise en jeu.

Nous intervenons aussi depuis quelques années au collège de Marciac, où Mariette Delinière, comédienne de la compagnie, monte un spectacle de rue avec tous les élèves de 6ème à partir d'un mythe, Cassandre cette année.

Cette année nous avons la chance de mener dans un collège des Landes un projet intitulé « Culture en herbe », financé par le Département des Landes : la compagnie est associée au collège pendant un an, elle se rend sur place tous les mois ; l’idée est d’aborder le théâtre en le sortant de la salle noire, et de faire vivre aux élèves la naissance d'une création, de l'intérieur.

Nous avons aussi effectué une résidence au lycée agricole de Mirande, résidence qui s’est conclue par une semaine passée avec deux classes de seconde.

En effet, la compagnie tient à agir et créer aussi dans des endroits qui ne sont pas a priori dédiés au spectacle, pour rencontrer et échanger avec celles et ceux qui ne vont pas au théâtre, et pour jouer avec les codes, continuer à inventer, à se surprendre elle-même.

Allant vers répétition

Journal du Gers : Si vous deviez définir en quelques mots la ligne directrice de la compagnie, que diriez-vous ?

Marion : Je dirais que c’est une compagnie qui ne s’interdit rien, qui va explorer tous les domaines de la création théâtrale - théâtre de rue, théâtre de texte, théâtre d’objet… - mais tout en restant fidèle à son projet d’origine, à savoir se situer dans une grande proximité avec le public.

En plus de vingt ans, je pense que la compagnie garde le même mot d’ordre qui est de vivre des émotions ensemble, d’aller au devant des gens au lieu d’attendre qu’ils viennent à nous. Ce qui prend un sens encore plus fort dans le contexte actuel.

Allant vers répétition

Nous ne manquerons pas de vous reparler de la compagnie Kiroul et de leur nouvelle création  Allant vers avant la première qui est prévue le 28 mai 2021 à Auch dans le cadre de la saison culturelle de CIRCa.

En attendant, si vous voulez en savoir plus sur la compagnie, n’hésitez pas à visiter leur site et leur page facebook :

www.kiroul.net

https://www.facebook.com/ciekiroul

Et à visionner les deux vidéos ci-dessous qui vous donneront une petite idée de cette compagnie atypique difficile à présenter en quelques lignes !

https://www.youtube.com/watch?v=swre8DDNckk&fbclid=IwAR0KTBbBEzm280moPopuJ1rCEth7AaEae3zYW8iioDTALWspUtbeVbeajhI

https://www.youtube.com/watch?v=1iARDY8Xqnc&fbclid=IwAR0GdH6H6ksgdZV9FaJQAsIC8o5KezQSFvggjYQPppdnXY4uijiHvS3Xh80

Adresse : La Peyrette
32 360 JEGUN

Mail : ciekiroul@free.fr

Tél : 05.62.68.19.01

Photos : Compagnie Kiroul

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