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Petite parenthèse

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Se faire appeler Arthur

Elle nous a été violemment retirée, sans que l’on comprenne trop pourquoi ni comment. Du jour au lendemain, il a fallu vider les rues dare-dare, et se barricader seuls derrière nos fenêtres.

Même les moineaux des villes n’en revenaient pas. Ce silence assourdissant leur permettait de converser sans s’époumoner. Le temps de quelques applaudissements retentissants le soir venu, leur joyeux discours amoureux pouvait ensuite reprendre tranquillement.

Huit longues semaines à rester enfermés, en liberté dans quelques misérables mètres carrés, à contempler un ciel radieux hilare face à notre désarroi. Incarcerati ?

Puis retentit le clairon signalant la fin de cette parenthèse stupéfiante, intimant l’ordre de retourner à « l’anormal ». Délivré, chacun pensait retrouver un parfum de liberté chérie. Sauf que, le ministre de la Santé avait bien prévenu : "La levée du confinement, ce n'est pas la reprise de la vie comme avant".

Effectivement. Entre transports en commun réglementés aux heures de pointe, déplacements autorisés à 100 km -à vol d’oiseau- du lieu de résidence, motif impérieux au-delà -mais possibles sans sortir du département-, retrouvailles familiales et amicales avec mode d’emploi, pique-niques et sports à risques interdits, balades admises en bord de plage -mais sans se poser sur le sable…

Attestation ou pas, port du masque obligatoire ou pas, qui, quand, comment, où ?... À la moindre sortie dans un quotidien transformé en quatrième dimension, chacun redoute désormais de se faire appeler Arthur.

Quel que soit le prénom attribué à notre naissance, nous pouvons tous très bien nous faire appeler « Arthur ». Surtout par les temps qui courent.

Cette expression, qui signifie se faire gronder, être réprimandé, n’a aucun lien avec le roi légendaire. Et, malheureusement, on ne sait rien sur ce fameux Arthur.

Certains avancent qu’elle serait née durant la guerre, lorsque les patrouilles allemandes étaient chargées de faire respecter le couvre-feu. Quand celui-ci était décrété à huit heures, les soldats avaient l’habitude d’interpeller les civils qui se risquaient encore dans les rues, par un tonitruant « Acht Uhr ! » (prononcer « arrrtour »). On pourrait supposer que, lors de cette sommation, les Français comprenaient ainsi qu’on les appelait Arthur.

Mais l’expression aurait été utilisée bien avant la Deuxième Guerre mondiale. Dans les années 20, Arthur, au même titre que Jules, désignait un gigolo, un proxénète. Sans que l’on sache pour autant qui étaient ces individus notoires, au point de laisser des traces dans notre langue.

Alors que le ministre de la Culture annonce qu’il y aura bien une -énigmatique- Fête de la musique, le 21 juin, comment comprendre les dispersions de petits groupes d’amis et les rappels à l’ordre incessants depuis la sortie d’une incarcération à domicile ?

Obligés d’affronter la pandémie dans le dénuement sanitaire, la complexité d’une situation imposée par l’exécutif, sans autres explications, nous plonge dans la perplexité à chacun de nos actes.

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