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Petite parenthèse

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Nuit blanche

Alors que des millions de Français ont été sommés de rentrer chez eux et d’y rester, il y a maintenant huit semaines, voici venue l’heure du déconfinement imposé à tout prix.

Bien sûr, chacun a envie d’un retour à une vie « normale ». Mais la décision obstinée du gouvernement de reprendre le 11 mai place les travailleurs, les familles, les enseignants, les élus locaux, dans une situation chaotique incontrôlable.

Les conditions sanitaires sont loin d’être réunies : on manque toujours de masques efficaces, de tests de dépistage, de médicaments. L’incapacité à gérer et à soigner reste la même. Pourtant, les travailleurs devront, dès lundi matin, laisser leurs enfants à ce qui s’apparentera plus à un camp militaire pour des gamins de trois à cinq ans, un gardiennage au profit du patronat, qu’à une école qui instruit. Avant de s’engouffrer dans des transports en commun, véritables bombes épidémiologiques...

Entre la peur d’attraper le virus et celle de le véhiculer, les nuits blanches ont encore de beaux jours devant elles.

Étonnant d’assimiler une insomnie à une nuit blanche, alors que, les yeux grands ouverts dans son lit, on perçoit surtout l’obscurité.

Pour compliquer encore un peu, l’origine de cette expression n’est absolument pas certaine. La plus répandue fait référence à la veillée d’armes au Moyen Âge, lorsque le chevalier prêt à être adoubé devait passer la nuit qui précédait sans dormir. Vêtu d’une tunique blanche symbolisant la pureté, il lui était demandé de jeûner et de prier jusqu’au petit matin. Paradoxalement, l’expression « passer une nuit blanche » n’est apparue qu’au 18e siècle. Peu de chance donc qu’elle ait attendu si longtemps pour être utilisée.

Une autre proposition fait référence au mot « blanc » pour évoquer un manque (lorsqu’on rend par exemple copie blanche, que l’on vote blanc, que l’on tire à blanc…). La nuit blanche serait donc marquée par l’absence de sommeil.

Une autre hypothèse enfin nous entraîne au 19e siècle, à Saint-Pétersbourg. Au mois de juin, la nuit ne tombe jamais complètement sur cette ville septentrionale. Ce qui laissait tout loisir à la noblesse russe et à ses noctambules -réunis alors à la cour royale- de poursuivre leurs festivités jusqu’à l'aube. Les nombreux aristocrates français présents à cette époque auraient ensuite rapatrié cette expression.

Ni chevaliers en manque de reconnaissance, ni fêtards invétérés, tous ceux qui s’apprêtent à reprendre le travail la peur au ventre ne comptent plus désormais les moutons. Ceux-ci ont laissé place depuis deux mois à une farandole de flacons de gel hydro-alcoolique, de masques de protection, de gants, et de tests rassurants.

Illustration Pixabay.com

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