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Petite parenthèse

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Langue de bois

Il n’y a pas que la nature qui frémit aux prémices du printemps. Le gouvernement, atteint d’une poussée de sève flamboyante, se lance à corps perdu dans des débats visant à conquérir le cœur piétiné d’un peuple bien malmené. Un peuple qu’il avait tendance à négliger sérieusement, sinon pour l’accabler, trop occupé à conter fleurette aux magnats de la finance.

Après la tentative de séduction des maires, cap sur la jeunesse ! Soutenu par ses copains de l’Éducation et du Travail (c’est toujours plus simple de draguer avec les potes), le président vient enjôler les jeunes. Il est vrai que question éloquence, M. Macron a été grand gagnant au concours du Rotary Club.

Oui, les jeunes, ceux-là même qui, en décembre dernier, se sont retrouvés agenouillés, mains derrière la tête, sous la surveillance de policiers casqués et armés de matraques, pour une séance d’humiliation ! (« Ça leur fera un souvenir » disait Ségolène).

Ah là là, c’est beau l’amour… Et c’est bien parti pour de longues leçons de langue de bois.

L’expression « langue de bois » est utilisée pour parler d’un discours truqué visant à cacher la vérité à son interlocuteur, mais qui peut également le manipuler, sous des airs de complaisance, pour l’amener à ses propres fins.

Ce sont les Russes qui ont commencé à parler de « langue de chêne » pour désigner le langage de la bureaucratie tsariste, particulièrement rigide et codifié. Une langue qui doit être relativement internationale, puisque elle a gagné la Pologne (en devenant « langue de bois »), la Chine (« langue de plomb »), l’Allemagne (« langue de béton ») pour arriver sous la forme « langue de bois » en France dans les années 1970. On l’attribue souvent -on se demande bien pourquoi- au langage politique.

Quand Emmanuel Macron, tout sourire, exhorte les jeunes à se saisir du grand débat, c’est « pour inventer le pays dont nous voulons ». Mais qui est le « nous » ?

Voilà un an que lycéens et universités demandent l’abandon des réformes du bac Blanquer, de Parcoursup, des frais d’inscription exorbitants pour les étudiants étrangers… Il leur est répondu : « On va développer les internats(…) parce qu’il y aura un projet derrière ».

Face à leurs inquiétudes concernant le service national, on avance l’hypothèse d’un examen du permis de conduire, « chance inouïe pour votre génération »…

Pendant ce temps, mutilés et gueules cassées, parmi lesquels des étudiants (dont le président de l'UNL), continuent de grossir le rang des bilans sanglants de la répression étatique par la terreur.

Illustration Pixabay.com

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