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Il y a cent ans… 1918 : bilan de la dernière année de guerre

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À l’occasion du centenaire de la Première guerre mondiale, la Société archéologique du Gers et les écrivains publics du Gers se sont associés pour vous faire découvrir la chronologie des événements marquants de la Grande Guerre, tels qu’ils ont été vécus par les Gersois, au travers des grandes batailles qui l’ont émaillée. Chacun d’eux sera l’occasion d’un article qui en reprendra les grandes lignes et s’appuiera sur des portraits d’hommes, soldats gersois, morts ou disparus. L’idée de cette série est de leur rendre hommage pour, qu’à travers eux, le sacrifice de tous ceux de 14 ne soit pas emporté par l’oubli, même cent ans après.

Le 11 novembre 1918, à 11 heures, lorsque les cloches retentissent dans les campagnes gersoises, chacun se sent soulagé. Enfin, le conflit, ininterrompu depuis plus de quatre ans, prend fin.  Bien sûr, le chemin du retour reste à faire : retour à la vie civile pour les soldats mobilisés ou même prisonniers, retour à la vie professionnelle, familiale - en un mot, la vie normale – pour tous, hommes, femmes ou enfants. Bien sûr, ce chemin ne sera pas simple, il faudra composer avec les souvenirs, les blessures, les séquelles physiques et mentales ; il faudra aussi faire avec les nombreux, trop nombreux absents, camarades, compagnons, fils, fiancés, maris, pères, qui ne reviendront pas des champs de batailles.

Si cet Armistice est un moment de délivrance, la guerre, même terminée, continue malheureusement de tuer. Ainsi, deux soldats gersois meurent ce même jour ; sept encore le lendemain. L’ironie du sort est pour eux et leurs proches d’une amère cruauté.

D’autant que cette année 1918 s’est montrée particulièrement dure pour nos soldats…

Année 1918 : bilan humain

Durant ces douze derniers mois de guerre, nous pouvons diviser les pertes de soldats en quatre groupes : du 12 novembre 1917 au 20 mars 1918, veille de l’offensive allemande (76 morts sur tous les fronts de l’Orient à l’Italie) ; du 21 mars au 6 août 1918 qui marque la fin des attaques allemandes (534 morts) ; du 7 août au 11 novembre (426) et enfin, du 12 novembre au 31 décembre (129 morts).

Ces données qui concernent tout le front, d’Orient en Belgique en passant par l’Italie ne comprennent pas les décès en hôpital ou ambulance principalement de maladie (235), en captivité en Allemagne ou en territoire envahi (45), à leur domicile (80), outre-mer (2), accidentellement (21) et par suicide (1).

A remarquer que du 15 juin à la fin de l’année la grippe a causé 40 décès parmi les soldats gersois : 24 en hôpital, 11 à domicile, 3 en Orient et 2 en Allemagne.

Esquisse de bilan de la guerre

Il ressort de notre dernier décompte un total de 8442 soldats gersois tués entre 1914 et 1918, dont environ 8150 suffisamment identifiés ; 7132 nés dans le Gers et 1016 nés ailleurs en France, en Europe (quelques Espagnols) ou dans les possessions françaises, mais principalement dans les départements limitrophes.

Les trois premiers mois de guerre ont été de très loin les plus meurtriers (1508 morts). L’année 1915 s’est révélée plus meurtrière (2365 morts) que l’année 1916 en dépit de la saignée de Verdun (1364). Après un relatif répit en 1917 (1076), 1918 cumule les pertes essuyées au cours des offensives allemandes acharnées et de l’assaut final (1420).

Tous les soldats gersois morts pour la France dans la Grande Guerre ne sont pas « disparus » (1474), morts sur le champ de bataille, « tués à l’ennemi » (2629), ou « des suites de leurs blessures » dans une ambulance proche (1691). On relève 1217 décès en hôpital, sur tout le territoire national, 290 à domicile et 155 en captivité. Parmi ceux-ci, qui ne sont pas morts sur le champ de bataille ou à proximité immédiate, respectivement 265, 18 et 24 l’ont été de suites de blessures, information plus sûre et, dans ces conditions, cela porte le total des décès « de suites de blessures » à 1998.

La plupart de ces soldats vivaient de la terre (75%), cultivateurs ou agriculteurs sans que l’on puisse savoir s’ils sont propriétaires, fermiers, métayers, bordiers ou simplement domestiques, statuts qui ne semblent pas systématiquement précisés. L’élevage paraît une activité de second plan dans ce système de polyculture-élevage autarcique.

On atteint 90% de la population active si l’on y joint les artisans et commerçants. Les artisans sont surtout au service de l’agriculture (charrons, forgerons, maréchaux-ferrants, tonneliers, meuniers) et plus encore dans la construction (charpentiers, maçons, menuisiers et quelques tuiliers). Les commerçants sont essentiellement des boulangers, bouchers et épiciers, les marchands et négociants étant peu nombreux. Ainsi sont satisfaits les besoins premiers des hommes qui sont de se nourrir et de se loger. A leur service on trouve aussi pour les entretenir, vêtir et chausser, de la tête aux pieds une bonne proportion de coiffeurs, de tailleurs d’habits et de cordonniers ou sabotiers.

Les 10 % restants comprennent d’abord pour moitié des employés dans tous les secteurs d’activité du tertiaire (comptables, garçons de commerce, de café, de salle, d’hôtel, cuisiniers) et de maison (cochers et valets de chambre), des fonctionnaires (Ponts et chaussées, Postes et télégraphe, impôts, école) et militaires, des professions libérales, enfin des étudiants,  religieux, sans profession. Quelques ouvriers (mécaniciens d’automobile, de batteuse, machine à vapeur et typographes).

Portraits des deux soldats gersois tués le jour de l’armistice :

Léon Piquemal-Cabos (Lectoure) : Né le 2 septembre 1894, à Lectoure, de Joseph et Anna Cezérac, Léon Piquemal-Cabos exerce la profession de coiffeur lorsque la guerre éclate. Il fait partie de la classe 1914 mais est, dans un premier temps, réformé en raison de sa santé, pour des motifs de faiblesse et de palpitations. Il est finalement incorporé le 19 décembre de la même année, à la 17ème Section d’Infirmiers Militaires (SIM) de Toulouse. Le parcours de Léon Piquemal-Cabos est mouvementé : il passe à la 1ère SIM le 11 mai 1916 ; puis à la 22ème le 1er janvier 1917, où il ne reste que quelques jours avant d’intégrer la 123ème le 18 janvier ; il rejoint finalement la 73ème SIM le 1er mai 1917. Il est évacué du front pour maladie le 10 mai 1918 et proposé à la réforme  en raison d’un mauvais état de santé (infiltration étendue des poumons, présence de bacilles de Koch, asthénie, amaigrissement…) le 1er octobre 1918. Il décède de la tuberculose, chez lui, à Lectoure, le jour de l’Armistice. Il était âgé de 24 ans.

Jean Preneron (Bonas) : Jean, Léon Préneron est né le 27 avril 1884, à Bonas dans le canton de Valence, de Jean et Marie Réchau. Il effectue son service militaire à partir du 15 octobre 1905, au sein du 13ème Régiment d’Artillerie avec lequel il participe à la campagne de Tunisie pendant deux ans : du 18 octobre 1905 au 1er octobre 1907, en tant que canonnier-conducteur muletier, puis maitre-pointeur à partir du 1er juin 1906. Il est mobilisé le 1er août 1914, au sein du 57ème Régiment d’Artillerie de Campagne de Toulouse. Il participe avec ses camarades gascons aux batailles de Belgique puis de la Marne en 1914 ; en Artois en 1915. Affecté au 1er Régiment d’Artillerie le 20 janvier 1917, il obtient le grade de Brigadier le 25 février de la même année. Il participe aux offensives d’avril en Champagne avant de rejoindre le 115ème Régiment d’Artillerie de Campagne le 22 décembre 1917, puis le 2nd RAC en mars 1918 pour finalement rejoindre le 13ème Régiment d’Artillerie de Montagne le 1er mai 1918. Il est nommé Maréchal des Logis le 29 juin 1918. Il meurt le 11 novembre 1918 à Radomir (Bulgarie), à 34 ans, des suites d’une maladie contractée au service. Son nom est transcrit sur le monument aux morts de Bonas.

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