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Il y a cent ans… 1918 : l’offensive du printemps

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À l’occasion du centenaire de la première guerre mondiale, la Société archéologique du Gers et les écrivains publics du Gers se sont associés pour vous faire découvrir la chronologie des événements marquants de la Grande Guerre, tels qu’ils ont été vécus par les Gersois, au travers des grandes batailles qui l’ont émaillée. Chacun d’eux sera l’occasion d’un article qui en reprendra les grandes lignes et s’appuiera sur des portraits d’hommes, soldats gersois, morts ou disparus. L’idée de cette série est de leur rendre hommage pour, qu’à travers eux, le sacrifice de tous ceux de 14 ne soit pas emporté par l’oubli, même cent ans après.

Printemps 1918… La guerre se poursuit et, à l’arrière, les Gersois et les Gersoises continuent eux aussi à souffrir de la situation. Certes l’espoir que la fin des combats approche est dans tous les esprits, mais le quotidien rappelle chaque jour combien le poids à supporter est lourd.

Nous retrouvons encore les mêmes sujets de préoccupations dans la presse locale : les difficultés d’alimentation, rythmées par les rationnements en pain ou sucre par exemple ; les taxes sur la viande qui, au mois de mai, pousse les bouchers à menacer de faire grève. Les avertissements concernant les fraudes montrent, par leur régularité, combien la population civile souffre du manque de nourriture.

Ajoutons à cette liste les réquisitions militaires de tous ordres : chevaux, bovins, farine, vin et même tissus et chiffons !  Mais aussi les annonces régulières concernant l’arrivée de blessés (le 22 mars à l’hôpital de Gimont) et l’accueil de réfugiés : le 24 avril, à Auch ; le 3 mai, une cinquantaine dans les cantons de Fleurance et Saint-Clar ; le 15 mai, à Eauze. Pas une journée ne passe non plus sans que la presse locale ne cite les noms de soldats blessés, disparus ou tombés au combat.

Et même, le 10 mai, à Montréal-du-Gers, des journées d’entraînement physique sont proposées pour les jeunes du Canton, à partir de 16 ans, afin de réaliser les exercices de la préparation militaire : instruction physique, tir, courses, sports…

Tout cela montre combien la guerre reste présente dans la vie de chacun, combien la guerre affecte et pèse sur chaque journée. Car, au loin, sur les lignes de fronts, ce printemps sera, de nouveau, particulièrement meurtrier, avec près de 288 soldats gersois tués entre les mois de mars et de mai 1918.

Un printemps sanglant

Le nouveau contexte stratégique est totalement favorable aux forces allemandes : le retrait de la Russie permet désormais de mener la guerre sur un seul front, l’Ouest, en y concentrant toutes les forces disponibles. La décision est prise par Ludendorff de préparer une attaque décisive, de très grande ampleur, pour le printemps 1918, avant que la montée en puissance de l’armée américaine ne soit effective.

À la mi-février 1918, l’essentiel du transfert des divisions allemandes du front Est vers la France est achevé. L’offensive allemande a été baptisée avec emphase, la Kaiserschlacht, la « Bataille de l’Empereur ». Elle est composée de deux phases principales : la première doit frapper la Somme ; la seconde doit parachever la rupture en Flandres françaises.

Déclenchée le 21 mars 1918, l’opération frappe par surprise et avec violence les troupes britanniques. Utilisant à plein leur supériorité numérique, les Allemands réalisent en quelques heures une large trouée dans le front. Plusieurs divisions sont littéralement détruites, les unités qui n’ont pas été disloquées se replient en combattant, dans un contexte de panique : les routes sont encombrées, l’artillerie allemande sème le chaos. Amiens se trouve rapidement menacé, ce qui oblige les Britanniques à envoyer massivement des réserves pour tenter de combler la brèche.

La panique s’empare alors des milieux dirigeants politiques et militaires français et anglais. La peur d’un effondrement complet pousse à la mise en place, dans l’urgence, d’un commandement unique, afin d’assurer la coordination de l’ensemble des forces alliées. L’avance allemande commence à ralentir au bout de quelques jours, à la fois en raison de l’insuffisance de la logistique (les munitions et même la nourriture des troupes sont insuffisantes) et de la résistance croissante de l’adversaire ; progressivement, le succès initial et spectaculaire de Ludendorff se transforme en défaite…

La seconde phase de l’offensive allemande est lancée en Flandres françaises le 9 avril. Pour Ludendorff, elle fait figure de « quitte ou double ». Le scénario se révèle identique au premier épisode : une percée spectaculaire sur la Lys, la prise rapide d’Estaires (9-10 avril, accompagnée de l’incendie de la ville) et de la crête de Messines(10-11 avril), une avance vers Hazebrouck qui vient mourir à proximité de ce carrefour ferroviaire de grande importance (12-15 avril), la destruction et la capture de Bailleul (12-15 avril), une première bataille sur le Mont Kemmel (17-19 avril), un nouvel échec pour atteindre Béthune qui entraîne, de rage, le bombardement massif de tout le centre de la ville.

Si plusieurs divisions britanniques se sont efforcées d’enrayer l’attaque allemande avec des moyens souvent dérisoires  – des barricades de fortune dans les rues d’Armentières ou de Bailleul, des groupes de retardement accrochés aux remblais ferroviaires –, d’autres en revanche s’effondrent sous la violence de l’impact. Pour venir en aide à son allié en péril, Foch décide d’envoyer des troupes françaises en renfort. Ce sont des unités françaises qui subissent le bombardement apocalyptique de la « seconde bataille du Kemmel », les 25 et 26 avril.

Le bilan des pertes humaines est considérable, dans les deux camps, en raison du volume et de la durée de la double offensive. Les Britanniques ont perdu 236 000 hommes entre le 21 mars et le 29 avril 1918 ; la structure des pertes est très particulière : assez peu de tués (ce qui signifie quand même 20 000…), beaucoup de disparus (120 000), pour la plupart des prisonniers. Les Français ont moins de pertes en nombre (92 000), mais la proportion des tués est considérable pour les unités engagées au Kemmel. Quant aux Allemands, ils ont perdu, dans la même période, 348 000 hommes.

Malgré l’ampleur de leurs pertes, les Alliés parviennent à stabiliser le front. Le 29 avril, la Kaiserschlacht s’achève par un constat d’échec.

PORTRAIT : Raymond, François, Jean ABADIE

Né le 11 décembre 1895, à Villefranche dans le canton gersois de Lombez, d’Henri et Marie Abadie. Raymond passe toute son enfance dans son village natal où son père exerce la profession de charpentier, avec son jeune frère Marius, né en 1900 et sa sœur Valentine, née en 1901. Il fréquente l’école communale avant de commencer de travailler avec son père, comme apprenti charpentier.

Issu de la classe 1915, il est mobilisé en avance avec l’entrée en guerre et incorporé, à partir du 20 décembre 1914, au sein du premier groupe d’aérostation. Les compagnies d’aérostation devaient, pendant la guerre, exécuter des missions en lien avec les régiments d’artillerie : recherche et surveillance d’objectifs ainsi qu’observation des tirs. Ces compagnies, qui appartenaient aux forces aéronautiques militaires, employaient des corps de métiers très divers, dont des menuisiers et des charpentiers, ce qui explique fort probablement la raison de l’incorporation de Raymond Abadie.

Le 7 mars 1917, il est envoyé au 40ème Régiment d’Infanterie puis, le 30 juin de la même année, il passe au 30ème RI qu’il rejoint dans le secteur du Chemin des Dames. Dès le début de l’année 1918, le régiment est envoyé en Alsace et participe aux batailles lancées par l’Allemagne en ce printemps sanglant. Les 24 et 25 avril, le 30ème fait face à de violentes attaques ennemies mais tient bon « Toutes les tentatives ennemies sur cette ligne furent vaines. Les soldats du 30ème fixent définitivement le boche et forment l’ossature de la nouvelle ligne » (extrait du JMO). Le bilan humain est cependant très lourd : 18 tués, 55 blessés et plus de 1650 disparus en seulement deux jours. Raymond Abadie fait partie de ces soldats manquant à l’appel et, comme nombre de ses compagnons, il sera déclaré décédé quelques jours plus tard.

Son nom est transcrit sur le monument aux morts de Villefranche.

 

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