«Gascon'idéos»: créer des plants de vigne alliant résistance et typicité gasconne

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Un programme de l'Institut national de la recherche agronomique et de l'Institut français du vin

La Recherche opiniâtre de variétés alliant les caractéristiques des cépages autochtones et la résistance aux maladies est en passe de réussir : les scientifiques l'expliquent le 3 juin au Domaine du château de Mons à Caussens (Gers). C'est un espoir raisonnable qui se lève pour les vignerons, pour la filière des Vins du Sud-Ouest et pour les gastronomes de Gascogne et de toute la France.

Alain Desprats, coordonnateur du programme Gascon'idéos (1) reçoit la presse et les partenaires du programme ce jour-là au château de Mons, propriété de la Chambre d'agriculture du Gers. Il s'agit de faire connaître les progrès dans la recherche d'idéotypes (1) de cépages résistants aux maladies et possédant les qualités spécifiques des cépages autochtones du piémont pyrénéen. Recherches effectuées par l'Institut national de la recherche agronomique, l'alimentation et l'environnement (INRAE de Toulouse) et de l'Institut français du vin Sud-Ouest/V'innopôle (IFV).

Le budget est d'environ 500 000 euros pour les 15 ans du programme. Alain Desprats précise que les crédits sont répartis entre les vignobles en fonction de leur surface et de l'importance des cépages cibles pour leur dénomination. Il ajoute que des crédits de la Région Occitanie et de l'Europe (Feader) ont été précieux pour les 3 premières années du programme.

Motivations de ces recherches

Voici les principales :

  • diminuer l'utilisation des produits phytosanitaires d'une manière durable dans notre climat océanique très favorable aux maladies apportées par les champignons (oïdium, mildiou, notamment) : le réseau OSCAR (Observatoire du déploiement des variétés résistantes) témoigne d'une diminution de 80 % des phytosanitaires utilisés sur les variétés résistantes obtenues ;

  • répondre à un défi qualité considérable : faire baisser le degré d'alcool, offrir des produits à teneur réduite en sucre, riches en polyphénols et aromatiques, mais résistants au changement climatique.

Bref : Créer une « viticulture responsable, durable et rentable, qui préserve la typicité des produits phares de nos vignobles de la Gascogne et du piémont pyrénéen ».

Chronologie des recherches

Depuis 2000, l'INRA conduit la programme ResDur « visant à créer des variétés résistantes à l'oïdium et au mildiou. En 2018, quatre premières variétés ont été inscrites: l'Artaban, le Floréal, le Vidoc et le Voltis. Puis, en décembre 2021 : le Coliris, le Lilaro, le Sirano, le Selenor et l'Opalor.

Nicolas Rech (3) souligne que des progrès énormes ont été faits pour les tests : « ce qui prenait des années ne prend plus que quelques heures ! »

Entre temps, le génome de la vigne a été entièrement décrypté en 2007 : « un progrès considérable », souligne Nicolas Rech.

Depuis 2018, le programme Gascon'idéos est découpé en 3 stades pour chacun des 3 cépages emblématiques du piémont pyrénéen, colombard, gros manseng et tannat :

  • 2 ans : hybridation de 1 000 pépins mis sous serre, à la charge de l'IFV et de l'INRA,

  • 6 ans : plantation et suivi de 60 variétés obtenues, à la charge de l'IFV et du partenaire,

  • 6 ans : plantation Vate (Valeur Agronomique Technologique et Environnementale) 10 variétés (90 pieds par variété).

Ce qui donne une fin de programme en 2032-2033.

Question de Bernard Malabirade, président de la Chambre d'Agriculture

Bernard Malabirade pose la question suivante : « Ne craignez-vous pas que dans des pays où les OGM ne sont pas interdits, on colle, très bientôt, sur une variété de vigne cultivée existante, un gène de résistance pris sur une autre plante que la vigne, comme la luzerne ? » Question « rhétorique », car personne ne peut y répondre.

Détails par stade exposés par Thierry Dufourcq (IFV Sud-Ouest)

Stade 1 : maintien des géniteurs de résistance ; croisements, récolte et conservation des pépins ; semis des pépins ; élevage des plantes en serre ; extraction d'ADN à la main, génotypage ; confection des plants.

Stade 2 : confection des plants ; maintien du matériel d'origine en serre protégée ; installation et entretien du dispositif ; suivi du vignoble et en œnologie ; analyse des données ; sélection.

Stade 3 : confection des plants ; installation et entretien du dispositif Vate ; évaluation Vate ; examen sanitaire pour clone ; sélection finale ; présentation à l'inscription et protection.

Le stade 2 est commencé : les premiers plants obtenus ont été implantés dans une parcelle dite de sélection intermédiaire au Domaine du château de Mons le 3 juin 2021. Dans ces opérations, on sélectionne le sujet qui ressemble le plus au cépage autochtone (colombard, gros manseng ou tannat). Mais on ne trouve pas de solution génétique pour faire baisser le degré d'alcool.

La lutte contre les maladies de la vigne : une longue histoire

Olivier Yobrégat, de l'IFV Sud-Ouest, donne un aperçu de l'histoire des maladies de la vigne : avant de quitter le bassin méditerranéen où elle vivait confortablement depuis 8 millénaires, la vigne étai exempte de maladie. Mais elle a voyagé à partir du XVIe siècle et des variétés américaines, asiatiques etc. ont importé toutes sortes de maladies, dont, souvent les variétés locales étaient indemnes.

Ainsi l'oïdium est arrivé en 1848, le phylloxéra en 1863, le mildiou en 1878, le black-rot en 1885, le scaphoideus titanus en 1900 (environ), le xydella fastidiosa en 2000 (environ). Aujourd'hui arrivent « le grapevine pinot gris virus » et « le halyomorpha halys » etc.

(1) Alain Desprats est aussi Directeur du Syndicat/ODG et Section interprofessionnelle des vins IGP Côtes de Gascogne.

N.B. - Sur la photo du haut de page: le château de Mons à Caussens.

 

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Alain Desprats, Mathilde Guynoiseau (responsable du Domaine de Mons) et Olivier Yobrégat
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Carte du vignoble concerné (carte projetée en séance)
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Accueil par Olivier Dabadie (président d Plaimont) au nom de l'Union des associations de restructuration du vignoble gersois 1bis 030622.jpg
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Nicolas Rech
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Thierry Dufourcq
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Mathilde Guynoiseau (responsable du Domaine de Mons)
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Panneau Gascob'Ideos de la parcelle étudiée du domaine de Mons
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Vue de cette parcelle de suivi (25 ares)
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Bernard Malabirade
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