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Le fascisme : un péril omniprésent

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W. E. Gutman

Hier encore Donald J. Trump était à la fois un fou dangereux et une grotesque épave. Claustré à la Maison Blanche, entouré d’un petit groupe fortement réduit de loyalistes, il passa les dernières heures de sa présidence à lancer des tweets truffés de venin et à monter des contestations judiciaires sordides et ingagnables. Il avait la mine d’un autocrate désaxé. Son pouvoir avait toujours découlé de ses manigances, de sa médiocrité, de son faux populisme, et de son inhumanité. Ces traits firent de lui une source d’hypnose médiatique sans précédent.

Hier encore, l’USA était un pays à la dérive, dépourvu de gouvernail, poussé par les vents de la haine et du racisme vers les récifs d’une catastrophe nationale. L’insurrection qui se déroula le 6 janvier n’était qu’un prélude. Armés jusqu’aux dents, des Trump-péteurs déchainés avaient voué de renverser les élections et d’instaurer un régime suprématiste blanc.

Bien avant le siège du Capitole, l’administration Trump avait déjà gravement endommagé le pays et sa promesse de justice et d’équité pour tous en promouvant des politiques qui attaquaient les droits civiques et dévastaient les communautés. Ce serait une erreur de penser qu’avec l’investiture de Joe Biden et Kamala Harris, nous pourrions facilement réparer les dommages des quatre dernières années.

La pandémie qui a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes a également mis en lumière des disparités raciales dramatiques – et de longue date – telles que les inégalités en matière de soins de santé, de logement, de lieu de travail, d’éducation, et de finances.

Trump a été mis à la porte, mais les infects relents de sa gérance et de ses malversations trainent derrière lui. Il n’est pas trop tôt de se demander si le fascisme est bien la doctrine qui expliquerait les conséquences de ses quatre dernières années à la barre des États Unis. Trump est une énergumène foncièrement despotique. L’arôme puant de sa rhétorique continue, comme les chiens de Pavlov ont démontré, à allécher une grande moitié de l’électorat américain. Cet aperçu seul devrait faire sonner le glas, non seulement aux États-Unis, mais dans tous les pays démocratiques infectés (mais heureusement pas encore subvertis) par le chant de sirène du fascisme.

En tant que concept, le fascisme sert de métaphore pour le mal, le comportement violent et autoritaire, et Trump a certainement été coupable de cette conduite. Ses rassemblements, son mépris pour les normes et pratiques gouvernementales évoquent tous les aspects du fascisme de l’entre-deux-guerres. Nous devons maintenant examiner de près les origines, l’évolution, les objectifs, et les dangers du fascisme.

Dans sa conception originale, le fascisme était un système collectiviste basé sur ce que Benito Mussolini appelait un « État éthique. » Il n’y avait rien de moral dans le système de gouvernance de Trump. Son style, sinon toujours sa substance, était fasciste. Son attirance pour la violence face à la dissidence, son manque flagrant de respect pour la loi, sa manie d’inventer ses propres faits, et son goût pour le spectacle public correspondent facilement au modèle fasciste. Heureusement, il n’était pas (et n’aurait jamais pu être) un fasciste compétent.

Pourtant, il a réussi à faire beaucoup de dégâts. Il a encouragé et donné une nouvelle légitimité aux réseaux de « patriotes » paramilitaires armés et de fanatiques religieux qui se mêlent la politique locale et nationale. Les groupes paramilitaires ne sont pas nés aujourd'hui (ce sont les membres de la « gestapette » française qui ont arrêté et torturé mon père en 1941 parce qu’il avait eu l’imprudence d’être juif, franc-maçon, et Résistant) mais ils grouillent d’habitude en marge de la société. Trump les a dénichés et invités à se découvrir et à partager les objectifs et les fruits de sa gérance divisive. Ils prospéreront encore longtemps après le départ de Trump. Selon le Southern Poverty Law Center, une organisation américaine de défense des droits civiques et d’intérêt public spécialisée dans les litiges relatifs aux droits de l’homme, il existe maintenant 940 groupes fascistes, néo-nazis, xénophobes, et anti-immigration aux États-Unis. Leur rhétorique résonne au Brésil et dans plusieurs pays d’Europe dont les dirigeants et complices s’impatientent à chavirer les structures démocratiques, nobles mais imparfaites, qui ont légitimé leur existence.

Cela dit, ceux parmi mes compatriotes français qui s’imaginent que l’extrême droite cagoularde n’a pas grande chance d’arracher le pouvoir croient au Père Noël. Ce que le prétendu « leader du monde libre » vient de subir doit servir de commentaire et de leçon.

Né à Paris, fils de maquisard, W. E. Gutman est un journaliste et écrivain franco-américain. L’ancien rédacteur international du magazine futuriste OMNI, ex-attaché de presse au Consulat Général d’Israël à New York, et collaborateur d’une revue scientifique russe à Moscou, il fut en mission en Amérique Centrale pendant douze ans. L’auteur de quatorze livres, il vit avec son épouse en Floride.

Illustration Pixabay.com

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