Le silence assourdissant de la neige

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Visite de l'une de nos stations des Pyrénées, un jour de confinement

Il fait superbe, le soleil brille comme une belle journée de sports d’hiver. Piau Engaly apparaît au détour d’un des derniers lacets de la D118. Les parkings enneigés et vides se succèdent. Au cœur du village, un chasse-neige s’active, seul, à dégager les quelques places du parking du centre. 

Il suffit de faire quelques pas au milieu de la partie commerciale pour se rendre compte que la ville est morte, même pas de traces de pas dans la neige. Morte, comme une ville fantôme en plein far-west, la neige en plus. Rideaux de fer baissés, volets roulants tous descendus, même la supérette est fermée. Le chasse-neige a terminé sa mission et ce qui se remarque le plus, c’est l’assourdissant silence qui nous enveloppe.

Soudain, une silhouette emmitouflée et colorée traverse le pas de neige, mon chien aboie, l’écho nous revient comme un boomerang.

Plus loin, le champ de ski, l’arrivée des remontées mécaniques. Totalement immobiles, elles n’ont rien de mécaniques, les sièges balancent à peine mus par le vent, les tire-fesses bien rangés comme une collection de cannes. Mais ce qui frappe le plus, c’est la beauté des pistes, bien damnées, parfaitement préparées pour des milliers de skieurs absents.

Alors, arpentant la piste verte, on s’arrête un instant, et l’on est totalement sidéré par le silence qui règne. Un silence dérangeant. Pas de bruit du moteur des remontées, pas de claquement des perches les unes contre les autres, pas de cris d’enfants, pas de musique, pas de frottements de ski sur la neige un peu dure. Rien. Ce rien qui met mal à l’aise. Ce rien qui rappelle que nous vivons un moment unique que l’on souhaite ne plus connaître. Ce rien qui détruit des emplois, qui décourage les commerçants, ce rien si sinistré, que lorsque j’interroge la seule âme de ce sanctuaire blanc, je peux lire dans ses yeux un départ d’avalanche de tristesse : « Comment voulez-vous qu’on tienne toute la saison, il faut que l’on nous aide et le mieux pour nous aider ce ne sont pas les subsides, c’est l’ouverture de la station et le retour des amoureux de la glisse ? » 

Chacun comprendra la nécessité des règles sanitaires à suivre. Mais tout le monde s'impatiente de retrouver une vie normale.

 

 
 
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Le jardin des neiges, orphelin de ses enfants
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