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L’Été Photographique. Une belle profondeur des champs

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Loin des clichés, des photos de vacances ou des cartes postales, l’Été Photographique est le rendez-vous gersois incontournable des amateurs d’images.

Pas encore aussi ancien, ni aussi important que les rencontres d’Arles, le festival de Lectoure se bat dans la région pour éclairer d’art et de lumières les nombreux visiteurs tout au long de l’été et jusque fin septembre. Soucieux de la diversité des œuvres à exposer, des conditions de leur mise en partage, le Centre d’Art et de Photographie de Lectoure (CAPL) œuvre toute l’année ici et, plus largement, sur le territoire rural du Gers, en proposant des expositions, des résidences de création, des actions culturelles et de médiation. 

« Dans ce lieu, nous avons la conviction que l’art participe au développement de nos sociétés, que l’art est un bien commun et qu’il nous aide à saisir et à comprendre une part de notre humanité. « 

Chaque été, le festival invite les visiteurs à une déambulation dans la ville, à la découverte d’expositions dans des lieux imprégnés d’histoires et de mémoires, souvent non dédiés à l’art et qui, le temps d’une saison, sont transformés, revitalisés par les œuvres qui les habitent. En parallèle des expositions, des projets éphémères ponctuent l’été ; lectures, concerts, conférences, projections de films ou encore performances sont les fruits de coopérations avec les artistes et les partenaires. Ils s’organisent à Lectoure et plus largement dans le département du Gers, notamment en Pays Portes de Gascogne. Une autre manière d’éveiller ou de réveiller la relation que nous entretenons avec un territoire et ses habitants et pas uniquement avec un public. 

Cette année, la nature est au cœur du propos

L’édition 2019 du festival s’intéresse à des artistes qui s’engagent dans la sphère rurale contemporaine, interrogeant plus largement la place de l’homme dans le monde, son rapport aux mondes vivant, végétal et animal, à la nature au sens large – nature nourricière, source d’inspiration et objet de représentation. Les mythes agraires ont porté notre monde. Le monde rural continue d’exister dans l’ombre de nos cultures sans qu’on y prenne garde. Pourtant il n’est plus seulement affaire de mise en culture et d’élevage, de rentabilité agricole ; il est aussi un enjeu culturel et sociétal d’aujourd’hui et bénéficie d’un changement de perception dont les limites imaginaires et les usages se transforment rapidement sous nos yeux. 

Avec des pratiques qui vont de la photographie à l’installation et à la vidéo, les artistes invités actualisent les représentations des territoires qu’ils traversent et expérimentent, entre la nostalgie d’une ruralité idéalisée, fantasmée, parfois folklorisée, les pratiques agricoles nouvelles, les politiques paysagères, les phénomènes de retour à la campagne ou encore la relecture des relations rural - urbain… Choisir ces axes d’étude, c’est aussi approcher de plus près l’histoire humaine ; car l’histoire de la nature est aussi l’histoire des hommes... C’est de nos émotions les plus primitives dont il s’agit. C’est aussi se pencher sur des symboles, des usages, des us et coutumes. C’est découvrir une nature encore souvent perçue à travers le filtre des représentations de la ruralité. Quelles places la nature tient-elle dans la vie des artistes, leur quotidien, leurs souvenirs, leurs rêves ? Quel est le rôle de l’art dans un contexte rural ? Les cinq lieux de l’Été Photographique de Lectoure sont à découvrir comme autant d’îlots accueillant des œuvres et des projets aux approches multiples. Différentes manières de penser, de travailler et d’interagir avec la nature coexistent. Chaque lieu, tel un écosystème autonome, propose un axe singulier. À plus long terme, il s’agira de créer, lors des prochaines éditions du festival, de nouvelles racines, des boutures de projets autour des images et des mondes développés dans ces différents lieux par les artistes invités cette année.

Nous avons interrogé  Marie Frédérique Hallin, directrice du Centre d'art et de photographie de Lectoure, sur ses choix et la partialité de son regard.

Installée à Lectoure depuis 2016, elle avait envie de repartir du contexte de cette ville de Lomagne, et en particulier de tout ce qui touche la vie à la campagne, la vie rurale, l’authenticité jusque dans ses paradoxes, celui de la distance, de l’écologie et de l’éloignement aussi parfois. Une écologie du regard, en somme.

MFH aime Lectoure et cette nouvelle vie, ici. Elle nous a raconté ses balades à travers nos paysages qui l’ont inspiré à déterminer le thème de cette année : la nature, les paysages, la paysannerie, la ruralité et bien au-delà. Sa volonté a été de nous trouver des artistes qui viennent vraiment de ce monde rural ou paysan, directement ou indirectement par leur parents par exemple ; ce sont des mois de recherches et de travail avec toute une équipe pour nous trouver cet ensemble cohérent.

Expositions baladeuses, nous avons pu nous promener dans la jolie ville de Lecture en posant notre regard dans les cinq lieux qui présentaient les artistes sélectionnés cette année

À la maison de Saint-Louis / Centre d’art et de photographie de Lectoure, nous avons pu nous imprégner des œuvres florales de Françoise Saur, avec un magnifique bouquet de fleurs d’une diversité exquise et qui nous parle à la fois de mémoire de l’instant, de saisons, et des souvenirs qui se fanent et se perdent.

A l’ancien Tribunal, Julien Coquentin, Maitetxu Etcheverria, Nicolas Tubéry, Julie Vacher et Bruno Victoria. Ici les artistes repensent et réinventent les représentations des territoires qu’ils traversent, qu’ils expérimentent et dans lesquels ils ont parfois vécu. Nous avouons avoir eu un coup de cœur pour le travail de Maitetxu. Elle nous présente une sorte d’archéologie du fleuve (dans les alentours de Bordeaux), des images délicates et sensibles, qui montrent avec des touches impressionnistes, la mort lente des berges et de la vie sur les terres qui jalonnent ce courant d’eau. 

La salle Louise Labé propose le travail filmique de Julie Chaffort : des films burlesques et décalés qui font appel à l’univers des contes, des légendes et qu’elle fabrique souvent lors de résidences de création qui nourrissent sa trame narrative.

À la halle aux grains, c'est un ensemble qui ne manque ni d'humour, ni d'une nouvelle esthétique. Nature® de Rémy Artiges a été réalisé au Salon de l’agriculture à Paris entre 2002 et 2009. Une série qui nous plonge dans une histoire de faux-semblants : donner une vision séduisante, économiquement viable du monde agricole en exaltant de manière forcée l’identité et les valeurs paysannes. Pascal Rivet nourrit sa démarche d’emprunts à la fois au monde paysan et à la culture populaire dans un entre-deux entre image et objet, entre modèle industriel et technique artisanale. Enfin, Sarah del Pino présente la vidéo "Rêvent-elles de robots astronautes" (2017) tournée dans une ferme d’élevage de vaches laitières qu’elle connaît depuis son enfance et qu’elle a vu se transformer. 

À la Cerisaie, il sera question de traditions populaires, de pratiques culturelles, de savoir-faire et de savoir-être en lien avec le monde rural. Le duo d’artistes invitées, Aurélie Ferruel & Florentine Guédon, sonde à travers une pratique de la performance et de l’installation la structuration idéologique et symbolique du folklore, les usages idéologiques de la commémoration, les codes et les rituels en relation à des territoires spécifiques.

C’est donc une superbe moisson de talents émergents ou confirmés qui furent présentés cette année. En interrogeant MFH sur sa vision à moyen terme, nous avons partagé avec elle l’envie d’élargir le propos au delà du cadre de la seule photographie ; et celui de pouvoir inviter également des pointure plus importantes, dont le seul nom pourrait intéresser et faire venir encore plus de visiteurs. Un travail à long terme déjà très, très bien mis en place par la formidable équipe des collaborateurs et des bénévoles du CAPL

Pour tous ceux qui ont le bonheur d'être dans le Gers, les expositions de l'Été Photographiques sont ouvertes jusqu'au 23 septembre.

Informations: http://centre-photo-lectoure.fr/

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Marie Denis, installation spathes de cocotier
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Françoise Saur, composition sur le marbre et cartes postales vernaculaire
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Maitetxu Etcheverria, voyage insulaire, 2016
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Julien Coquentin, série saisons noires, 2016
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Aurélie Ferruel & Florentine Guédon "au cidre et à l'oberlin", 2017
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Julie Schaffort, hot dog, installation video, 2016
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Rémy Attiges, nature
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Pascal Rivet
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