Jazz in Marciac – Le luthier Benjamin Calmon expose ses instruments

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Pendant toute la durée du festival, Benjamin Calmon expose – juste à côté de la terrasse du restaurant J’Go - quelques unes des guitares et basses d’exception, conçues dans son nouvel atelier de Mirande (Gers).

Nous avons voulu savoir quel était son parcours.

Benjamin Calmon, comment en êtes-vous arrivé à devenir luthier ?

Au sortir de l’adolescence, d’abord un apprentissage en ébénisterie, suivi d’un long parcours au sein de la facture d’orgue, chez Gérard Bancells, à Toulouse. C’était, non seulement toujours, le travail du bois, mais aussi le contact avec les musiciens, qui est essentiel pour moi.

J’ai ainsi pu intervenir sur de très beaux chantiers sur Toulouse et un petit peu partout en France, tout en travaillant avec les Monuments Historiques. Ensuite, j’ai embrayé sur la lutherie. Je suis donc devenu entrepreneur et j’ai développé ma propre gamme d’instruments.

Comment les instruments sont-ils imaginés, avant d’être produits ?

La conception des projets se fait essentiellement au contact des musiciens, qui sont mis à contribution pour améliorer petit à petit l’efficacité de l’instrument. Je leur propose mon design, mais on vient chez moi pour réaliser du sur mesure. On peut donc venir chez moi avec son propre dessin, l’idée étant de concrétiser l’aboutissement d’une certaine recherche, et dans le son, et dans l’ergonomie.

Privilégiez-vous une certaine gamme d’instruments ?

Il est vrai que j’ai élaboré tous mes modèles en vue d’une musique qui sera plutôt instrumentale : jazz, jazz-fusion, blues-rock. Le métal a été volontairement laissé de côté, même s’il est toujours possible de concevoir de tels instruments.

Jusqu’à présent, les modèles sont tous électriques, que ce soient des basses ou des guitares. À la rentrée, cependant, j’élaborerai des modèles acoustiques, classiques et folk, d’inspiration Martin.

Pourquoi cette évolution ?

Il s’agit d’ouvrir le potentiel de l’atelier, dont l’activité évolue dans un environnement concurrentiel assez féroce. Beaucoup de gens, en effet, s’installent luthiers, ce qui fait qu’il est très difficile de vivre de cette profession. Cela fait maintenant cinq ans que j’ai ma clientèle, qui est composée de fidèles. Avec l’expérience, toutefois, je me rends compte que beaucoup de musiciens ne jouent pas forcément électrique et je voudrais arriver à concilier à la fois le désir de ces clients de jouer sur des modèles acoustiques spécifiques, fabriqués sur mesure, et ma propre évolution dans ce domaine.

Y a-t-il beaucoup de différences ?

Il s’agit encore d’un autre métier dans le métier : ne plus être assujetti à des micros magnétiques, mais sculpter le son par le biais d’une caisse de résonance. Ça, c’est le gros projet pour l’année prochaine : réussir à développer deux bons modèles.

Parlez-nous des réalisations dont vous seriez particulièrement fier.

C’est paradoxal. Comme je me montre très pointilleux sur mon travail, mais également très exigeant, ce qui, je pense, devrait être le maître mot de n’importe quel artisan d’art se spécialisant dans le domaine de la haute facture d’instruments, je suis à la fois mon premier juge et le critique le plus impitoyable de mon propre travail. Donc, oui, je suis très fier de la plupart de mes guitares, mais en même temps, mon propre jugement m’amène à me remettre en question et à essayer de toujours m’améliorer.

Je vois de grandes similarités entre les métiers de musicien et de luthier. Nous sommes tous des passionnés et je passe énormément de temps à discuter de musique et d’instruments avec mes clients.

Vous faites également de la restauration ?

Les luthiers ont des philosophies de travail assez variables : certains se consacrent exclusivement à la restauration, d’autres à l’entretien et au réglage des instruments. Pour ma part, je veux continuer à aborder la totalité du métier. J’adore créer, mais également faire de l’entretien, parce que c’est là que la relation de confiance se crée avec le client et qu’elle peut éventuellement amener à une création. Quant à la restauration, depuis que j’ai commencé ma carrière en ébénisterie, facture d’orgue et lutherie, cela a toujours été un domaine que j’ai voulu conserver. On se nourrit du passé, et il est très important pour moi de m’inspirer des diverses solutions qui ont été appliquées auparavant, d’autant plus qu’il est extrêmement motivant de travailler sur un instrument ancien, avec pour défi de le relever.

Récemment, j’ai eu l’occasion de m’occuper de la restauration d’une 12 cordes Framus Hootenanny, très rare modèle, notamment utilisé par John Lennon pour une des chansons du film Help! Cela m’a renforcé dans l’idée que je voulais vraiment développer des modèles acoustiques.

On vous voit à Marciac depuis plusieurs années, qu’y a-t-il de neuf pour la présente édition ?

Cette année, j’ai voulu accueillir une batterie dans le show-room, ce qui permet aux musiciens de faire le bœuf tout en essayant mes guitares et mes basses.

De plus, j’expose pour la première fois en compagnie d’un fabricant d’amplis toulousain, Didier Elchardus, ce qui nous permet de proposer l’ensemble de la chaîne de production sonore. Il y a donc tout ce qu’il faut pour essayer dans des conditions optimales.

Pierre Painblanc

 

www.lutherie-electrique.fr

www.guitarsoundsystems.com

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