Festival Avoz'art : Véronique Combes expose ses sculptures sur "horapeths"

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La plasticienne Véronique Combes exposera ses sculptures sur bois dans l’église de Mourède dans le cadre du festival Avoz’art créée par la sculptrice Béatrice Fernando.

Rencontre avec une artiste qui s’attache à révéler dans ses œuvres la fragilité de l’être humain.

Journal du Gers : Véronique Combes, où êtes-vous installée ?

Véronique Combes : J’ai mon atelier à Samatan où je travaille les grandes pièces, mais je réside à Toulouse où je travaille les pièces plus petites.

Journal du Gers : Vous consacrez-vous exclusivement à la sculpture ?

Véronique Combes : Non, ce qui motive mon travail, c'est le rapport qui existe entre le support et le sujet.

Sur des supports variés, j'utilise plusieurs techniques, dessin, peinture et collage.

Pour les sculptures, je vais utiliser de vieilles planches qui sont usées, abîmées à l’image des personnages que je dessine.

Je travaille aussi sur des écorces de platane, un support qui est à la fois fragile et protecteur sur lequel  je présente des bribes de vie.

Récemment, j'ai choisi de créer sur des couvertures de survie mais je n'ai pas encore présenté mon travail.

J’ai travaillé aussi sur des toiles cirées sur lesquelles j'exécute un premier dessin au trait continu que je peins ensuite et que je complète par des collages.

Sur les toiles cirées, je réalise des portraits de femmes qui ont subi des violences conjugales. Les textes qui les habillent comme des vêtements sont leurs témoignages.

Journal du Gers : Au festival Avoz'art, ce sont des sculptures que vous exposerez. Pouvez-vous nous parler plus précisément de ce travail ?

Véronique Combes : En sculpture, ce sont toujours de grands formats que je réalise sauf les écorces qui sont plutôt de petits formats.

Les planches usées que j'utilise sont pour moi déjà sculptées. Je parle aussi de sculptures parce que mes réalisations sont recto verso, on tourne autour de l'œuvre.

Les personnages que je peins sur ce support, sont représentés de face et de dos et le profil est très fin puisqu'il est peint sur une planche.

Les planches qui me servent de support ne peuvent pas servir pour des usages nobles car elles sont très abîmées, trouées parfois. 

Les personnages abîmés et usés par la vie que je peins, sont plus grands que nature et j'aime cette idée de peut-être rendre par mon travail leur dignité aux personnages et aux planches.

Je complète mes œuvres par un collage de textes ou de mots répétés 

Journal du Gers : Où récupérez-vous ces planches ?

Véronque Combes : J'ai  récupéré mes premières planches dans mon hangar, ce sont des planches qui servaient de bardage ; ce sont aussi des gens de la campagne qui m’en donnent.

À la campagne, le bois est une matière précieuse et il y a toujours, dans quelques greniers, une planche qui est gardée.

Celles qui ont servi de bardage, sont usées par le temps donc elles sont grises et j’ai dû les peindre en blanc.

Celles que j’expose à Mourède ont été récupérées dans des greniers ; elles ne sont pas usées par le temps et ont donc gardé leur couleur de bois.

Ce qui m'a beaucoup plu, c'est d'apprendre qu'on appelait autrefois ces planches en patois des "horapeths" ou "oropets", terme qui désigne des planches dont on a enlevé l'écorce et  qui siginifie  "écorchés"

(du gascon "horà", hors et "pèth", peau, "hors la peau").

Cela m'a paru un support idéal pour les personnages "écorchés" que je peins.

Journal du Gers : Est-ce le support qui vous suggère le sujet ou l'inverse ?

Véronique Combes : Je travaille sur des thèmes qui me touchent dont la fragilité de l'être humain, le support vient après.

Je pense d'abord au personnage que je veux représenter, puis je choisis le support qui me semble le mieux adapté à traduire à la fois la fragilité mais aussi la dignité de mon sujet.

Journal du Gers:  Quelles sont les oeuvres que vous exposez à Mourède ?

Véronique Combes : J'expose trois grandes sculptures.

L'une s'intitule "Rupture". Elle représente un adolescent et c'est le mot "rupture" qui est répété plusieurs fois.

La deuxième s'appelle "L'attente" et représente un personnage qui attend, je laisse libre interprétation au public.

La troisième c'est "L’isolée" qui traite du thème des  femmes victimes de violences conjugales. 

Ces planches sont plus grandes que nature.

J'expose aussi cinq autres planches plus petites qui viennent toutes du même arbre et qui ont toutes la même forme, un peu comme si on avait coupé le tronc en tranches.

C'est une installation qui s’appelle "Errances".

Ce sont cinq personnages de profil qui errent; à chacun d'y voir la forme d'errance qu'il veut...

Ce sont des personnages plus petits mais qui font quand même plus de un mètre.

Journal du Gers : Comme avez-vous vécu le confinement en tant qu'artiste ?

Véronique Combes : Ce fut très surprenant ! Au départ, j'ai repris un travail que j'avais réalisé sur sur les personnes âgées en rapport avec le confinement et je l'ai amélioré. J'ai réalisé aussi une sculpture sur le confinement, une planche et une écorce.

J'ai travaillé pendant le premier mois à peine et après plus rien.

C'est le cas de plusieurs artistes dans mon entourage.

Je me l'explique par le fait que je n'aime pas me sentir obligée à faire quelque chose et pendant le confinement, il y avait comme une obligation pour l'artiste de produire dans une période qui semble propice à la création. Non, pas du tout !

Journal du Gers : Où exposez-vous ?

VéronIque Combes : J'expose depuis quatre ans un peu partout en région Occitanie dans le cadre de galeries, de festivals ou d'expositions personnelles.

Journal du Gers : Vos expositions sont-elles parfois liées à des événements particuliers en rapport avec les thèmes que vous abordez, je pense aux violences conjugales par exemple ?

Véronique Combes : J'aime en effet exposer dans des lieux qui donnent un sens à mes oeuvres.

Juste avant le confinement, j'ai exposé dans un centre d’hébergement pour femmes à Perpignan.

J'ai exposé aussi lors d’un colloque sur les violences conjugales.

Mon travail sur les couvertures de survie sera exposé dans le cadre d'expositions sur le thème des réfugiés.

Journal du Gers : Parmi toutes les techniques, les supports que vous utilisez, quelles sont vos préférences ?

Véronique Combes : Ce que je préfère, ce sont  les installations, plus que les sculptures isolées. J'aime proposer des séries qui ont du sens....

Venez découvrir les oeuvres de Véronique Combes dans l'église de Mourède à partir du 1er août jusqu'au 16 août.

Entrée libre du lundi au samedi de 14 h à 19 h et le dimanche de 10 h à 12 h et de 14 h à 19 h.

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