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Petite parenthèse

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Depuis des lustres

Il y a eu ces années de luttes et d’appels au secours du personnel hospitalier et médical, épuisé et à bout de souffle, interpellant les gouvernements successifs à propos de la dégradation de leurs services et de leurs conditions de travail.

Il y a eu ces inquiétudes des chercheurs scientifiques infatigables, victimes du rapt organisé du maigre budget qui leur est alloué.

Il y a eu ces images effroyables de malades allongés sur des civières encombrant les couloirs, au point de ne pas pouvoir s’y déplacer.

Il y a eu pour réponse ces fermetures sans pitié de lits dans les services, les coupes budgétaires drastiques, le gel des salaires … et le 49-3 sur la réforme des retraites, en conclusion d’un Conseil des ministres organisé à la hâte pour lutter contre la propagation du coronavirus.

La situation sanitaire actuelle, aussi dramatique soit-elle, n’aura pas le pouvoir de nous faire oublier les onze mois de grève des services d’urgence qui l’ont précédée.

Car dans les hôpitaux, la sonnette d’alarme est tirée depuis des lustres.

On pourrait très bien supposer que cette expression fait référence aux nombreux lustres servant à éclairer les riches salles de châteaux fastueux. Pourtant la réponse est non, pas plus d’ailleurs qu'elle ne renvoie à l’apprêt des étoffes et fourrures soyeuses de ceux qui s’y côtoient.

Il se trouve qu’au 17e siècle, un lustre désignait une période de cinq ans. Sans doute en référence au lustrum, une unité de temps issue de la Rome antique, au terme de laquelle une cérémonie expiatoire des citoyens était organisée, avant de procéder au recensement de la population et à l’élection des censeurs. Depuis des lustres, au pluriel, signifie donc très longtemps.

Aujourd’hui, le bilan clinique est sans appel. En quinze ans, soixante-douze mille lits d’hôpitaux ont été fermés, dont près de quatre mille deux cents pour la seule année 2018 par Agnès Buzin, qui savait déjà en quittant son ministère que la vague du tsunami était devant nous.

La situation ayant "brusquement" basculé sitôt les bureaux de vote fermés dimanche dernier, cette guerre à retardement a dès lors été déclarée dans la plus grande confusion.

Et ceux que le gouvernement appelle désormais « les héros en blouse blanche » envoyés au front, sans masques ni munitions.

Illustration Pixabay.com

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