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Petite parenthèse

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La trêve des confiseurs

Quand c’est non, c’est non ! Ministres et députés s’étaient pourtant bien succédé dans tous les médias pour marteler qu’« on ne peut pas toucher à Noël ». Le Medef avait prévenu, « Les blocages doivent cesser », suivi par Laurent Berger : « Je ne veux pas de blocages à Noël ».  

Oui mais voilà, les quais de gare sont restés déserts, avec le même scénario côté RATP. Les jours de grève se sont suivis et enchaînés, au rythme des AG de personnel dans les raffineries, les hôpitaux, les secteurs de l’énergie…

La « trêve des confiseurs » tant escomptée n’a pas eu lieu.

Cette expression, que l’on entend traditionnellement lors les fêtes de fin d’année, est justement apparue pour celles de 1874. Quatre ans plus tôt, la France venait de perdre la guerre contre la Prusse, entraînant le Second Empire dans sa chute.

Les débats à l’Assemblée nationale étaient à l’époque particulièrement vifs entre républicains, monarchistes et bonapartistes concernant la constitution de la IIIe République. Face aux premiers, en position de force, les deux autres groupes demandèrent alors à suspendre les discussions quelques jours, « afin de ne pas troubler par nos débats la reprise d’affaires commerciales qui, à Paris et dans les grandes villes, précède toujours le jour de l’An » signalera dans ses mémoires le duc Albert de Broglie.

La presse satirique ironisera à ce sujet, qualifiant cette pause de « trêve des confiseurs », la période étant particulièrement propice aux affaires de la profession.

En cette fin d’année 2019, bien que le personnel de l’Opéra de Paris soit en grève depuis le 5 décembre, le chœur a offert un concert aux manifestants. Une semaine plus tard, les danseuses interprétaient gracieusement un extrait du Lac des cygnes sur le parvis du Palais Garnier. Un sublime ballet de grévistes…

Toujours à titre de cadeaux, si Radio France a pour sa part respecté la trêve des confiseurs, c’est par un bouleversant Chœur des Esclaves de Verdi, retentissant dans tout l’amphithéâtre, que les salariés ont empêché le discours des « bons vœux » de leur présidente. Avant de conclure : « Quand tout sera privé, vous serez privés de tout » !

La grève a finalement eu raison de la trêve.

Illustration Pixabay.com

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