Petite parenthèse

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Tirer le diable par la queue

Huit heures de débats à l’Élysée entre Emmanuel Macron et une soixantaine d’intellectuels. Huit heures, dont une petite demi-heure accordée à la recherche, qui a tout juste permis aux rares scientifiques présents de parler d’une même voix.

Depuis vingt ans, la part du PNB national qui lui est consacrée n’a pas bougé d’un iota. Pourtant, la France, comme les pays de l’Union européenne, s’était engagée à avoir un budget porté à 1% du PIB pour la partie publique. Il ne dépasse pas les 0,79%.

Et la fuite des « cerveaux » qui en découle, est loin d’être colmatée, tant ce secteur est obligé de "tirer le diable par la queue".

On dit qu’un homme ne pouvant subvenir à ses besoins serait prêt à vendre son âme au diable. À la manière des contes, nous pourrions imaginer Belzébuth tournant aussi sec les talons après avoir écouté les supplications du malheureux, sans se soucier d’y donner suite. Que pourrait faire alors le pauvre homme, laissé à son désespoir, si ce n’est le retenir par ce qu’il peut… à savoir sa queue ?

Mais là où le mystère demeure, c’est qu’aux XVIe et XVIIe siècles, l’expression était utilisée pour parler d’un travail humble, pour gagner sa vie raisonnablement. Sans qu’il y soit question de grande difficulté.

Comment est-on passé d’une vie humble à une vie précaire, tout en continuant de tirer sur la queue du diable ?

Le plus machiavélique, c’est que les deux sens de cette expression s’appliquent très bien aux problèmes actuels, puisque, avec dix ans d’études après le bac, l’infortuné jeune scientifique reçoit l’équivalent d’une fois et demie le Smic (80 % du budget total de la recherche est alloué aux salaires), en dépit d’un niveau de formation à faire pâlir d’envie les autres pays.

« On ne peut pas construire le projet national sans ambition en matière de recherche et d'enseignement » a commenté, comme une lapalissade, Emmanuel Macron lors du débat. Promettant des décisions « d’ici la fin de l’année » à propos des salaires, du financement et des conditions de travail.

Il n’aura sûrement pas oublié avoir affirmé, dans ses promesses de campagne, vouloir sanctuariser le budget de la recherche.

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