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Le Houga et Toujouse se souviennent du 6 août 1944

6 Dispositif devant la stèle au Bois de Bascaules 1bis 060818.jpg

Et des 3 résistants fusillés

Grande émotion ce 6 août 2018 sur le chemin de mémoire qui part du Houga pour la stèle des trois fusillés – Pierre Farines, Jean Labastie et Henri Thiébaud - dans le bois de Bascaules à Toujouse. Une foule nombreuse et recueillie a assisté aux cérémonies, ainsi que des personnalités (1). Le témoignage d’Hubert Labenelle, adolescent à l’époque, a été le temps fort de cette journée.

Journée qui commence au Houga, où la maire, Patricia Galabert, souligne que l’on s’est rassemblé pour ne pas oublier et pour assurer le lien avec les jeunes générations, présentes en nombre sur place. Elle remet son diplôme à Albane, une des 20 lauréates (sur 600 élèves) du concours « S’engager pour libérer la France ».

Intervention de Jacques Tartas

Au bout du chemin de mémoire, on se retrouve à Toujouse devant la stèle du bois de Bascaules. Jacques Tartas, maire de Toujouse, rappelle que, lors de cette période d’août 1944, toute la région, y compris les villages landais proches, vivait dans l’angoisse, pendant que les soldats allemands rôdaient dans le pays. « Il faut que notre jeunesse connaisse cette histoire », ajoute-t-il, « car c’est grâce à ces hommes que nous avons connu la paix ». Il souhaite que des villages comme Panjas et Barcelonne s’associent à cette commémoration. Pour célébrer les valeurs de démocratie sui nous animent.

Hubert Labenelle témoigne

Hubert Labenelle a vécu cette journée du 6 août 1944 à la ferme de sa famille, la ferme Lagrange au Houga (2). Son récit, commencé à la même place en 2017, racontait « certains faits restés dans l’ombre » ce jour-là. En particulier la présomption que les maquisards aient été dénoncés. Cette fois, il explique le rôle et l’importance de quatre fermes dans la Résistance. Ces fermes hébergeaient des résistants. Celle de Masséjeau (de la famille Ducourneau), celle de la Grange (de la famille Labenelle-Clavé), celle de Mounégeat (de la famille Dubuc) et aussi celle de Bézin (de la famille Laborde). Les trois premières étaient situées à l’orée des bois pour permettre un éventuel repli dans la forêt.

À la ferme Masséjeau, les maquisards, alertés, sont partis précipitamment en oubliant un fil électrique de leur poste émetteur. Mis en joue, le grand-père Ducourneau affirme que son fils est en train d’aménager l’éclairage et sauve sa peau au bénéfice du doute et de l’âge…

À la Grange, les Allemands fouillent et ne trouvent pas les dix mitraillettes qui venaient d’être parachutées.

À Mounégeat, qui héberge des commandos de saboteurs, les Allemands fouillent, puis demandent un café. Après leur départ, Jean Labastie, sort de sa cachette, file en vélo prévenir à Masséjeau, mais il est pris en chemin et enfermé à l’hôtel Lafontan. Plus tard il retrouve à Bascaules Thiébaud et Farines.

À Bézin, où le battage est en cours avec trois résistants, ceux-ci, Jean Bruch, René Barlan et Louis Castagnos, s’échappent dans un champ de maïs à l’arrivée des Allemands, poursuivis par les tirs. Ils y restent longtemps, couchés sur le sol.

Un réseau secret

Hubert Labenelle révèle qu’un réseau secret de la Résistance surveillait les routes et comptait les véhicules allemands pendant la nuit et réceptionnaient les parachutages. Les hommes rentraient discrètement au petit matin. Hubert Labenelle ne veut pas citer les membres de ce réseau, sauf certains. Comme Moïse Beyrie, à la ferme de Taston, qui revient de mission ce 6 août et accroche imprudemment sa mitraillette à la porte d’entrée, avec sa veste par-dessus. Des Allemands viennent et réclament un petit déjeuner… et repartent. Il cite aussi son père, Joseph Labenelle. Et deux membres d’un commando qui abattait des arbres pour bloquer le passage des Allemands : Jean L’Huillier et Jean-Baptiste Luflade. Grâce à cela, les prisonniers du Houga « ont été détournés du sort qui les attendait au fort de Hâ à Bordeaux ». Parmi eux, il y avait Paul Ducourneau, Éloi Clavé et René Dupeyron, qui avaient sauvé les maquisards à Masséjeau en les alertant à 6 h 30.

Intervention d’Élisabeth Dupuy-Mitterrand

Parmi les nombreuses allocutions, nous retenons celle d’Élisabeth Dupuy-Mitterrand (présidente de la communauté de communes), particulièrement émouvante. D’emblée, elle le déclare : ces résistants « sont devenus des martyrs pour une idée qu’ils jugeaient plus grande qu’eux : celle d’une France libre ». Notre présence exprime la gratitude du pays, car « par leur héroïsme, notre pays a pu s’arracher à l’Occupation et redevenir lui-même ».

Il faut retenir trois idées :

  • la Résistance a refusé toute complaisance envers ce qui affaiblit nos valeurs : barbarie, fanatisme et xénophobie,

  • la Résistance nous invite au rassemblement : parmi elle il y avait des gens de de tout bord et de tout milieu, des croyants et des incroyants, tous sont restés soudés dans la lutte, plaçant leur unité au-dessus de leurs différends,

  • La Résistance a conquis la liberté et l’égalité : les jeunes doivent être conscients que la liberté, l’indépendance et la paix sont un héritage dû à ses conquêtes.

Or, il est encore d’actualité de « lutter contre les forces obscures sans cesse à l’œuvre ». Il faut expliquer sans cesse que la haine, les préjugés raciaux, les intérêts économiques ou même l’indifférence peuvent mener à l’abomination.

Puis Élisabeth Dupuy-Mitterrand fait l’éloge de la laïcité qui refuse la distinction des personnes en fonction de leur croyance ou de leur non-croyance. Message à faire passer aux jeunes qui « pourraient être tentés de chercher une autre identité ». Elle termine en appelant les Français à ne pas oublier le souffle de la Résistance, « car il nous parle d’une France qui ne capitule pas ».

(1) Parmi lesquelles Guy Fitzer (secrétaire général de la préfecture, représentant la préfète), Boris Vallaud (député des Landes), Najat Vallaud-Belkacem (ancienne ministre), Vincent Gouanelle et Isabelle Tintané (conseillers généraux). Ainsi que Roger Béziat, chef de la Brigade Carnot, Jacques et Fabrice Labastie, fils et petit-fils de Jean Labastie et son arrière petite-fille. (2) Ferme sur la route Le Houga-Toujouse, qu’il a transformée depuis en merveilleux jardin ouvert au public et plein de surprises (http://oasislagrange.blogspot.com/).

1 Patricia Galabert avec Isabelle Tintané Vincent Gouanelle Guy Fitzer Albane Fabrice Labastie sa fille et Boris Vallaud 1bis 060818.jpg
Au Houga : Patricia Galabert (au micro) avec Isabelle Tintané, Jacques Tartas, Vincent Gouanelle, Guy Fitzer, Albane, Fabrice Labastie, sa fille et Boris Vallaud
2 Patricia remet le diplôme à Albane 1bis 060818.jpg
Patricia remet son diplôme à Albane
3 Le pupitre devant la stèle de Bascaules 1bis 060818.jpg
Le pupitre devant la stèle de Bascaules
7 Intervention de Jacques Tartas devant la stèle de Bascaules 1bis 060818.jpg
Intervention de Jacques Tartas devant la stèle de Bascaules
12 Dépôt de gerbes par Jacques  et fabrice et sa fille et X 1bis 060818.jpg
Dépôt de gerbes par Jacques et Fabrice Labastie, la fille de celui-ci et Roger Béziat, chef de la Brigade Carnot
14 Isabelle Tintané et Vincent Gouanelle ont déposé une gerbe à Bascaules 1bis 060818.jpg
Isabelle Tintané et Vincent Gouanelle ont déposé une gerbe
15 Jacques Tartas et Patricia Galabert déposent une gerbe 1bis 060818.jpg
Jacques Tartas et Patricia Galabert déposent une gerbe
16 Les drapeaux s'inclinent devant la stèle 1vis 060818.jpg
Les drapeaux s'inclinent devant la stèle
17 La chorale chante la Marseillaise et le Chant des Partisans 1bis 060818.jpg
La chorale chante la Marseillaise et le Chant des Partisans, puis une fanfare d'anciens joue une sonnerie aux morts exemplaire
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