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Il y a cent ans : 1917, une année charnière

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À l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, la Société archéologique du Gers et les écrivains publics du Gers se sont associés pour vous faire découvrir la chronologie des événements marquants de la Grande Guerre, tels qu’ils ont été vécus par les Gersois, au travers des grandes batailles qui l’ont émaillée. Chacun d’eux sera l’occasion d’un article qui en reprendra les grandes lignes et s’appuiera sur des portraits d’hommes, soldats gersois, morts ou disparus. L’idée de cette série est de leur rendre hommage pour, qu’à travers eux, le sacrifice de tous ceux de 14 ne soit pas emporté par l’oubli, même cent ans après.

1917, une année charnière 

Les événements 1917 ont une portée considérable qui fait de cette année terrible le grand tournant de la guerre. Le conflit se mondialise car, à la suite des États-Unis, de nombreux pays entrent en guerre. Ainsi, après trois ans de conflit et malgré des drames humains sans précédents, 1917 s’achève avec l’espoir qu’enfin, tout se termine bientôt.

Les batailles terrestres de 1917 présentent un bilan dramatique, tant sur le plan humain que sur le plan stratégique : énormément de pertes qui font apparaitre ces offensives comme inutilement sanglante, c’est le cas au printemps sur le Chemin des Dames et sur les Monts de Champagne. Ces épisodes font naître des sentiments de découragement et de colère dans de nombreux régiments qui seront à l’origine de mutineries.

A l’arrière, la population civile, affectée par les efforts de guerre qu’il faut soutenir, les privations et surtout les milliers de soldats tués depuis 1914, éprouve elle aussi une grande lassitude. 1917 est marquée par plusieurs tentatives de paix qui échouent mais font germer dans tous les esprits l’idée d’une paix durable, garantie au niveau international par une organisation des nations.

Mais deux événements vont tout particulièrement bouleverser le cours des choses : la Révolution russe, d’une part, qui va entrainer le retrait de la Russie du conflit en cours. Et, d’autre part, l’entrée en guerre des Etats-Unis, en avril, qui change le rapport des forces en présence, en faveur des alliés et fait renaitre enfin, l’espoir de la victoire.

Dans le Gers

Dans le Gers, au quotidien, rien ne change vraiment… La fin d’année reste marquée par les mêmes difficultés auxquelles les civils de l’arrière doivent toujours faire face.

Au premier plan des préoccupations, les services de réquisition et de ravitaillement, dont les opérations sont régulièrement présentées dans la presse. Le 18 novembre, à Condom, il est ainsi demandé aux « détenteurs de pommes de terre, s’ils veulent éviter la réquisition, de faire connaitre à la mairie de leur commune les quantités disponibles ». Toujours à Condom, le 1er décembre, parait une information concernant la réception de bétail pour le ravitaillement et, le 18, « monsieur l’intendant militaire d’Auch fait savoir que toutes les quantités de maïs existant sur le territoire sont frappées de réquisition ». De même, au niveau départemental, la consommation d’essence est réservée à la défense nationale ; les coupons des cartes pour automobiles privées et les bons d’essence pour la consommation familiale sont annulés.

Paradoxalement, malgré les privations, la population est encore sollicitée pour participer à un nouvel emprunt de guerre, le troisième. Il semble que cette fois-ci, cela ne soit pas aussi simple que précédemment car de nombreuses réunions et conférences sont organisées partout dans le département : le 18 novembre à Mirande, le 1er décembre à Auch et La-Romieu, le 15 décembre à Castelnau-d’Auzan et ainsi, de même, dans chaque ville et village gersois. Ces réunions, tenues par des professeurs des collèges locaux, ont pour objectif de « montrer à leurs auditeurs combien il est nécessaire de repousser l’abominable envahisseur et d’apporter généreusement à l’Etat l’argent dont il a besoin ». La presse qui se fait l’écho de ces emprunts, explique par ailleurs combien il est « ridicule » d’écouter la voix des pessimistes qui craignent que la défection russe n’entraine une perte des sommes avancées…

Dans ce contexte, on imagine combien il doit être difficile de rester optimiste et d’envisager, même si les nouvelles du front sont pleines d’espoir, quand cette guerre va-t-elle enfin se terminer. Et les préparatifs des fêtes de fin d’année, rythmés par les messes et les célébrations, se font plus par habitude que par réelle envie. On n’oublie pas, malgré ses difficultés, de penser aux orphelins de guerre, malheureusement de plus en plus nombreux dans le département.

Car, encore et toujours, même si la période de fin d’année est plus calme, les annonces de soldats blessés, morts ou portés disparus au cours de l’année 1917, continuent d’alourdir le bilan déjà sanglant de la guerre.

1917 : Récapitulatif des pertes gersoises

Il est difficile de faire un portrait particulier de l’année 1917 pour les soldats gersois. L’offensive du Chemin des Dames est en effet le seul fait marquant pour les soldats gersois. A notre connaissance, 1062 Gersois ont perdu la vie dans cette année de guerre, entre le 12 novembre 1916 au 11 novembre 1917. Si l’on déduit les morts hors du front occidental, ceux qui sont décédés en hôpital (175) ou à leur domicile pendant une permission (35), enfin ceux dont on ne peut localiser le décès, soit un total de 281, il reste 781 données utilisables pour retracer les grandes lignes de leur campagne.

Avant le 16 avril 1917, date du début de l’offensive sur le Chemin des Dames, on décompte 181 soldats gersois morts sur une douzaine de théâtres d’opérations dont les principaux sont Verdun, l’est de la Marne, la Meurthe-et-Moselle et la Somme. L’offensive de Nivelle change donc totalement la donne par le choix du théâtre des opérations et l’ampleur des pertes. Sur ce front, une vingtaine de kilomètres au nord-est de Reims, on dénombre un total de 259 morts gersois. Les temps forts en sont : l’offensive du 16 au 22 avril (82), la reprise de l’offensive du 4 au 15 mai (30) et l’offensive sur la Malmaison du 23 au 25 octobre (38).

Sur les Monts de Champagne, l’offensive est déclenchée le 17 avril. Du 17 au 20 avril elle fait 91 morts. Des actions locales du 25 avril au 19 mai, enfin l’attaque générale du 20 mai et des jours suivants en rajoutent respectivement 37 et 30. Soit un total de 158.

Si l’on fait le total des morts du Chemin des Dames et de la bataille des Monts de Champagne on arrive au chiffre de 417, donc plus de la moitié des décès dont on connaît à la fois la date et le lieu. A côté de cela, le théâtre d’opérations de Verdun qui totalise encore 66 morts paraît beaucoup plus calme ! 

Photo de Une : le 88ème RI sur le front

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