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Le mot de Gilles

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Le sens du combat progressiste aujourd’hui

Le sens du combat progressiste aujourd’hui 

Lorsque le SPD avec le chancelier Gerhard Schröder fait ses réformes néolibérales à la fin du siècle dernier en Allemagne, même si un certain nombre d’économistes mettent en garde sur le fait que le résultat positif escompté de ces réformes est extraordinairement incertain, alors que les effets négatifs sont très probables, il existe encore un doute...

Les experts du FMI n’ont pas encore officiellement annoncé que la « théorie du ruissellement » est totalement fausse, le nombre de grands États européens ayant effectivement appliqué ces politiques de dérégulation du droit du travail et de systématisation des mini-jobs, n’est pas suffisant et le recul pas encore assez long pour avoir une certitude absolue que les efforts demandés aux catégories populaires et aux couches moyennes de la société, ne sont pas le moyen de restaurer un dynamisme économique qui profitera à tous à l’avenir.

La plupart des dirigeants sociaux-démocrates ont bien en tête quand ils y pensent, qu’il ne s’agit pas d’appliquer une « politique de gauche », mais d’essayer de « tordre » la politique néolibérale en s’y adaptant, pour éviter que celle-ci ne cause aux catégories populaires et moyennes, un préjudice beaucoup plus fort et durable, si elle était mise en œuvre par des forces de droite.

Mais aujourd’hui le recul est suffisant pour voir ce que produisent le type de réforme Medef-Macron qui sont aujourd’hui l’objet d’une tentative d’imposition par ordonnance au peuple français.

Il n’y a aucun doute sur le résultat de ces réformes.

Aucun.

C’est donc que l’intention est maintenant tout à fait différente.

Gerhard Schroeder pouvait être animé de la volonté essayer d’utiliser le néolibéralisme comme une sorte de levier pour permettre à son électorat d’échapper au « tout-austéritaire » que la droite semblait promettre. L’hypothèse peut-être avancée et discutée.

Ici et maintenant, l’objectif n’est plus le même, il est clair et sans ambiguïté 

– Oui la volonté est de faire baisser le coût du travail et le revenu des travailleurs, même si cela doit accroître massivement la pauvreté dans la société ;
– Oui la volonté est de réduire optiquement le nombre de chômeurs, pour réduire réellement les aides apportées à ces travailleurs, sans espérer créer véritablement travail ou emploi supplémentaire ;
– Oui la volonté est d’avoir un volant de précaires élargi, et institutionnalisé dans la précarité, qui pèse globalement à la baisse sur le coût du travail ;
– Oui le but le plus important est de renforcer la puissance et la concentration financière des plus riches, de l’isoler de manière définitivement stable du reste de la société et de fermer ce qui reste d’ascenseur social, afin de fixer les « gagnants de la globalisation » dans leur situation un peu plus favorable et en faire le fer de lance de la domination du groupe élitaire au capital le plus concentré, sur une société dont on va faire reculer les moyens et la qualité de vie de la majorité.

Le projet est clair, il est transparent, il est sous nos yeux.

C’est l’offensive de droite la plus dure depuis la fin de la seconde guerre mondiale et le choix fait par la société française dans son immense majorité, du pacte modernisateur et social, convenu entre les grandes forces du pays dans le cadre du Conseil national de la Résistance (CNR).

La force de ce type de pacte tient dans le fait qu’il est remis à jour régulièrement, pour correspondre aux évolutions de la société.

Or, la France a connu deux graves problèmes :

– Le premier est que les forces sociales qui avaient le plus intérêt à ce pacte, et qui étaient rassemblées dans ce qu’on appellera globalement « la gauche politique et syndicale », ont eu majoritairement une politique de « défense des acquis » qui s’est opposée à la nécessaire modernisation, au moment où celle-ci pouvait être faite dans les meilleurs conditions, ce qui a conduit à ce que la modernisation possible n’a pas été réalisée ;
– Le second est que la partie la plus concentrée – et surtout la plus décidée à engager un combat en tant que classe sociale – des possédants, en a profité pour instrumenter les couches modernes qui bénéficiaient des effets de la globalisation malgré la crise économique, pour qu’elles fragmentent et fracturent cette gauche au plan politique et syndical, pour en convaincre une partie d’abandonner ce pacte du CNR, au nom de la modernité.

Nous en avons vu les derniers effet au printemps, dans le basculement d’une partie des appareils et de l’électorat de cette gauche politique et syndicale dans l’aventure de droite dure – camouflée un temps sous un verbiage intellectuel – d’Emmanuel Macron.

Voilà pourquoi il n’est pas temps de tergiverser, à la manière de tous ceux qui encore aujourd’hui, à gauche, prêtent à Emmanuel Macron des vertus et des intentions qui ne sont pas les siennes, et refusent de voir quel est le groupe social qui est à l’offensive derrière lui.

Aucune gauche ne pourra se reconstruire dans l’ambiguïté sur l’analyse de ce qu’est la politique d’Emmanuel Macron.

Au contraire, une ambiguïté dans cette analyse conduirait à ce que seules des formations dite « radicales » captent le rejet de cette politique et interdisent donc de construire une alternative politique majoritaire, permettant alors au champ politique d’être ce que souhaitent les stratèges qui sont derrière Emmanuel Macron :

– Soit le Front National ;
– Soit la seule France insoumise ;
– Soit la réélection d’Emmanuel Macron et la poursuite durable de la politique du « tout pour les possédants ».

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