Viella – Comité de soutien à Thomas Gallay

DR Thomas Gallay principale.jpg

Injustement piégé et emprisonné au Maroc

Lundi 19 décembre 2016 a eu lieu à Viella la première réunion du Comité de soutien à Thomas Gallay, organisé par Odile Janin, la tante de Thomas, avec le soutien de plusieurs ONG, dont celle de Sacha Doligé, Soutien sans frontières. Il y a là Jean-François Thomas, maire de Viella, Michel Petit, maire de Saint-Mont et président de la Communauté de communes Armagnac-Adour, ainsi qu’une quarantaine de personnes.

Les faits

Thomas Gallay a 35 ans. C’est un ingénieur informaticien mordu de surf. Ayant vécu longtemps à l’étranger, il s’installe à Essaouira, au Maroc, où il peut faire du surf, puisque l’entreprise grenobloise qui l’emploie accepte qu’il fasse du télétravail. Il est chrétien et ne parle pas arabe.

Le 18 février 2016, il est interpellé chez lui et mis en garde à vue 12 jours. La police l’accuse d’avoir soutenu financièrement le terrorisme parce qu’il a prêté, en plusieurs fois, 70 euros à un homme qu’il voyait de temps en temps et dont il apprend qu’il est djihadiste. Thomas lui a notamment donné de quoi se payer le dentiste.

« Tout va s’arranger ! »

On l’endort en lui disant que cela va s’arranger, vu que, chrétien et Français, il n’a évidemment rien à voir avec le djihadisme. Et on lui présente deux procès-verbaux en arabe à signer. Il signe, alors qu’il n’y a ni traduction en français, ni traducteur présent. En fait, il a signé des « aveux » selon lesquels il s’est converti à l’Islam et a soutenu financièrement le djihadisme. Il est présenté à un juge d’instruction et c’est là que son avocat lui traduit ses soi-disant aveux. Horrifié, il explique qu’il n’a jamais fait les déclarations contenues dans les faux PV et qu’il ne s’est pas converti à l’Islam. Il est emprisonné. Lors de son procès, son avocat marocain souligne que les procédés utilisés contre Thomas Gallay sont contraires au Droit marocain, à la Constitution marocaine et à la Déclaration universelle des Droits de l’homme. Rien n’y fait : il est condamné le 14 juillet 2016 à 6 ans de prison.

Des ONG à son secours

Les 3 plus grandes ONG internationales de défense des Droits de l’homme, Human Rights Watch, Amnesty International et la FIDH (Fédération Internationale des ligues des Droits Humains) ont étudié le cas de Thomas Gallay : elles ont écrit aux autorités françaises et marocaines en mettant en évidence les vices de la procédure contre Thomas : pas de réaction.

Un procès en appel devait avoir lieu ces jours-ci, s’il n’est pas reporté. On apprend, lors de la réunion du Comité de soutien, que « Maître Frank Berton, avocat au Barreau de Lille, constitué depuis septembre pour défendre Thomas, aux côtés de son avocat marocain, devant la Cour d’appel, a lui aussi écrit au ministre français des Affaires étrangères et à celui de la Justice pour leur signaler que l’un de leurs concitoyens était victime d’un procès inéquitable ». Pas de réaction.

Appel au préfet

À ce jour, cela paraît incroyable, ces autorités n’ont donc pas réagi. Pas plus que la diplomatie française et le consulat français compétent au Maroc. La mère de Thomas fait chaque semaine le voyage à Rabat, où Thomas est emprisonné – dans les conditions que l’on devine - à la prison de Salé pour voir son fils (voir ci-dessous le récit d’une visite). La famille de Thomas et les représentants du Comité de soutien vont être reçus prochainement par Pierre Ory, préfet du Gers.

Au récit de cette injustice majeure, on doit s’interroger : la France ne veut-elle pas défendre ses ressortissants ? Le Comité de soutien a lancé une pétition destinée au Premier ministre de la France (1). Un soutien financier participatif a été lancé (2). Des articles ont été publiés. Combien faudra-t-il de pétitionnaires pour que la France bouge ? Là, il n’est pas question de discours sur les Droits de l’homme, mais de pratique des Droits de l’homme : la libération de Thomas Gallay est un défi que la France doit relever. C’est son devoir et ce devrait être son honneur.

Visiter le site de soutien : http://soutien-thomas-gallay.com/fr_FR/fr

N.B. - Voir photos de la réunion du Comité de soutien après le récit ci-dessous.

(1) La pétition : https://www.change.org/p/m-bernard-cazeneuve-justice-pour-thomas-gallay On peut aussi la faire sur papier et l’envoyer. (2) Le lien pour le financement participatif : https://www.lepotcommun.fr/pot/en31r0av

 

Sic : Récit de la visite de Béatrice Gallay, mère de Thomas, à la prison de Salé (par sa nièce qui l’accompagne)

Rabat, le 27.9.2016.

Arrivée: facile, très petit aéroport, un bus pour aller au centre ville, sinon taxis.

Béa était là, devant l’aéroport.

Elle a pris un coup, ses traits sont tirés, ses joues plus creuses, ses cernes marqués par les nombreuses nuits sans sommeil.

Elle est là. Elle attend, moi, et le reste.

Les retrouvailles sont différentes, il n’y a pas de sourire, le bonheur de l’interaction retrouvée.

Très rapidement elle prend la parole, je tends mes mains, mon calme, mon être libre, et je lui offre l’espace où elle crache, elle crie, elle vomit sa peine, sa rage, son injustice.

En mettant ces mots/maux par écrit, je réalise combien elle est dans la même prison que son fils, combien ses journées sont longues, utilisant toute l’énergie dont elle dispose pour tirer et pousser un système d’une inertie inimaginable, comme une souris dans sa souricière qui s’attaque à la cage, même si l’émail de ses petites quenottes est bien inférieur à l’acier des barreaux.

Ce n’est pas simple pour moi non plus de recevoir toute cette colère, contre eux, contre nous, contre le jour et la nuit, contre le temps qui passe, contre…

Au début j’essaie d’expliquer, de reprendre, de comprendre, de critiquer, mais après 24h, je comprends.

Ce n’est pas de cela qu’elle a besoin. Elle ne cherche ni réassurance ni espoir. Elle a besoin de cet espace où crier son injustice, injurier les bourreaux, elle a besoin que l’on soit là pour prendre ses plaintes, ses doléances, pour expulser la fumée sombre qui noircit son esprit. Et au fur et à mesure, l’ensemble devient plus clair, je lui arrache une séance chez le coiffeur, un petit moment de femme dans la salle de bain. La trame morbide se dissipe, revenant parfois par bouffées denses, donnant l’impression d’être reparti du départ… mais l’éclaircie revient alors plus simplement, plus rapidement.

Lundi, nous avons été voir Thomas.

Armées de cabas (au moins 20kg de bouffe et de bouquins), on se dirige vers la prison de Salé. Je suis Béa. Je ne peux m’empêcher d’être immensément admirative de cette femme, seule, dans ce pays qui n’est pas le sien, face à une administration molle qui applique l’inhumain à humain sans remord, sans souci, sans doutes ni craintes. Une pugnacité qui jette à terre l’inébranlable.

Chapeau bas.

On arrive devant la première porte, l’entrée principale.

Il y a la crasse, la misère, la foule, une tribu de fatmas, de jeunes, de vieux, d’enfants, assis, avec leurs cabas plein de vivres, au milieu des détritus. Les regards sont curieux, il y a quelques sourires discrets, pas mal d’incompréhension qui filtre par l’attitude des gens. Que font là ces touristes ? Ces 2 blanches ? Probablement la mère et la fille… Le père ? Le frère ?

Béa garde la tête haute, regarde bien en face, elle s’avance jusqu’à la porte de la prison qui vient de se fermer devant elle. Elle frappe. Une fois, puis deux, puis trois.

On ouvre le verrou, on la fait rentrer, elle m’attrape par le bras, on est dedans.

Premier checkpoint, 2 gardiens nous toisent, ils prennent mon passeport. Non, ce n’est pas prévu. Béa explique : « c’est la cousine de Thomas Gallay, j’en ai parlé à Mr le Directeur la semaine dernière, il était d’accord ». Non de la tête. « Si, j’en ai parlé à Mr Idriss, il était d’accord ». Ok, ils prennent mon passeport et vont voir le directeur. Attente.

Une vingtaine de minutes, pendant lesquelles on voit force cabas passer, soutenus par des bras maternels, fraternels, maritaux. Une jeune femme espagnole passe la première porte. On échange des regards dont le silence est lourd de sous entendus et de sollicitude. Des larmes lui échappent, qu’elle rattrape au plus vite. Je regarde Béa, on lui envoie du courage avec les yeux…

Le gardien revient. C’est bon, par contre, on garde les passeports. Béa riposte, « non pas les passeports », après négociation, ils ne gardent que le mien. Ils font le petit papier tamponné à présenter pour qu’ils aillent chercher Thomas pendant qu’on passe la fouille.

On avance.

Deuxième checkpoint, 40 personnes attendent pour passer devant un petit bureau avec 2 gardiens qui vérifient les passeports et récupèrent les billets tamponnés. Béa passe sur le côté, au culot. On double tout le monde, personne ne moufte. Statut « spécial ». On arrive devant le bureau, la gardienne demande les passeports, je n’en ai pas… « Impossible » « vous ne pouvez pas rentrer sans passeport ». Béa explique, « ils l’ont gardé à l’entrée ». « Pas de passeport, pas d’entrée ». Béa ré-explique. Bon, le deuxième gardien se lève pour aller voir pourquoi ils ont gardé le passeport au premier poste.

Attente.

10 minutes.

Il revient avec mon passeport. La femme me regarde. Je sens que je suis une chose inadaptée à son environnement. J’ai été chez le coiffeur la veille, des boucles en perles aux oreilles, un petit chemisier blanc… Elle valide.

On avance.

Troisième checkpoint, la fouille.

On avance, chacune avec nos 2 cabas, on arrive dans un couloir sombre et sale. Des gens entassés avec leurs cabas font une queue interminable le long d’un mur. Ça n’avance pas. Ça ne bouge pas. Au bout de la queue, une grosse barrière en fer, comme sur les chantiers, et puis 2 bureaux avec des gardiens, surtout des femmes assises qui fouillent les cabas, les sacs, la bouffe, sondent les tupperwares aux couteaux. Grand tupp 3 coups de couteau dans le poulet, la soupe, le tajine, petit tupp : 2 coups. Je regarde la queue, nous sommes entrées dans la prison il y a 1heure, si on fait cette queue, il va nous en falloir 3 de plus avant d’atteindre Thomas…

Béatrice se place devant la barrière en fer, au tout début de la queue. Une femme d’une quarantaine d’années, juste devant nous la regarde, et lui indique dans un français appliqué que « la queue est là-bas ». Béatrice acquiesce, et ne bouge pas. Je suis derrière, je regarde attentivement mes pieds. Il y a un brouhaha d’enfer, j’imagine l’odeur, et pour une fois, je considère l’atout de ma défaillance.

Après une poignée de minutes, un gardien passe derrière nous en beuglant en arabe une phrase dont le seul mot intelligible pour moi va être une clef pour ce dernier checkpoint : « diplomatia ».

Ok, on nous fait passer à la fouille.

Béatrice connaît les fouilleuses. Elles la saluent, on déballe l’ensemble de notre cargaison, chaque livre est feuilleté, chaque tupp est sondé, chaque paquet de gâteaux est malaxé. A nos pieds, il y a des cadavres de denrées qui ne sont pas passées, et que les rats et les cafards n’ont pas encore eu l’opportunité de nettoyer.

On passe à la fouille de nos sacs à main et à la fouille au corps. Je suis Béa, derrière un semblant de cabine censé permettre un peu de pudeur. Je regarde le plafond délabré pendant qu’une des gardiennes palpe avec professionnalisme mes épaules, mes bras, ma poitrine, mon ventre, mes hanches, mon entre jambe et mes jambes. En ouvrant mon sac, elle fronce les sourcils, « Toubiba ? », je fais oui de la tête, j’ai pris mon stétho, avec l’arrière pensée que si Tho me semblait un peu maladif, j’en profiterai pour l’examiner un peu. Ok, on passe.

Dernier check point.

Tout est bon, on arrive dans une dernière salle avant la porte de la salle des visites. Là, la tension est différente. Les personnes sont proches de leurs buts. C’est plutôt une tension affective. Les retrouvailles, bientôt. Ce moment que l’on attend, que l’on a imaginé, que l’on a espéré. On se refait la scène dans un sens, puis dans l’autre.

Personnellement, étant pourtant un peu habituée aux situations de stress, je sens mon cœur s’emballer, je regarde Béa, elle est stoïque, impassible, les yeux fixés sur la porte, le dernier rempart avant Thomas.
On attend, une quinzaine de minute, la tension monte. Il y a au pied de la porte des enfants qui essaient tant bien que mal de monter sur les barreaux, de regarder par la toute petite fenêtre, de voir leurs « papa »…

Silence tendu.

Un homme jeune se dirige avec fureur vers la porte, il crie, il tape de ses 2 mains. Même sans comprendre le sens des mots, je saisi l’urgence… Les gens échangent des regards un peu tristes, puis une femme, plus vieille, sa mère peut être, vient derrière lui, pause une main sur son bras, tressaute sous les impacts violents des poings sur le métal, puis le peau à peau diminue l’assaut, ralentit le rythme. Ces mains maternelles glissent le long du bras, prennent la main crispée avec douceur, elle ramène le jeune homme vers elle. Le mouvement est d’une harmonie telle, que rien ne résiste. Ils vont s’asseoir au fond de la salle.

Béatrice regarde droit devant.

La sirène retentit. Cela ressemble à une sirène de caserne, qui annonce une catastrophe, une attaque, une bombe… C’est fort, ça fait mal à entendre.

Les personnes qui étaient en visite, et les prévenus sortent de la pièce des visites.

Encore une poignée de minutes.

Ça se précise.

La porte s’ouvre, on entre, chargées, dans une immense pièce, nue, dont le sol est crasseux. Quelques cartons aplatis épars ont été abandonnés par les précédents visiteurs, offrant des endroits où s’asseoir pour les suivants. On cherche un coin où poser nos sacs, on choisit, on les laisse, comme pour marquer notre territoire, puis on s’avance vers la porte d’où sortent les détenus.

La tension est à son comble.

Après quelques barbus, Thomas arrive, en pantalon africain avec un T-shirt blanc propre, rasé de près, un petit catogan, il nous regarde, il sourit.

Il prend Béa dans ses bras. Je sens la fin d’une longue apnée, des 2 côtés. Il se redresse et me regarde, lumineux. On se prend dans les bras… je sers fort, il est là, il y est vraiment dans cette taule de merde, entre ces 4 murs et ces dizaines de portes fermées, il est vivant, il est lui, il est là, tout de suite, maintenant, dans mes bras, j’échappe une petite larme de joie, il me soulève… mon Tho, notre Tho.

Après la petite séquence émotion, et quelques récidives d’embrassades, on se dirige vers notre campement.

Il y a un changement manifeste en Béa. La haine est tombée, l’agressivité envolée, l’amour a tout écrabouillé.

On s’assoie. Je ne sais pas trop où me placer, comment commencer… Béa prend les commandes et détaille par le menu l’ensemble des denrées amenées. Et je saisis à ce moment l’importance de tout cela, chose que j’avais gentiment sous-évalué, même peut être un peu négligé. Je réalise combien cela représente l’oasis dans le désert, le bon dans le dégueulasse, le propre dans le crade, les repères dans les sables mouvants. Béa y met une application quasi-religieuse, et cela, non pas par égard à un instinct nourricier quasi animal, mais en fait, simplement par la lecture de la détresse de son fils, par son besoin minimal de confort. Elle ne peut pas construire une douche, elle ne peut pas lui faire une fenêtre sur la mer ; alors elle amène des petits plats qui font pâlir les autres détenus, et les gardiens (surtout pendant le ramadan). Je n’avais pas saisi le fond du truc, et cela m’apparaît a posteriori beaucoup plus sérieux que ce que je pensais.

Pendant ces quelques instants précieux, je le regarde, je le détaille avec une curiosité affective. Après avoir fait ce tour d’horizon des perspectives caloriques hebdomadaires, et regardé son fils avec amour, Béa me laisse la place..

Bon, bon, alors … heu…

« je t’ai emmené des bouquins… Un truc de yoga de papa, un bouquin de philo de maman, plein de bouquins à moi que j’adore, un bouquin de science fiction d’Hugo… et puis, oui, le savon de Claire (il sourit, il me regarde m’agiter, essayer de récupérer mon organisation mentale, un peu malmenée par l’émotion), ah… et surtout… l’aquarelle de Jean Pierre et Françoise Martin », il est surpris, il ouvre l’enveloppe. Il sourit de plus belle. Je lui donne la page imprimé avec les messages de facebook que vous avez laissé. On sent la vie qui coule dans ses veines, renforcée par l’interaction, on sent la liberté un peu récupérée par le partage avec l’autre.

Alors il me parle, il me raconte, accompagné par les acquiescements silencieux de Béa… Les longs mois qui viennent de se passer, presque huit, durant lesquels l’enfermement l’a coupé du monde. Il me raconte l’absence de fondements de l’histoire, l’enchainement de pas de bol… Le coup du prof de surf qui connaissait aussi le fameux Melaïnin’, qui se prend aussi 4 ans (un autre lien avec l’affaire). Le coup de la soirée où apparemment il aurait du saisir que le mec en face était pas clair, où ils parlaient un peu philo, un peu idéologie, au café du coin, avec un autre badaud (réunion illégale), le coup de la chanson arabe que ce mec lui a fait écouter en prenant le thé à la menthe, sous titrée en arabe, qu’il trouvait sans intérêt, et relativement similaire à la musique marocaine qu’il connaissait, qu’il a écouté d’une oreille distraite, avec courtoisie, et qui était en faite la « marseillaise » de l’EI… Il me décrit Malaïnin’, ce mec de 35 ans qui semble bel et bien parti dans sa tête pour Daesh (18 ans de taule), qui s’est fait arrêté avec 90kg d’armes lourdes qui venaient de lui être livré 5 min avant l’arrestation, dans une station service au milieu de nulle part, mais dont bizarrement la police n’avait pas retrouvé les livreurs… Il m’a expliqué les 700 Dirams (70€) donnés à ce mec sur les 6 derniers mois, 300 à la mort de son père pour les papiers des obsèques, 100 une fois où le mec s’était fait piquer son porte feuille, et 300 une fois où il s’était pointé la gueule de travers avec un gros abcès dentaire, pour aller chez le dentiste (soutien financier à Daesh)…

Il me raconte les probables appels du pied de ce mec, qu’il n’a pas compris, qu’il n’a pas saisi, dont il se foutait complètement, content d’avoir sa planche de surf, son futur 4×4 pour aller se balader dans les dunes…

Il me décrit le ramadan, où il était le seul à manger dans toute la prison, les prières, 5 fois par jour, qu’il faut supporter, il me parle de sa non-conversion, des allégations mensongères à ce sujet, des discussions avec les autres détenus, affligeantes… « les hommes non circonscits ne peuvent pas dépuceler un femme », « les personnes qui mangent du cochon se transforment elles même en cochon à la fin »…

Il m’a dit la rareté des personnes avec lesquelles il peut converser, l’analphabétisation, la résignation, l’injustice.

Il m’a raconté, sans se plaindre, sans ciller, calme, cette violence quotidienne, à laquelle il faisait face. Il m’a dit cette place d’homme qu’il fallait défendre, dans un environnement d’hommes, brisés.

Il m’a parlé de la prison, du mec qui, il y a 2 jours s’est échappé de sa cellule et a explosé l’ensemble des fenêtres du couloir du bâtiment, avec son corps, sa tête… Qui s’est rapidement vidé de son sang au milieu du verre brisé, sous le regard silencieux des autres détenus, un suicide, peut être. Il me raconte l’homme qui, quand il était dans une cellule de 15 personnes, s’est fait violé ; qui pour se venger, le lendemain matin très tôt a fait bouillir une casserole d’eau pour ébouillanté son violeur, mais qui malheureusement a été changé de bâtiment par les gardiens, et qui du coup s’est infligé ce supplice à lui même, et dont toute la peau du visage et du torse partait en lambeau.

Il m’a raconté son organisation de journée, pour passer les jours sans perdre la raison : se lever, 30 minutes de yoga, petit déjeuner, sortie d’une heure, sport 2h, repas, lecture 1h, sport 1h, sortie 1h, lecture 1h, repas, yoga 30min, lecture 2h, dormir.

Tous les jours. Tous les jours.

Il lit, là il se met à l’anglais (roman anglais, armé d’un sérieux dico), il a demandé au consulat de lui apporter des bouquins de boulot (micro-technologie), pourquoi pas des cours du CNED…

Nous avons ensuite parlé des « avancées », les ONG, Maître Berton, l’appel le 19 octobre… Béa a énuméré et commenté les actions, les perspectives, les attentes, tout ce qu’elle fait, toutes les brides d’espoir.

Puis, il m’a demandé de lui raconter dehors. Alors je lui ai raconté la famille, les petits nouveaux, la maturation des uns, la jeunesse des autres. Je lui ai décrit la réunion où on a parlé de lui dans le Gers, je lui ai dit notre présence, notre soutien, et cela lui a fait du bien, à lui, et à Béa. De la connexion avec dehors, des racines, de la force, du courage.

Béatrice m’a demandé de lui laisser la place à coté de son fils. Elle a posé sa tête sur son épaule, ses mains sur son bras, ses yeux ont sourient.

Il est costaud notre Thomas. Mais p****n c’est DUR.

Il est innocent.

Il n’a rien fait de mal.

Il se frotte à un monde qui marque.

Il se bat, elle se bat, Mathieu se bat, pour que la barque ne coule pas.

On est resté 3h, jusqu’à ce que le gardien vienne pour la deuxième fois nous dire qu’il fallait nous quitter, et que la sirène ait retentit 5 ou 6 fois au lieu d’une seule (« diplomatia », respect des gardiens pour cet homme, ce qu’il représente, qui sait…).

La séparation n’en était pas une. On s’est dit « à bientôt ». Je lui ai laissé un petit « be strong. On est là » dans l’oreille.

En sortant de là, on est reparti à pieds avec Béa, s’asseyant à la première terrasse de café, seules femmes entre les hommes (et non voilées)… Elle allait mieux, elle rayonnait. Quelques heures de répits, avant que la dure réalité ne la happe.

En rentrant, nous avons eu papa sur skype, puis Mathieu, pour un long debrief, pour un peu de présence. Car lui aussi il est là, la base arrière, qui vient régulièrement respirer pour 2 ou 3 ici, qui maintient son activité pour assurer une rentrée d’argent. Il prend cher, soutien téléphonique quotidien, des heures qui se comptent par dizaines, sa vie entre parenthèse, pilier du trinome, il souffre pour son frangin, autant sensible et empathique qu’il paraît secret. Il construit des repères, dans un horizon qui a perdu certains indispensables. Il peste l’injustice, démuni, mais analyse avec critique et cohérence. Pour lui, pour eux, la présence de la famille amène un peu de lumière dans cette brume épaisse…

Il ne faut pas qu’on les lâche.

Béa en est à des économies fatigantes (prendre le tram + un petit taxi pour se rendre à la prison, plutôt qu’un chauffeur ; lui permettant d’économiser 3 euros sur le trajet, 6 euros sur l’aller retour). Ils en sont a 45 000 euros de déboursés (avocats, procédures), sans compter le petit appart qu’elle loue, la bouffe, les billets d’avion…

Ils s’en sortent, pour l’instant…

Alors, qu’est ce qu’on peut faire ?

Être là: signer la pétition, relayer l’info, adhérer au comité de soutien, mettre un petit commentaire sur le site, la page facebook…

Être là pour suivre ce qui se passe, faire jouer nos réseaux, à chaque fois, ne pas lâcher, persévérer, tant qu’il n’est pas sorti.

Être là…. se battre pour les Droits de l’Homme.

Il est solide, elle se bat comme une lionne pour son petit, Teuté maintien le cap.

C’est un innocent en taule.

Ça fait 8 mois.

Des conditions de détention dont aucun de nous ne sortirait indemne.

Soyons solidaire.

Sortons le de-là.

 

1 Odile Janin 1bis 191216.jpg
Odile Janin
2 Sacha Doligé et Jean-François Thomas 1bis 191216.jpg
Sacha Doligé et Jean-François Thomas
3 Odile Janin explique les faits 1bis 191216.jpg
Odile Janin explique les faits
4 Odile Janin et Sacha Doligé 1bis 191216.jpg
Odile Janin et Sacha Doligé
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