Romain Duport chronique N° 1 : L'aigle et le coq

Quels volatiles peuvent-être aussi dissemblables entre eux que ces deux-là ? 

IMGP5259.JPG

Le premier est un rapace survolant de sa superbe d'immenses contrées. Amateur de grands espaces, repoussant sa limite, il apprécie tout particulièrement les sommets et les vallées montagnardes. Sa vue perçante lui permet de repérer de loin sa proie sur laquelle il fond sans pitié et l'enserre sans coup férir. Ce rapace, parfois rare et menacé par les activités humaines dispose de son donjon dans nos chères Pyrénées. Il est noir dans nos chansons, royal dans nos récits et c'est un Pygargue à tête blanche qui sert d'emblème aux Présidents des Etats-Unis. 

Le second ne vole guère et n'embrasse de son regard que l'étendue de sa cour que certains mauvais esprits qualifient de basse. Animal fier et courageux, symbole de virilité, il pèche cependant par sa vanité. Il en est ainsi de l'émouvant Chantecler de Rostand, persuadé que c'est son chant matinal qui ordonne au soleil d'apparaître. Pour nos voisins européens, ce coq est tout particulièrement gaulois.

Jeudi 13 juillet, l'Aigle et le Coq ont dîné ensemble. Puis ils ont assisté, le lendemain, au traditionnel défilé militaire. Quelle gageure que de retrouver derrière ces animaux Donald Trump et Emmanuel Macron ! Un regard furtif risquerait d’être équivoque et, contemplant l’action internationale des deux Présidents, il se pourrait que l’aigle ait un plumage tricolore et le coq un petit côté yankee.

Donald Trump est un président fier et insaisissable. Vitupérant contre l'OTAN durant sa campagne, il fait volte-face sur ce sujet une fois élu. Pétri de contradictions, cet isolationniste revendiqué, renouant avec la doctrine Monroe, n'hésite pourtant pas à bombarder la Syrie le 6 avril 2017 lorsqu'il estime que Bachar el-Assad, qu'il souhaitait réintégrer dans le jeu des Nations, a franchi une ligne rouge. De même, face à la Corée du Nord, le président bravache sort les muscles et répond aux essais de missiles par des manœuvres militaires à la frontière de cet Etat. 

Si nous pouvons nous féliciter que les Etats-Unis d'Amérique ne soient plus le gendarme du monde, nous pouvons redouter néanmoins un exercice néfaste de leur influence. Dans cet ordre international multipolaire, les lois de la jungle semblent être celles qui ont le plus de chance de s'imposer. Et dans cette dysharmonie mondiale, Donald Trump est un facteur de trouble et de désordre. 

Nous aurions rêvé d'un Président véritablement isolationniste. Si la campagne du républicain pouvait le laisser présager, l'action du 45ème Président des Etats-Unis peut être davantage qualifiée de nationalisme jacksonien. C'est-à-dire, selon la définition de Walter Russel Mead, professeur et éditorialiste américain, un nationalisme intransigeant, héritier du 7eme Président Andrew Jackson, partisan de la manière forte mais désintéressé par la construction d'un ordre mondial et opposé à la volonté d'exporter le modèle démocratique. 

Ce nationalisme aveugle qui souhaite restaurer la grandeur des Etats-Unis en abaissant le monde est excessivement dangereux. Ainsi, Donald Trump n'a jamais de mots assez durs pour critiquer l'Allemagne et diviser les Européens. Il tance les traités de libre-échange mais souhaite en mettre en place avec le Royaume-Uni post-Brexit. Il met au ban des Nations l'Iran dont le Président Hassan Rohani a pris d'innombrables risques politiques pour tourner le dos au nationalisme féroce de ses prédécesseurs. Il apporte un soutien sans faille à l'Arabie Saoudite qui se voit confortée dans la région et continue en toute quiétude ses massacres au Yémen tout en menaçant le Qatar qui lui contestait une certaine vivacité diplomatique. Fauteur de troubles aujourd'hui, il n'hésite pas à hypothéquer notre avenir en foulant aux pieds la COP21. Sous sa crète rousse, à l’abri de slogan Make America Great Again, ce coq ne voit guère plus loin que son poulailler.

Et Emmanuel Macron, ce président qui se veut jupitérien, en fait un invité d’honneur ? Je ne pense pas que le but de la manœuvre soit de glorifier ce personnage mais plutôt de l'impressionner et d'établir un rapport de force. Ce faisant, il renoue avec une certaine hauteur et indépendance française qui veut que nous parlions à tous les dirigeants que les pays se choisissent ou maintiennent. Donald Trump ne respecte que le rapport de force et, sans parler de la prise de bec qui fit beaucoup gloser lors du G7 en Sicile, le recevoir à l'occasion du défilé du 14 Juillet était sûrement un acte fort stratégique. D'ailleurs, la vidéo de remerciement que Donald Trump a glissé sur son compte Twitter fait la part belle à la Garde Républicaine, à La Fayette et à notre Histoire commune. La France a impressionné le Président étasunien et c'est en cela que l'accueil fut une réussite. Et en matière de diplomatie, le nouveau Président français a su trouver ses marques et mettre ses pas dans ceux des premiers présidents de la Cinquième République avec une véritable aisance. Réservant son premier voyage au partenaire allemand, il s'est ensuite envolé vers le Mali pour assurer à cet Etat l'aide pérenne de la France. Pragmatique sur la Syrie, réceptionnant le Tsar russe à Versailles, chantre de la COP21, porte-voix de l'olympisme à Lausanne, Emmanuel Macron porte la France sur tous les fronts. 

Dans ce monde multipolaire, le 25eme Président de la France semble vouloir faire de notre pays un point d'équilibre. Ainsi, en plaçant la France non pas au-dessus des autres nations mais au centre de ce grand concert, nul doute que s'il persévère dans cette ligne, notre Président, fidèle à la tradition diplomatique de notre nation, saura redonner de la grandeur à la France. Enfin, gardons en mémoire que sur le mont Olympe, l'oiseau de Jupiter, n'est rien d’autre qu'un aigle.

 


Suggestion d'articles
Commentaires
Suggestion d'articles
Menu