Regarder les choses en face…

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Il est des moments où l’on ne peut se mentir ou occulter la réalité aussi dérangeante soit-elle. Notre monde devient de plus en plus chaotique, toujours plus dangereux, difficilement lisible sinon compréhensible. Cela ne nous sauvera pas de se remémorer sempiternellement le passé, de le regretter avec des trémolos dans la voix (Ah, c’était mieux avant ! Où est donc passée Ma France !), de se vautrer dans une nostalgie où celui-ci est paré de vertus qu’il était loin d’avoir. Bien encouragé en cela par des partis populistes à la vacuité intellectuelle sidérale qui pratique l’enfumage des électeurs avec un art consommé, tel notamment le R. N. Il faut redevenir sérieux, conscients des réalités, de nos forces, de nos faiblesses, de nos menaces et de nos opportunités.

 

Les « trente glorieuses » sont achevées depuis longtemps. Nous avons au cours de celles-ci bien corrompu la Planète, déstabilisé ses mécanismes essentiels. Bien avant elles, envahi et pillé bon nombre de pays sous le prétexte de leur apporter la « civilisation » à la pointe du sabre ou du fusil ; et de tous temps, dispensé des leçons de droit de l’Homme à la terre entière. Tout cela nous a donné une belle et bonne conscience satisfaite d’elle-même, nous a permis de vivre dans une douce torpeur et un laisser aller jouisseur. Et bien, il faut se faire une raison, la fête est finie (même si tout le monde n’y a pas dansé !). Comme l’a écrit Robert Louis Stevenson, « Tôt ou tard chacun s’assoit à un banquet des conséquences ». Nous y sommes.

 

La planète brûle : le changement climatique, la perte accélérée de la biodiversité, la pollution protéiforme, la rareté de biens naturels indispensables, menacent la survie de l’humanité. Les guerres, la violence, la cupidité, le cynisme, le capitalisme débridé en font de même. Au milieu de cet océan de tensions, la France est ballotée, sa voix inaudible, sa puissance de jadis est devenue aujourd’hui inexistante. Elle a encore quelques beaux atouts mais elle ne pourra les valoriser seule. Nous replier frileusement sur nous mêmes, pratiquer l’entre soi et gérer la pénurie ne constituent certainement pas un avenir séduisant. Nous ne pesons rien face à une Chine dominatrice et en pleine expansion, animée par la volonté de détruire nos démocraties, nos valeurs, nos États de droit.

 

Une Chine qui s’appuie sur des quasi vassaux belliqueux, tel la Russie, l’Iran, la Corée du Nord ; une Chine qui instrumente – directement ou indirectement - une foultitude d’Etats dits improprement du « sud global », autrefois tenus pour quantité négligeable mais qui aujourd’hui veulent à juste titre faire entendre leurs voix dans le concert des nations, en jouant de la politique du non alignement ou du multi alignement à géométrie variable. Une Chine qui sait très bien cultiver en sous-main l’animosité de certains à l’égard de l’Occident. Lequel, il faut le reconnaître, n’a pas toujours été irréprochable (euphémisme). Les Etats-Unis, notre allié historique, ont un avenir politique et démocratique beaucoup trop incertain pour être fiables, et sont surtout préoccupés (et c’est logique) par leurs intérêts propres. Ne l’oublions jamais : une défaite de l’Ukraine serait catastrophique pour l’Europe !

 

L’alliance faisant la force, c’est au sein de l’Union Européenne que la France pourra tirer son épingle du jeu. Mais une Union Européenne qui doit évoluer, se transformer même : retrouver le sens de l’Homme, bâtir un projet crédible pour un avenir plus désirable, plus juste en matière sociale, fiscale, environnementale. Mais aussi devenir une puissance au sens plein et politique du terme. Il faudra revoir l’équilibre des institutions, les rendre moins complexes, plus lisibles, mieux accessibles à la compréhension de tous. Et surtout redonner du poids au Parlement et moins à l’organisation intergouvernementale. Pour éviter par exemple des projets type « convergence NBIC » ( pour nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information et sciences de la cognition) sur lequel les populations n’ont pas été associées lors de son élaboration par des technocrates européens courant derrière les États Unis pour ne pas « prendre de retard ». Et ce malgré le caractère possiblement totalitaire de l’entreprise.

 

Bref, il y a du travail à accomplir, et du lourd. Notre responsabilité d’électeur est fondamentale, notre avenir et celui de nos descendants est en jeu car nous sommes à la croisée des chemins. Nous devons voter même si les listes sont composées soit d’inconnus soit de troisièmes couteaux de la politique. On a connu des papes dits de transition qui, sitôt investis, se sont révélés êtres des dirigeants dotés d’une vision et de charisme. Ceux que nous porterons au Parlement européen défendront nos intérêts au cours de ces cruciales prochaines années. Alors, évitons d’y élire des gens qui veulent affaiblir l’Europe en la minant de l’intérieur ou/et n’ont pas le niveau intellectuel et technique nécessaire à comprendre et gérer les graves défis existentiels qui sont devant nous.

Jacques Lavergne / 13 mai 2024 / Radio ESPRIT OCCITANIE

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