Rolando Luna offre un concert inoubliable à l’Astrada.

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Une session de jazz cubain en petit comité Rolando Luna offre un concert inoubliable à l’Astrada.

A Marciac, on se souviendra de la venue le week-end dernier dans notre bastide du virtuose du piano Rolando Luna.

En effet, ce samedi 27 novembre 2021 avait lieu à l’Astrada l’assemblée générale statutaire de Jazz in Marciac : l’heure du bilan de cette année si particulière, pour le festival, et pour son équipe organisatrice. Pour célébrer la pérennité du festival et pour réaffirmer le lien indéfectible de JIM avec les marciacais, un concert fut offert sur la scène de l’Astrada au cours de l’après-midi. Gratuitement, sur simple réservation préalable, les amateurs de musique eurent donc une opportunité de vivre un moment magique en compagnie d’un pianiste d’exception. Et le public fut au rendez-vous, puisque toutes les places furent distribuées.

 

L’Astrada à la rencontre de toutes les musiques.

 

Lorsque les spectateurs prirent place dans la salle, ils découvrirent un grand piano à queue, seul sous les projecteurs. Il semblait donc que l’artiste qui allait monter sur scène allait jouer en solo. Pourtant, ceux qui savaient qui était l’artiste annoncé pouvaient s’attendre à écouter plusieurs musiciens : un cubain joue rarement seul. Et Rolando Luna est toujours bien accompagné...

La culture musicale cubaine n’a pas de limites. Elle fait partie intégrante de la vie de tous les jours. Salsa (Son), rumba et rythmes afros, mambo et guaracha, ou bien cha-cha-cha : Cuba est tout un art de vivre au gré des notes. Cela se doit à la situation de l’île caribéenne, point de rencontre du vieux continent européen, de l’Afrique esclavisée et du nouveau monde.

Cette expérience de fusion, c’est ce qui se ressent à l’Astrada, scène musicale ouverte à toutes les musiques, à tous les arts. Samedi encore, à sa manière, Rolando Luna fit gala de sa virtuosité pour nous faire découvrir sa musique, qui revisite la culture musicale caribéenne et internationale au-delà de toutes les frontières de genres. Entre compositions personnelles et grands standards du jazz, il donna un nouveau sens au boléro et à la rumba, pour le plus grand plaisir des marciacais présents ce jour là à l’Astrada. Le pianiste a littéralement transporté les spectateurs de l’Astrada à la Havane.

Cuba sans frontières, en petit comité.

Sous le chapiteau de Marciac, à Vic Fezansac (Tempo Latino), ou Toulouse (jazz sur son 31), les mélomanes ont peut être déjà eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises sur notre territoire, avant la crise sanitaire ou bien l’été dernier (concert au château de Sabazan, festival de Marciac, 30 juillet 2021). Il est l’un des pianistes d’El Comité, formation musicale révélée par Philippe Monsan.

Le concert de la semaine dernière était l’occasion de le découvrir seul au piano. Car si l’on ne compte plus ses collaborations musicales, il est aussi l’auteur de ses propres albums, comme « En la Luna » ou bien « Alucinaciones ». En 2021 il a sorti « Fusion de almas » avec Gaston Joya.

En tous les cas, certains jeunes musiciens qui étaient au collège Aretha Franklin il y a deux ans savent de qui il s’agit, puisqu’il donna une master-classe aux Ateliers d’Initiation à la Musique de Jazz le 29 juillet 2019, en compagnie de son acolyte trompettiste Carlos Sarduy, dans le cadre du festival de Marciac.

Issu du Conservatoire de Musique Amadeo Roldan, Rolando Luna est l’un des pianistes cubains les plus brillants de sa génération. Fort de ses expériences musicales auprès d’Omara Portuondo et du Buena Vista Social Club: Rolando Luna Carrillo est un digne héritier de Chucho Valdés. Récompensé pour son travail et son talent (Jo-Jazz-99, Montreux 2007), il a accompagné les plus grands artistes cubains aux quatre coins du monde, accumulant les enseignements musicaux en jouant avec eux. Il a également joué avec des artistes non cubains, tel que Kepa Junquera (2009- Fandango-Habana Sessions).

La musique à toutes les sauces.

Quiconque met les pieds à Cuba découvrira une île où la musique est partout. Les cubains dansent sur tous les rythmes. Rolando Luna a su l’expliquer au public malgré que ce soit en espagnol. Son naturel et passion se ressentant immédiatement lorsqu’il prenait la parole pour se diriger au public.

Pour commencer ce concert, il joua « Cancion Estudio », de Ñico Rojas, un compositeur et guitariste cubain dont on célèbre cette année les 100 ans de la naissance. Puis il interpréta ensuite « Coloreando mariposas », de son propre cru. Le pianiste révéla aux spectateurs son fort attachement à ses racines cubaines et à l’ensemble des compositeurs de la musique Classique, très présente dans l’éducation musicale de tout artiste cubain.

Comme l’expliqua Harold Lopez-Nussa dans une interview de 2011 au journaliste Alain Brunet, à Cuba : « Nous bénéficions d’une excellente éducation musicale dans le contexte de l’Amérique Latine, mais il s’agit surtout d’une formation en musique classique. La musique populaire, elle, s’apprend dans la rue. Et c’est, je crois, ce mélange de musique de rue et de formation classique qui produit tant de bons pianistes de jazz à Cuba ».

La générosité du pianiste. Des invités d’honneur.

Est-ce le pique-nique champêtre du 30 juillet dernier au château de Sabazan et l’accueil reçu lors de ses précédentes expériences marciacaises qui ont conquis le cœur de cet épicurien ? En tout cas, le pianiste cubain se confie et dit qu’il se sent ici comme à la maison. En retour, il offrit à son public une après-midi musicale inoubliable. Rolando Luna souligna aussi son admiration pour la culture musicale européenne et particulièrement française (gastronomique aussi). Il proposa un concert plein de joie et de surprises, avec notamment des invités inattendus.

Alors que les spectateurs étaient immergés dans l’ambiance cubaine, Rolando Luna étonna tout le monde en se retirant de la scène pour laisser sa place à un jeune musicien de Tournefeuille. Celui-ci interpréta une œuvre de Franz Liszt, puis une version du pianiste turc Fazil Say de la Marche turque de Mozart  (Fantaisie jazz Rondo alla turca). Le jeune pianiste lui vola presque la vedette. Et pour cause : il s’agissait de Constant Despres, révélé au grand public avec l’émission « Prodiges » en 2016. Les deux musiciens firent connaissance lorsque celui-ci avait 12 ans : le jeune français laissant le cubain sans voix lorsqu’il lui fit une démonstration au piano. « Quel plaisir pour moi de pouvoir inviter et profiter de jeunes aussi talentueux avec un futur immense et de pouvoir partager et apprendre d’eux chaque fois que je les écoute ». Le concert offert par JIM suite à son assemblée générale statutaire a donc été l’occasion de faire découvrir ce talentueux musicien aux marciacais.

Autre surprise de ce concert fut la participation de Carlos Sarduy. Ce trompettiste joue souvent avec Rolando Luna. Mais c’est la première fois qu’ils jouaient en duo. Une bonne idée à développer éventuellement pour une prochaine édition du festival Jazz in Marciac. Ce qui est certain, c’est que leurs noms seront à l’avenir indissociable du festival de Marciac. Ces jeunes artistes sont la relève, la nouvelle génération des grandes stars de la musique cubaine. Dans les prochains jours, ils se retrouveront à Prague.

 

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