Soline : l’escalade sportive ou l’école de la persévérance

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Soline Kentzel vient d’accomplir une performance sportive inédite pour une gersoise : l’escalade d’une voie en falaise de 35 mètres de haut d’une grande difficulté – cotation 8b+ pour les connaisseurs – sur le site d’Oliana en Espagne.

Nous avons voulu en savoir un peu plus sur ce sport de plus en plus populaire mais encore peu développé dans notre département.

Rencontre avec une passionnée qui a fait de l’escalade un mode de vie :

Journal du Gers : Soline, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Soline : J’ai 20 ans, je suis née à Auch où j’ai vécu jusqu’à mes 15 ans.

J’ai découvert l’escalade sportive au lycée à Toulouse dans le cadre de l’UNSS d’abord en intérieur puis en extérieur grâce au petit club de Brax Montagne.

C’est depuis que je suis à l’université - aujourd’hui en 3ème année de géographie et de sociologie- que je pratique beaucoup. Je suis en effet rattachée à un service d’enseignement à distance, ce qui me permet de voyager là où j’ai envie de grimper.

Je grimpe 5 jours sur 7.

Je suis licenciée à la fédération française de la montagne et de l’escalade.

Journal du Gers : Avant de parler de votre performance, pouvez-vous nous expliquer la différence entre l’escalade sportive et l’escalade traditionnelle ?

Soline : L’escalade sportive se pratique en intérieur ou en extérieur.

A l’extérieur, on grimpe le long d’une falaise qui a été équipée en amont par des équipeurs qui ont disposé des spits (pitons) sur la paroi.

Quand on s’engage dans une voie pour la première fois, on place ses dégaines (dispositifs pour accrocher la corde aux points d’ancrage) dans les spits déjà en place.

On distingue également les voies, qui se grimpent encordé, et le bloc, où l’on saute sur des tapis après quelques mètres.

Dans l’escalade traditionnelle, la falaise n’est pas préparée. Dans des parois qui comportent notamment des fissures, on va placer des protections.

On va gravir des falaises moins difficiles qu’en escalade sportive, dans des environnements de montagne, l’engagement psychologique est important et la pratique plus dangereuse.

Journal du Gers : Quel est alors l’objectif en escalade sportive si ce n’est pas seulement d’atteindre le sommet ?

Soline : En escalade sportive en extérieur, on a ce qu’on appelle « un projet », c’est-à-dire « une voie dure » que l’on va travailler pendant plusieurs semaines voire plus selon la difficulté.

« Une voie dure », c’est une voie que l’on ne pourra finaliser en une seule fois.

Jour après jour, on va chercher comment aller d’une prise à une autre, sans tomber dans la corde ou du moins en tombant de moins en moins. Lorsque l’on parvient jusqu’au relais sans aucune chute, c’est ce qu’on appelle “l’enchainement”.

Par exemple, pour la performance que je viens de réaliser, j’ai effectué 40 montées réparties environ sur 30 jours, cela échelonné sur 2 mois car il faut laisser des jours de repos entre les montées pour que la peau des mains se restaure.

On peut comparer cela à un enchaînement de gymnastique que l’on va répéter sans cesse jusqu’à l’exécuter à la perfection.

Journal du Gers : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre toute récente performance ?

Soline : Il s’agit d’une voie de 35 mètres de haut de cotation 8b+.

La cotation va de 4 à 9, chiffre auquel on ajoute une lettre de a à c et des plus : 8b+ est un peu plus facile que le 8c par exemple.

La cotation tient compte de l’inclinaison du mur mais aussi de la taille des prises et des repos ; plus les prises sont petites, plus il faut de force dans les doigts et plus c’est difficile.

Cette falaise se situe à Oliana en Catalogne. C’est un site d’escalade qui concentre de nombreuses voies dures réservées aux initiés. On y trouve des grimpeurs du monde entier.

Cela fait deux mois que je vis dans un village à proximité dans lequel un grimpeur espagnol célèbre a aménagé une salle d’entraînement.

Quand je me suis lancée dans cette voie, je ne pensais pas pouvoir la réaliser et puis je me suis rendue compte que c’était une question d’investissement et je me suis accrochée.

C’est dur psychologiquement car au bout d’un moment, à force de refaire sans cesse les mêmes mouvements, une lassitude s’instaure et le doute quant à sa capacité d’enchainer, c’est là qu’il faut rester focus et continuer.

Plus on va faire les mouvements, plus ils vont s’ancrer dans le corps et plus on va réussir à les faire en économisant de l’énergie et ainsi tomber de moins en moins.

C’est très gratifiant d’arriver en haut en ayant réussi son escalade, mais on est aussi soulagé : cela veut dire qu’on peut enfin s’investir dans une voie différente, on relâche la pression.

Journal du Gers : Vous étiez seule dans cette voie ?

Soline : Nous ne sommes jamais seuls puisqu’il y a toujours en bas l’assureur.

Nous étions deux, un grimpeur allemand et moi, à essayer la même voie mais mon camarade a arrêté car il régressait et tombait de plus en plus bas, ça lui a mis un coup au moral et il a décroché, préférant changer de voie.

Journal du Gers : Quels sont vos projets après cette performance ?

Soline : Je vais rester encore un mois à Oliana, passer mes partiels et me choisir une autre voie mais je n’aurai certainement pas le temps d’en réaliser une de même difficulté.

Ensuite, je quitterai le site qui est plutôt un site d’hiver. Le choix du site d’escalade se fait en fonction des saisons : il y a des falaises d’hiver et des falaises d’été en fonction de la zone à l’ombre.

Je vais revenir sur Toulouse puis je partirai à Céüse à côté de Gap, puis dans les Hautes-Alpes

Ensuite, j’ai un gros projet avec des amis pour 2022 : on veut traverser l’Atlantique en voilier et aller en Amérique dans la vallée du Yosémite faire du Big Wall, ce qui consiste à gravir de très hautes falaises sur lesquelles on passe plusieurs jours. On est en train de monter un dossier et on va rechercher des financements.

On cherche un voilier d’au moins 16m de long (pour 6) et un capitaine qui soit prêt à traverser l’Atlantique !

Journal du Gers : Comment organisez-vous vos journées quand vous êtes sur un « projet » ?

Soline : Ici, à Oliana, je travaille le matin de 9 h à 12 h. Après le déjeuner, je m’entraîne une ou deux heures puis je vais à la falaise jusqu’au soir 20 h, 21 h.

L’ombre arrive à 16 h. Il fait trop chaud pour grimper l’après-midi donc on grimpe à partir de 16 h.

Journal du Gers : Quelles sont les qualités nécessaires pour pratiquer l’escalade sportive ?

Soline : Il faut de la force physique, de la technique, de l’endurance et du mental.

Les garçons vont avoir tendance à privilégier la force au détriment de la technique et ils vont faire des voies moins difficiles parce qu’ils n’ont pas la technique adéquate.

Pour le physique, il faut avoir beaucoup de force dans le haut du corps, les biceps, les épaules et les doigts et avant-bras.

Mon entraînement est double : on s’entraîne en intérieur sur des prises en résine et on a aussi un entraînement physique de type muscu (développés couchés, tractions, renforcement avec des poids)

Le mental s’entraîne aussi: être à fond à l’entrainement, aller au bout de l’effort et dépasser la peur de “voler” (de la chute).

Journal du Gers : Un projet de mur d’escalade à Auch a été choisi dans le cadre du budget participatif. Vous devez vous en réjouir?

Soline : Oui, je suis très contente car si je n’étais pas allée à Toulouse, je n’aurais pas découvert l’escalade.

Ce projet de mur, cela signifie que dans le Gers, il y avait un manque et une inégalité territoriale en termes d’infrastructure.

Avec la construction du mur, il y aura j’imagine un club qui va se construire autour et des sorties d’initiation en falaises…

Journal du Gers : Que diriez-vous à quelqu’un pour l’inciter à pratiquer ce sport ?

Soline : C’est un sport complet qui peut se faire à tout niveau et qui ne nécessite pas une forme physique préalable comme la course à pied par exemple.

C’est un sport agréable et ludique où l’on progresse vite et où l’on a tout de suite des sensations aériennes et de corps dans l’espace.

Cela permet aussi de se muscler rapidement.

De plus c’est un sport qui « réunit »: dans l’escalade sportive, on partage tout même si on est en compétition ou qu’on n' a pas le même niveau, on partage les conseils d’entraînement, les mouvements….

Nous vous reparlerons prochainement de Soline et de son projet...

En attendant, on lance l'appel pour le voilier et le capitaine ! Contactez Le Journal du Gers.

Quant aux superbes photos, elles ont été réalisées par Julia Cassou, une auscitaine également, qui s'est spécialisée dans la photo d'escalade. Nous vous reparlerons d'elle aussi très bientôt.

En attendant, allez visiter son site, son contenu vous donnera le vertige ! :  https://www.juliacassou.com/portfolio

Crédit photos : Julia Cassou

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