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Une saison théâtrale dans l'incertitude ?

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Pitto Campa, confiné dans sa campagne gersoise, nous livre quelques impressions

Ce mardi 7 avril était prévue une première journée d'intense création, avec la deuxième résidence du cloître pour les comédiens de la Boîte à Jouer. En ce début de printemps, ce devait être le temps de la réflexion et de la préparation pour la pièce inédite, clou de la programmation estivale.

L'année 2020 avait pourtant très bien commencé avec un mois de février riche en émotions ; l'anniversaire des 30 ans de la Boîte à Jouer : un spectacle, deux représentations et un concert pour conclure en apothéose. Le public avait été enthousiasmé et en avait redemandé.

Le rendez-vous de cet été, sous le cloître de Condom, est donc très attendu, mais une nouvelle pièce exige un travail important en amont. En février, une première lecture du texte avait permis de répartir la distribution des rôles. Ce mois d'avril devait voir les comédiens travailler leurs personnages. Tout est donc retardé, il faut jongler avec les horaires de chacun, pas évident car les comédiens viennent d'endroits très divers, Paris, Tarbes ou Bordeaux, par exemple.

Pourtant, la thématique choisie pour 2020 est alléchante : les pirates.

En décembre 2019, un spectacle filmé et réalisé sur les femmes pirates, avec une compagnie parisienne Les Réverbères, sera la base de l'outil pédagogique proposé aux écoles pour le premier trimestre de l'année scolaire 2020-2021. Fabienne Rouault, dessinatrice, mais également directrice de l'école de Montréal-du-Gers, va s'atteler à la réalisation d'une bande dessinée. Fabienne était déjà présente en 1990 pour le premier spectacle, le Molière, à Larressingle, et il a semblé logique à Pitto Campa de lui demander de participer pour cette création, trente ans après.

La BD achevée, elle permettra aux écoliers de découvrir, d'abord un texte, pour ensuite voir une pièce sur scène avec une compréhension différente. Chaque année, ce sont entre 10 et 25 écoles qui se déplacent dans les théâtres de Condom ou d'Éauze.

Auparavant, en deux mois, juillet et août 2020, seront proposées au public vingt représentations de Pirates, L'île maudite - pour certains acteurs, il s'agit là de la moitié de leurs engagements annuels.

Mais la crainte pour cet été serait une sortie du confinement trop tardive, empêchant ou retardant les répétitions, une restriction de regroupement qui limiterait le nombre de spectateurs. Là, Pitto Campa attend beaucoup de Jean Castex, le nouveau Monsieur Déconfinement, Vicois d'origine qui ne lui est pas inconnu.

Il va falloir que la sortie de cet état confiné se passe mieux que l'entrée, et surtout il faudra veiller à la santé morale de tous, lors du retour à la vie normale. Si le président français parle d'un état de guerre, il ne faudra pas vivre la libération de manière frénétique, des priorités seront à respecter.

En attendant ce moment tant espéré, il faut avancer sur les tâches administratives, la communication et la publicité. Monter des dossiers pour des aides éventuelles, car La Boîte à Jouer, structure associative, ne rentre plus d'argent et les frais continuent de courir.

Pas forcément le côté préféré du quotidien du théâtre en campagne, mais une nécessité car déjà plus d'une dizaine de dates sont annulées, c'est le cas, cette semaine, d'un festival dans les Landes, et aussi d'un match d'improvisation.

Le danger dans ce métier est d'être oublié, car c'est un métier de contact. Depuis trente ans, Pitto Campa se bat pour un spectacle vivant et là, aujourd'hui, ce n'est plus vraiment le cas. Même si la technologie permet beaucoup, via Internet et les réseaux, ou plus simplement avec la télévision, comme avec la diffusion d'un grand classique de Molière, dimanche dernier 5 avril, sur France 5, "L'avare" avec Denis Podalydès - impressionnant ! -, à la Comédie Française (*). Cela ne remplacera jamais le plaisir de venir s'asseoir dans un théâtre avec la scène sous ses yeux.

Heureusement certains artistes ont plus de facilités pour maintenir le contact avec leur public. Les musiciens de Big Moustache, grâce à leur page Facebook, réalisent leurs clips de confinement.

Les trois musiciens, à Toulouse, dans les Hautes-Pyrénées et Victor Campa à Condom, dès le 22 mars, ont offert une première chanson, à leurs fans ; ce sont ceux-ci qui ont choisi la suivante : "Les murs de poussière" de Cabrel que le Journal du Gers vous propose d'écouter en cliquant sur ce lien. Dernière heure, le Clip Confinement #3 est arrivé, sur leur page, en cette soirée du jeudi 9 avril, une chanson de Matthieu Chedid : "la bonne étoile".  Est-ce qu'elle leur portera chance alors que la distribution de leur nouvel album "Théâtralement votre" venait de démarrer au mois de février ?

En conclusion, Pitto Campa se dit optimiste mais il va falloir une prise de conscience générale surtout lorsqu'on va devoir trouver des solutions pour venir en aide aux associations, notamment celles dépendant du Festival des Bandas ; on va alors réaliser que cet événement est avant tout une grande fête populaire, un beau concours de musique. 

Quant à l'épisode Coronavirus, une fois derrière nous, si les gens ont tendance à vite oublier, il faudra faire en sorte de le leur rappeler.

Mais pour conclure, on doit convenir que, dans le Gers, nous sommes de grands privilégiés, surtout si on y vit à la campagne comme lui, d'ailleurs quand les Parisiens ont décidé de fuir la capitale à la mi-mars, après l'Yonne, notre département a été la seconde destination de choix pour venir se confiner.

(*): pour info, retrouvez des programmes vidéos gratuits sur www.comedie-francaise.fr

Photos Marc Le Saux (sauf Photo Victor Campa, une capture d'écran de son clip de confinement n°1)

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