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Jacques Offenbach a eu 200 ans au château de Pesquidoux

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Sa musique alternait avec les lectures

C’est un moment raffiné que Bertrand et Marie-Françoise de Pesquidoux ont offert au public jeudi 8 août en leur château de Perchède. Une entrée gratuite à un concert à l’occasion de l’anniversaire du compositeur Jacques Offenbach, né en 2019. La musique alternait avec la lecture d’extraits des œuvres du grand-père de Bertrand de Pesquidoux, Joseph de Pesquidoux (membre de l’Académie française) et de son père, Arnaud, qui fut, entre autres, chroniqueur au Monde sous le pseudonyme de Jean Taillemagre. Ce concert fait partie du Bach Festival Gers. Notons qu'Alain Marin, maire de Perchède, était présent.

C’est peu dire que faire jouer Offenbach est une excellente idée : on entend habituellement surtout ses opérettes et la barcarolle des Contes d’Hoffmann, alors que le compositeur a conçu une centaine d’œuvres musicales. Mais František Brikcius et Anna Brikciusovà (le Duo Brikcius) ont joué le duo pour deux violoncelles n°1 opus 52 et opus 53 de Jacques Offenbach.

C’est d’autant plus opportun que le compositeur était un violoncelliste virtuose.

La rédaction regrette d’autant plus vivement que les interprètes n’aient pas souhaité que les photos d’eux prises pendant le concert soient publiées.

Des textes sur La vie à la campagne

Ce sont cinq petites filles de Bertrand et Marie-Françoise de Pesquidoux qui ont lu les extraits de ces deux écrivains de la famille. Nous donnons ci-après l’un des extraits, relatif à la course landaise, de Joseph de Pesquidoux.

La course landaise

Hup ! Caracola ! Ha !

La petite ville du Houga palpite toute. C’est en juillet, le jour de la fête patronale.

Très fière de ses course renommées à la ronde, dès trois heures de cet après-midi torride, elle a envahi son amphithéâtre.

Et maintenant cette foule, hommes au béret rabattu sur les yeux, femmes au foulard noué sur le chignon, qui s’est amoncelée avec un bruit sonore de marée, reste muette, inquiète et ravie dans l’attente d’un écart périlleux.

Hup ! Caracola ! Ha !

Marin Ier, écarteur célèbre, face à la bête, haussé sur lui-même, pieds joints, le rein creusé, les mains en l’air, immobile, sa veste soutachée d’or serrant ses flancs et son béret brodé enfoncé, répète son appel. Il a maintes fois attaqué des vaches dangereuses. Mais celle-ci est terrible. Elle a déjà tué. Lui seul, certains jours, ose l’affronter… Duel poignant. Les hommes, penchés en avant, laissent éteindre leurs cigarettes à leurs lèvres. Les femmes pétrissent leur mouchoir. On ne parle plus, on respire à peine. Car Marin, comme la vache ne part pas, redoutant une ruse, recule, recule encore. Il recule pour l’attirer.

Caracola veut son moment. Cet homme tout chamarré, elle le connaît bien. Elle l’a souvent frôlé, touché, atteint presque, mais pris, percé, pas jusqu’ici. Si c’était cette fois ? Et puis lui, qui l’appelle. Quarante mètres les séparent. Quelques secondes de galop. Elle sait sa vélocité. Des fils de bave pendent à son mufle. Elle gratte le sol de son pied, secoue sa tête armée, mugit mais ne part pas. Une tempête d’injures s’abat sur elle. On la siffle et la hue. Plus haut que cette rafale, elle mugit de nouveau. On se tait. Le silence angoissé reprend.

Alors Marin, pâle un peu, jouant le tout pour le tout, à petits pas rapides marche sur elle.

C’en est trop. Des quatre pieds à la fois, elle part, fond sur lui. Ah ! Quel train. Soudain, l’homme s’arrête, oscille à gauche, à droite, puis brusquement porte son corps sur sa jambe gauche écartée, feint de choir, et, quand la bête, attirée de ce côté, tête basse va l’éventrer, pivote, opère un demi-tour sur son pied droit, la trompe et la fait passer… Et son pied droit a tourné sur place… Un cri, deux cris, une stupeur d’admiration et, tout de suite, arraché à des milliers de mains, un tonnerre de bravos qui va, dans la campagne faire tressaillir les rares absents, et gronder comme un murmure de cloches dans la haute tour de l’église.

Trois fois, quatre fois, même bonheur.

Au cinquième écart, le coup passe si près que la veste soutachée d’or éclate sous la corne et que, trop inclinée sur elle-même, Caracola roule à terre quelques pas plus loin. C’est un délire, aussitôt réprimé. L’émotion a été trop vive ; elle serre la gorge, noue les mains. Et lorsque jetant loin de lui les lambeaux de sa veste, l’écarteur rappelle la vache relevée, tout ce peuple, bras tendus, gorgé enfin de son plaisir clame ensemble : « Prou ! Prou ! » (Assez ! Assez !).

« Enquoère ün ! » (Encore un!) « Aré qu’ün ! » (Rien qu’un!), supplie Marin.

« Nou ! Nou ! » (Non ! Non!), reprend la foule. « Barra la baqua ! Barra ! » (Enfermez la vache ! Enfermez !).

Et là-bas, à l’autre bout, une porte s’ouvre où fuyant cet homme insaisissable, Caracola s’engouffre.

Appuyé sur la talenquère, Marin s’essuie le front.

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Bertrand de Pesquidoux présente le concert-lecture
3 L'assistance 1bis 080819.jpg
Une partie de l'assistance
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Emplacement des musiciens
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Agathe lisant
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Bertille lisant
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Aglaé lisant
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Sophie lisant
11 Soizig lisant 1bis 080819.jpg
Soizig lisant
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