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« Le Bataillon de l’Armagnac », illustre et mal connu

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Histoire vivante d’une Résistance exemplaire

« La place du Bataillon de l’Armagnac dans l’Histoire n’est pas celle qu’il mérite ! » nous dit le général Jacques Lasserre, auteur d’un ouvrage de 632 pages sur Le Bataillon (1). « - Pourquoi donc ? Sans doute parce que son chef, Maurice Parisot, refusait tout engagement politique». Sur le créateur du Bataillon, Jacques Lasserre a beaucoup à dire, car il a non seulement tout lu, mais interrogé les acteurs survivants. Le style est vivant, le texte nourri de faits et la lecture facile : les documents sur lesquels s’appuie l’historien, sont à la fin des chapitres. Le Journal du Gers l’a rencontré le 8 mars 2019.

Un travail de bénédictin

Il lui a fallu quatre années de recherches pour écrire son ouvrage. Jacques Lasserre fait une distinction entre un ouvrage de mémoire et un ouvrage d’Histoire. Pour lui, il est normal que plusieurs témoins aient une mémoire différente d’un même événement. L’historien, en revanche, fait un travail scientifique, moins chargé d’émotion, et s’appuie sur toutes les mémoires conservées et sur des documents. C’est ce qu’a réussi à faire l’auteur. Tout en restant prudent sur les témoignages lointains, comme l’écrit le Dr Jean Laborde. Noter aussi que l’auteur ne détourne pas les yeux quand il s’agit du financement du fonctionnement du Bataillon sur lequel il a consulté des documents d’époque.

Il a d’abord fouillé les archives départementales, puis les Archives nationales à Paris. Il a ensuite pris contact avec des acteurs survivants, comme Pierre Péré et Guy Labedan qui ont écrit leurs souvenirs et le docteur Jean Laborde (2). Les souvenirs de Serge Ravanel (Les valeurs de la Résistance) lui ont été très utiles, comme ceux de Pierre Bertaux (Libération de Toulouse et de sa région). Sans oublier ceux d’Abel Sempé, négociant en armagnac, un des premiers compagnons de Maurice Parisot. « Ces derniers, tels l’abbé Talès, Henri Monnet, Abel Sempé, déjà cité, Jean Ducos, maire de Bouzon-Gellenave et d’autres encore, ce sont des hommes vrais, pas des batteurs d’estrade », note le général Lasserre.

Beaucoup d’autres ouvrages, notamment d’officiers anglais, ont apporté de la matière à l’auteur.

Pas seulement l’Armagnac

Le livre du général Lasserre explique bien les relations difficiles entre le général de Gaulle et la Résistance intérieure. L’exemple de la visite du général en septembre 1944, à Toulouse, en est un exemple dramatique. De même, le rôle des services spéciaux britanniques et celui des grands mouvements de la Résistance est abordé.

Maurice Parisot

Ils étaient peu nombreux en juin 1940 à vouloir continuer à se battre : Maurice Parisot était de ceux-là. Lorrain élevé dans un milieu universitaire, officier de 1917 à 1922, il est cultivé, mais c’est d’abord un homme de caractère. Une forte personnalité douée d’une grande autorité et d’une grande empathie pour ses hommes. Et apolitique.

Il fait comprendre à ses hommes que le respect pour les paysans est une question cruciale pour le Bataillon. Et, grâce à l’immersion du Bataillon dans la population, il réussit à garder secrète sa mise sur pied autour de Bouzon-Gellenave, où se trouve le château de Saint-Gô (il est chef de culture). Cela malgré les nombreux dénonciateurs et les miliciens. La discipline du Bataillon est comparable à celle d’une unité d’active. Maurice Parisot impressionne George Starr, officier anglais détaché sur les arrières allemands, qui le ravitaille largement en armes et en numéraire. Ce qui fait des jaloux. On sait que Maurice Parisot meurt le 5 septembre 1944, en pleine gloire, dans un accident causé par un avion britannique.

« Le plus sûr bastion de la Résistance dans la région »

Auprès de toute la hiérarchie de la Résistance et des officiers Alliés, le Bataillon de l’Armagnac a conquis la réputation d’une troupe disciplinée, bien instruite et bien armée.

Après les premiers combats de juillet, à Luc-Bardez (Landes) et à Estang, les engagements majeurs ont lieu, en août, à partir du camp d’Avéron-Bergelle :

  • le 6 août : embuscade à Maulichères (peu de bilan),

  • le 12 août : attaque de la garnison d’Aire-sur-l’Adour (pertes allemandes non connues),

  • les 19 et 20 août : les combats de L’Isle-Jourdain (20 tués et 192 prisonniers allemands).

Ensuite, ce sont les raids vers Pézenas et Béziers, à la poursuite de l’ennemi, en repli vers l’est. Puis le retour à Toulouse, où la présence d’une unité disciplinée et bien encadrée comme le Bataillon, contribue à calmer les esprits, dont certains s’échauffaient en vue d’une éventuelle « insurrection nationale ».

Arrive la mort de Maurice Parisot. Pourtant, le Bataillon continue à s’illustrer dans les combats de la région de Royan. Il n’y a plus de maquisards, mais des soldats d’une armée régulière et c’est une métamorphose déchirante pour certains, comme le raconte Abel Sempé.

(1) Le Bataillon de l’Armagnac de Jacques Lasserre (Éditions Privat). Le général Lasserre intervient dans les écoles pour aider les professeurs à enseigner l’histoire de la Résistance. Il est aussi correcteur du Concours de la résistance et de la Déportation. (2) De Bouzon-Gellenave, futur député-maire d’Auch, qui a écrit la préface de l’ouvrage. Il eut un pied arraché au cours des combats.

N.B. -  La photo du haut de page a été communiquée par le général Lasserre.

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Le général Jacques Lasserre devant sa porte
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Maurice Parisot - Photo communiquée par le général Lasserre
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Henri Monnet, adjoint, puis successeur de Maurice Parisot - Photo communiquée par le général Lasserre
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Abel Sempé - Photo communiquée par le général Lasserre
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L'abbé Talès, curé de Panjas et commandant de compagnie, organisateur du camp d'Avéron-Bergelle - Photo communiquée par le général Lasserre
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Jean Ducos, maire de Bouzon-Gellenave, chauffeur de Maurice Parisot ; cachait les maquisards - Photo communiquée par Nadine Van De Casteele fille de Jean Ducos
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Jean Laborde - Photo communiquée par le général Lasserre
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Le Bataillon devient demi-brigade sous l'afflux des volontaires - Photo communiquée par le général Lasserre
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George Starr ("Hilaire") des Services spéciaux britanniques, ravitaillait le Bataillon - Photo communiquée par le général Lasserre
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Le général Jacques Lasserre à son bureau
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