1re phase des Rencontres littéraires de Nogaro

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Romanciers, comment écrivez-vous ?

Vendredi 1er juin 2018, c’est le jour des Rencontres littéraires de Nogaro et de la proclamation du 13e Prix Jeune mousquetaire du 1er roman. Le Prix existe depuis 2006. Après installation des écrivains invités (1), les Rencontres peuvent avoir lieu au début de l’après-midi, dans des lieux divers entre le public, formé majoritairement de lycéens, mais pas seulement, et les écrivains. Plus tard vient la remise du Prix (voir article https://lejournaldugers.fr/article/27739-2e-phase-de-rencontres-litteraires-de-nogaro).

Le Journal du Gers prend place dans la salle d’animation où Valentine Goby, la célèbre romancière présidente du jury 2018, Jean-Marc Ceci et Paul-Bernard Moracchini répondent aux questions des lycéens (qui passent aussi dans les ateliers des autres romanciers). L’introduction est faite par Marguerite Burlet, bibliothécaire de Nogaro.

Quel est le processus d’écriture d’un roman, c’est une question classique : les lycéens la posent. Et les réponses, toutes différentes, sont passionnantes.

Jean-Marc Ceci

Il y pensait toujours mais n’en parlait jamais. Alors que, depuis toujours, il ne pensait qu’à écrire : l’idée était entrée en lui et il la tenait secrète. Un jour, il commence à écrire son premier roman, né d’une rencontre avec un personnage et le monde des montres. Mais le ton qu’il emploie ne lui plaît pas et c’est seulement 2 ans plus tard qu’il remet l’ouvrage sur le métier. Après avoir trouvé le ton recherché. Pour écrire, il faut se rendre conscient et disponible à tout. Et faire une synthèse de l’expérience et de la documentation nécessaire. Lui, il ne cherche pas à « délivrer de message ». Au départ, il y a simplement le besoin de s’exprimer.

Paul-Bernard Moracchini

Il gardait lui aussi le secret : seul son père savait qu’il écrivait quand il participait à des concours de nouvelles. À présent, « il assume son statut de romancier ». Dans un roman, il y a forcément du vécu. Dans le sien, ce sont la nature, la chasse et les affaires de famille. Il considère l’écriture plus comme un loisir que comme un métier, même si cela rapporte de l’argent et il n’a pas honte d’écrire. Pour écrire, il lui faut être au calme. Lui aussi est en éveil pour accumuler de l’expérience et trouver de la documentation. Mais, si l’on n’a pas vécu soi-même ce dont on parle, cela ne marche pas. S’agissant de message, il est multiple : chaque personnage en a un.

Valentine Goby

Elle écrit « depuis toute petite », mais, au départ, c’était pour elle-même. Puis elle envoie des nouvelles avec les lettres adressées à ses amis. Un petit cercle de lecteurs se crée et ces derniers la mettent au défi de se faire publier : elle met un manuscrit dans une enveloppe sur laquelle elle écrit « Gallimard », l’envoie en ne croyant pas du tout qu’il serait pris en considération et elle l’oublie. Quelques mois après, elle reçoit le roman imprimé...

Elle dit avoir un goût pour les mots et leur musique. Écrire fait partie depuis toujours de sa vie quotidienne et contribue à son équilibre. Et, au début, elle ne partageait pas son écriture. Mais sa vie a changé : après avoir travaillé dans l’humanitaire et les Ressources humaines, elle est enseignante pendant 8 ans, puis se consacre entièrement à l’écriture.

Elle définit la fiction comme un écho produit par une expérience. Elle a besoin d’une rencontre avec un fait – ou un personnage – déclencheur. Même si la personne a vécu dans un autre temps. L’événement ou la personne éveille en elle un intérêt peut-être inconscient depuis longtemps. Comme Charlotte Delbo, déportée à Ravensbrück, Résistante. D’où Je me promets d’éclatantes revanches.

Elle aime que l’auteur laisse la possibilité de trouver plusieurs interprétations, bien qu’il ait une intention. « C’est réducteur de fermer toutes les portes sauf une ! ». Elle a envie de faire parler les gens qui se taisent : leur voix est une voix qu’elle sent puissante : « J’entends des choses qui n’ont pas été dites, c’est la langue qui peut rendre justice à ce gens ». Pas d’idéologie dans ses romans, mais on peut y parler des migrants.

« Notre souci, c’est la langue » : l’esthétique, plutôt que la beauté, c’est plus vaste. « J’ai l’impression d’écrire avec mes oreilles ! » Elle entend le son de ses mots en même temps qu’elle perçoit leur sens. Une voix dans sa tête lit ses textes avec la voix d’une comédienne connue.

 La photo du haut de page représente Valentine Goby, Paul-Bernard Moracchini et Marguerite Burlet.

(1) Ont été invités : d’abord les écrivains 5 écrivains dont le 1er roman a été sélectionné cette année : Florent Bottero (Tu riras moins quand tu connaîtras les hommes – Denoël), Emmanuelle Favier (Le courage qu’il faut aux rivières) – Albin-Michel), Ariane Monnier (Le presbytère - Jean-Claude Lattès), Paul-Bernard Moracchini (La fuite – Buchet-Chastel) et Gaël Octavia (La fin de Mame Baby – Gallimard) ; et des écrivains lauréats ou concurrents du Prix les années passées : Jean-Marc Ceci, lauréat 2017 pour Monsieur Origami (Gallimard), Jean-Claude Lalumière, lauréat pour Le Front russe (Dilettante), Ian Manook, auteur prolifique, créateur, notamment du détective Yeruldelgger et Niko Tackian auteur de Toxique, Fantazmë etc.

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Paul-Bernard Moracchini et Valentine Goby
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Valentine Goby et Jean-Marc Ceci
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Éric Busson veille à tout
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Françoise Corbel, libraire à Éauze et un acheteur (Bernard Pierre président de l'association Pimao de Perchède)
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Un des groupes de lycéens qui tournent entre les écrivains
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