Ca file du bonheur les mots !

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Les textes sont toujours les mêmes, splendides et percutants, mais le spectateur ressent la fatigue de l'homme

Il a sans doute trop traîner mais pas seulement sous la pluie. Richard Bohringer sur la scène du Théâtre des Carmes, en ce mardi 14 septembre, est là et bien là. Mais un an plus tard que la date initialemnt prévue, un an très tard, heureusement pas un an trop tard !

Si le spectacle avait eu lieu la saison dernière, alors qu'il a dû etre annulé pour cause de Covid, il aurait peut-être eu une autre physionomie, mais pas forcément.

Même affaibli, l'acteur Richard Bohringer est toujours là, sa présence est indéniable. Sa voix rocailleuse reconnaissable à nulle autre pareille si elle a perdu de sa vigueur, déroule, sans heurt, son texte tiré de son ouvrage paru en 2009.

La première de ce spectacle "Traîne pas trop sous la pluie", remonte aussi à la même époque, en 2010. Ce rendez-vous intimiste avec lui-même et ses souvenirs, ses rencontres, ses amours, ses coups de sang, ses coups du sort, ses angoisses profondes même, contrebalancés  par sa soif insatiable de la vie. Un carnet de voyage dans lequel il se dévoile, un peu, avec l’humilité et l’humanisme qui le caractérise. Au gré des mots, des émotions, Richard Bohringer embarque encore son lecteur dans un road-trip littéraire, poétique… 

Richard Bohringer seul en scène, vêtu de vêtements sombres comme à son habitude, il s'abreuve régulièrement d’eau. Truculent et blessé, fort en gueule mais plus fragile encore qu'avant, pathétique sans doute. Il dit, ou lit, des extraits de ses propres textes, d’hier à aujourd’hui. Autant d’évocations brutales et tendres de bourlingues de par le monde et le temps. Le spectacle n'est plus le même qu'à sa création où, entre chaque extrait, il pouvait accompagner ses improvisations d'allers et venues sur le plateau.

Il raconte les excès, les souffrances et les joies qui en ont découlé. Il évoque la famille, la solitude, la paix retrouvée. Et il y a sa voix, toujours là, éraillée, pleine de tabac, d’alcool et de chagrins.

Il continue à transmettre à son auditoire une atmosphère que lui seul peut créer. 

Richard Bohringer impossible de ne pas connaître le parcours de cet  acteur généreux : après des débuts au théâtre, le grand public, le découvre, en 1981, dans Diva, de Jean-Jacques Beineix, film devenu culte pour sa musique notamment.

Il tourne ensuite avec les plus grands maîtres du cinéma français, de Claude Zidi à François Truffaut en passant par Jean-Pierre Mocky et Jean-Loup Hubert.

Grâce à ce dernier réalisateur et au film Le Grand Cheminil obtient le César du meilleur acteur en 1988. Pour sa carrière à la télévision, il reçoit un 7 d'or du meilleur comédien pour son rôle dans Un homme en colère, en 1997.

La belle voix profonde de Richard Bohringer nous transporte dans ses souvenirs et on tente d'oublier tout pour le suivre en dépit des circonstances. Si vous le pouvez, où qu'il soit, allez l’écouter avant que le rideau ne tombe.

Pourquoi pas, à Narbonne, dans l'Aude, où il sera à l'honneur du 7e Salon du livre, le vendredi 24 septembre, avec ce même spectacle "Traîne pas trop sous la pluie".

Photos Marc Le Saux

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