Discours de Patricia Galabert en commémoration du 6 août 1944 au Houga

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Cérémonies au chemin de mémoire du Houga et à la stèle du bois de Bascaules

Patricia Galabert, maire du Houga, prononce un discours émouvant, pénétré de la volonté de transmettre le souvenir des événements d'août 1944 aux jeunes générations. Nous le présentons ci-dessous in extenso (les inter-titres sont de la rédaction). Ce discours s'adresse au public, aux autorités et, en particulier, au directeur de l’Office national des Anciens combattants et Victimes de guerre, au représentant du corps des sapeurs-pompiers, aux représentants des associations d'Anciens combattants et au représentant du Corps franc Pommiès.

Cette année encore, la situation sanitaire nous impose une commémoration des évènements du 6 août 1944 dans le respect des mesures barrières.

Elle se déroulera en deux temps : le rappel des faits, ici au Houga, près de l’hôtel Lafontan, avec le dépôt d’un bouquet au pied du premier pupitre du chemin de mémoire et l’hommage aux morts au bois de Bascaules.

La vocation d’une cérémonie commémorative est de se souvenir d'événements passés car ils fondent une identité collective, un être ensemble et un rapport au monde.

Se souvenir pour transmettre

Se souvenir du 6 août 1944, c’est dire à quel point nos démocraties sont fragiles. Se souvenir du 6 août 1944, c’est croire en l’éducation, en la culture, en la tolérance. Se souvenir du 6 août 1944, c’est honorer l’engagement de trois hommes et instruire les jeunes générations.

Les Allemands investissent Le Houga

Dans le livre récemment publié, Le Gers en Résistance, Jacques Fitan évoque ainsi cette journée du 6 août :

« Marthe Lafontan a 46 ans en 1944. À notre connaissance, elle n’appartient à aucun mouvement de résistance organisé. Propriétaire de l’hôtel Lafontan-Lestage, au Houga, elle y donne le gîte et le couvert à des réfugiés, juifs y compris et à des résistants.

« À la fin du mois de juillet 1944, elle a servi des clients qui, plus tard, s’avéreront être des agents de renseignement de l’ennemi.

« Encore dans la brume d’après orage de ce dimanche 6 août 1944, très tôt en matinée, le bourg est investi par deux détachements de soldats allemands en tenue de combat.

Le premier, stationné à Pau, arrive d’Aire-sur-l'Adour ; le second depuis Saint-Sever, via Cazères et Le Vignau, approche Le Houga par la route de Mont-de-Marsan. Ils appartiennent respectivement à des bataillons du 205ème régiment de chasseurs de montagne et au 987ième régiment de grenadiers. Ils ne repartiront qu’après 16 heures : l’hôtel Lafontan Lestage a été détruit à l’explosif et les trois résistants capturés, fusillés en forêt de Bascaules.

Marthe Lafontan dans le collimateur des Allemands

« Tôt réveillée au matin du 6 août, selon son témoignage, giflée, interrogée, surveillée, elle est contrainte, avec d’autres civils arrêtés, de traverser le village à pied avant d’être embarquée vers Mont-de-Marsan ; elle y est internée jusqu’au 12 août en maison d’arrêt.

Elle est ensuite transférée au fort du Hâ, d’où elle ne sort qu’à l’occasion de la libération de Bordeaux le 28 août.

À son retour au Houga, Marthe Lafontan a tout perdu : son hôtel meublé, pillé avant d’être dynamité par les troupes d’occupation, ses économies et son logement. Il faudra cinq années pour que cette femme discrète et courageuse sorte du traumatisme du 6 août avec la reconstruction de son hôtel. » L’histoire de Marthe Lafontan est gravée sur le premier pupitre du chemin de mémoire. 

Garder en mémoire les trois fusillés

Ce chemin de mémoire représente un enjeu civique et pédagogique pour la transmission du patrimoine mémoriel aux jeunes générations. Il nous conduit jusqu’au bois de Bascaules où Pierre Farines, Henri Thiébaud et Jean Labastie ont été suppliciés.

On ne peut imaginer ce que furent les derniers moments de ces trois combattants de notre liberté. Indicibles pensées. Seuls et ensemble. Seuls avec leur vie intime, leur famille aimée. Ensemble avec cet attachement commun aux valeurs de la République.

Les derniers pas sur le chemin de lumière qui mène sur le haut du bois de Bascaules. Ces pas que nous faisons chaque année vers la clairière, envahis par des sentiments de profonde injustice, de respect pour ces trois hommes. Ce respect dû, que trop souvent notre société bafoue à travers des amalgames qui assombrissent notre démocratie.

« Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates, comme on allume des flambeaux » a écrit Victor Hugo.

L’éternité est dans les valeurs qu’on laisse derrière soi.

Jean Labastie, Pierre Farines, Henri Thiébaud nous laissent en héritage l’amour de la liberté, de l’égalité, de la fraternité.

De nombreuses personnalités ont assisté aux cérémonies : Delphine Grail Dumas, sous-préfète de Mirande, Boris Vallaud, député des Landes, Alain Duffourg, sénateur du Gers, David Taupiac, conseiller régional représentant la présidente de l'Occitanie, Nathalie Barrouillet, vice-présidente du Conseil départemental représentant le président, Vincent Gouanelle, conseiller départemental du Gers, ainsi que les maires de Toujouse et Villeneuve-de-Marsan.

Les photos sont de Claude Saint-Lannes et Jean-Marie Mathieu.

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