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Mieux connaître et protéger l’avifaune du Gers, l’objectif du groupe ornithologique gersois

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Le week-end du 9 et 10 janvier, avait lieu une opération de comptage des milans royaux ayant élu domicile dans le Gers pour passer l’hiver.

Ce type de comptage est une des nombreuses activités du Groupe Ornithologique Gersois auquel appartient Pierre Foret qui nous avait signalé la présence à Bezolles du rossignol du Japon.

https://lejournaldugers.fr/article/46342-le-rossignol-du-japon-a-elu-domicile-a-bezolles

Nous avons pu échanger avec le président du groupe, un ornithologue passionné, Jean Bugnicourt :

Journal du Gers : Pouvez-vous nous présenter l’association ?

Jean Bugnicourt : Le groupe ornithologique gersois existe depuis 1989.

Nous avons un petit nom local, « La tchourre » qui est le nom gascon du troglodyte.

C’est une petite association de passionnés d’une cinquantaine d’adhérents dont une vingtaine de membres très actifs.

Le groupe a pour objectif l’étude et la connaissance des oiseaux dans le Gers, la protection des espèces les plus menacées et la sensibilisation du grand public à cette protection.

Nous nous réunissons une fois par mois, nous organisons des sorties ou des actions techniques. En fait, nous partageons ensemble une passion dans la convivialité.

Journal du Gers : Quels sont vos liens avec la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) ?

Jean Bugnicourt : La LPO est une association nationale qui est présente sur tout le territoire .

Nous conduisons avec eux des actions en partenariat organisées au niveau national comme le comptage des dortoirs de milans royaux mais nous sommes un groupe indépendant.

Journal du Gers : Pouvez-vous nous parler de l’action de comptage des milan royaux à laquelle votre groupe a participé le week-end du 9 et 10 janvier ?

Jean Bugnicourt : Le comptage des milans royaux est européen ; il est coordonné au niveau national par la mission rapaces de la LPO.

Le milan royal est un rapace assez coloré surtout présent dans le Gers l’hiver.

On trouve quelques couples nicheurs dans le département mais c’est assez rare. En revanche, il est nicheur sur le Piémont pyrénéen.

C’est un rapace qui aime bien les zones boisées mais aussi bocagères avec des zones de chasse. Il se nourrit principalement de rongeurs, de charognes.

Il passe un peu avant les palombes et repart dans ses zones de reproduction en février dans le Nord de l’Europe.

L’idée de ce comptage est de suivre l’évolution des effectifs qui hivernent en France, la France étant le principal pays d’accueil des hivernants au niveau européen.

C’est un oiseau qui est assez grégaire. Ils se regroupent le soir pour passer la nuit ensemble dans des bois, des bosquées, par dizaines ou centaines.

Les principaux effectifs sont dans la partie sud du département.

Dimanche, dans le sud-ouest du département, sur deux sites pas très éloignés l’un de l’autre, nous en avons vu environ 200.

Nous arrivons en fin d’après-midi sur site quand il fait encore jour et que les oiseaux se rassemblent dans les dortoirs.

Nous sommes équipés de jumelles et de longues-vues pour les compter de loin sans les effrayer.

Les résultats du comptage sont saisis dans une plate-forme Faune France et géolocalisés.

Le milan royal étant une espèce menacée avec des effectifs en baisse importante, l’analyse des résultats du comptage permet de déduire des recommandations par rapport aux zones d’hivernage, des moyens de préservation de l’espèce.

Mardi dernier, lors du bilan, nous avons comptabilisé 1100 oiseaux mais il manquait quelques retours ; l’an dernier, nous étions à 1400.

Journal du Gers : Participez-vous à d’autres opérations de comptage ?

Jean Bugnicourt : Le week-end du 16, nous réalisons une opération de comptage des oiseaux d’eau (canards, échassiers…) ; c’est aussi un comptage international qui a pour but de suivre l’évolution de ces populations.

Notre groupe essaie de participer à tous les comptages.

Le printemps est un moment privilégié pour ce type d’actions.

Journal du Gers : Quelles actions de protection menez-vous ?

Jean Bugnicourt : En effet, au-delà de la connaissance des espèces, on essaie d’être présents dans le domaine de la protection et de la sensibilisation du public.

Nos actions sont diverses.

On a des partenariats avec des communes et des communautés de communes, notamment un partenariat assez ancien avec la commune d’Auch et le Grand Auch.

On conduit par exemple une action sur les hirondelles avec la mairie d’Auch. Dernièrement on a mis en place avec eux et grâce au budget participatif du conseil départemental, une tour à hirondelles. C’est une sorte de petit immeuble à hirondelles, un pylône doté d’un petit toit à 4 pentes sous lequel on fixe des nids artificiels pour les hirondelles pour les inciter à venir nicher là. C’est un habitat de substitution par rapport aux habitations où elles ne sont pas toujours très bien accueillies.

Il y a en effet une baisse dramatique de l’espèce comme c’est le cas pour beaucoup d’espèces d’oiseaux.

La tour est en place derrière l’école de musique. Les nichoirs sont réalisés par l’IME Mathalin.

Cela fait plusieurs années que l’on conduit avec eux des actions de construction de nichoirs pour les mésanges, pour les chouettes.

Mésange bleue (opérations nichoirs )

On va poser les nichoirs avant le printemps pour essayer d’attirer les hirondelles.

Journal du Gers : Quelles sont les causes de ce fort déclin de l’avifaune?

Jean Bugnicourt : Elles sont diverses.

Les espèces les plus touchées sont les espèces migratrices dont font partie les hirondelles.

L'hirondelle de fenêtre en forte diminution dont il ne faut pas détruire les nids. Une espèce à protéger

Le réchauffement climatique en particulier modifie le cycle biologique des insectes qui est avancé par rapport à ce qu’il était autrefois alors que les dates de migration des oiseaux ne sont pas modifiés, d’où un problème d’alimentation !

Des espèces se reproduisent plus facilement à certaines températures et elles sont perturbées par le réchauffement climatique.

Il y a aussi la destruction ou la modification des habitats, la régression de l’élevage, l’utilisation de pesticides qui ne sont plus autorisés chez nous dans des zones d’hivernage comme en Afrique...

Mésange à longue queue qui se nourrit de pucerons noirs

Journal du Gers : Quelles autres actions de protection menez-vous ?

Jean Bugnicourt : Quand on a créé l’association, on s’occupait des pylônes téléphoniques en métal qui ont remplacé les pylônes en bois ; comme ils étaient creux, ils attiraient des espèces dites cavernicoles qui nichent dans les cavités. Le problème était qu’elles rentraient dans le pylône, tombaient au fond et ne pouvaient pas remonter. Nous avons passé plusieurs années en lien avec les télécoms à boucher les pylônes. On a fait cela sur plusieurs kilomètres de bords de route.

Nos actions évoluent au gré des problématiques qui peuvent se présenter.

Journal du Gers : Menez-vous des actions en direction des exploitants agricoles ?

Jean Bugnicourt : Nous avons en effet une action intitulée « Accueillir les oiseaux sur son exploitation agricole ».

Cette action est menée en lien avec les agriculteurs qui le souhaitent , on essaye de les accompagner pour rendre leur exploitation plus accueillante pour les oiseaux.

La LPO propose un programme national établi en lien avec les chambres d’agriculture qui a pour but de lutter contre la disparition des oiseaux communs dans les campagnes.

Notre groupe essaie de relayer cela sur le plan local.

On participe aussi au programme Agrifaune en lien avec les agriculteurs et la fédération des chasseurs, programme destiné à développer les pratiques agricoles favorables à la biodiversité.

Journal du Gers : Quelle place occupe la photo animaliste dans l’activité de votre groupe ?

Jean Bugnicourt : C’est très difficile de faire à la fois de la photo et de l’ornithologie

Dans l’association, il y a des gens qui aiment beaucoup la photo, c’est mon cas, mais on a beaucoup de mal à concilier les deux. Ce n’est pas du tout la même approche.

Il faut choisir, ou l’on fait de l’ornithologie ou de la photo !

La photo d’oiseau est très à la mode et ceux qui la pratiquent ne sont pas forcément ornithologues et n’ont pas conscience du dérangement occasionné.

Ceux qui cherchent à faire des photos à tout prix le font au détriment de la quiétude des espèces, en particulier quand on photographie des nids ce qu’il ne faut absolument pas faire.

Initiés ou pas, si vous souhaitez participer aux actions du Groupe ornithologique gersois, aux sorties mensuelles, le tout dans la bonne humeur, n’hésitez pas à contacter « La Tchourre » à l’adresse mail latchourre32@gmail.com ou en remplissant le formulaire de contact sur le site.

Et si vous voulez en savoir plus sur l’association mais aussi sur les oiseaux de la région, allez visiter le site du groupe

http://www.latchourre.fr/

ou la page facebook : 

https://www.facebook.com/groupeornithologiquegersois/

 

Photos : Jean Bugnicourt

 

 

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