Société Archéologique du Gers, communications 7 janvier 2026

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Pascal Geneste, Nouvelles recherches biographiques sur Emmanuel Labat
Emmanuel Labat (1853-1925), médecin né à Gimbrède dans le Gers, est issu d’un milieu notable et reçoit une éducation brillante. Élève distingué du lycée d’Agen, puis étudiant en médecine à Toulouse et à Paris, il s’illustre très tôt par son excellence académique et
scientifique, notamment en obstétrique. Promis à une carrière parisienne prestigieuse, il choisit pourtant de revenir dans sa région natale, par attachement familial et territorial. À 35 ans, il s’installe définitivement à Laplume (Lot-et-Garonne) après avoir épousé la fille de l’ancien
maire. Il devient un médecin de campagne très réputé, tout en enseignant la gynécologie à Toulouse pendant plusieurs années.
Médecin respecté et consulté bien au-delà de son département, Emmanuel Labat est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1907. Sans enfant, il consacre une grande partie de sa vie à l’écriture et à la réflexion sociale. À travers des articles publiés notamment dans la Revue des
Deux Mondes et des ouvrages comme Un village en Gascogne ou L’Âme paysanne, il analyse la dénatalité, l’abandon des campagnes et la crise de la vocation paysanne. Il y développe une pensée profondément humaniste, valorisant la paysannerie, l’éducation morale et l’influence
des facteurs psychologiques et sociaux sur la santé et la société.Précurseur d’une médecine attentive à la dimension humaine du malade, Labat insiste sur l’importance du contexte familial, social et moral dans la compréhension de la maladie, annonçant la médecine psychosomatique et bio-psycho-sociale. Durant la Grande Guerre, à plus de 60 ans, il exerce à l’hôpital des Femmes de France à Agen. Décédé en 1925, il reçoit des obsèques conformes à sa volonté, sans discours, mais en présence d’une foule nombreuse. Bien
que progressivement tombé dans l’oubli, son influence médicale, intellectuelle et morale demeure reconnue localement et régionalement, et sa mémoire continue d’être ravivée par des hommages et initiatives patrimoniales.
Robert Sourp, Un siècle après, Emmanuel Labat et l’Âme paysanne
L’Œuvre du Dr Labat a dépassé largement le cadre régional par son succès éditorial, relayant celui des quatre articles parus dans la Revue des deux Mondes de 1910 à 1914. Il témoigne d’un intérêt international certain à l’issue de la 1ère guerre mondiale. L’ouvrage portait, en effet, des réponses à plusieurs débats qui passionnaient les Français au début du XX° siècle. D’abord, partant du constat de l’abandon de la terre, il en trouve l’origine dans un découragement du paysan face à la dureté du travail agricole et l’incertitude des résultats. En outre, la dénatalité lui apparaît comme un repli sur l’enfant unique qui ajoute encore un malaise spirituel. L’école du village à visée universaliste dans ses contenus a pour lacune de ne pas construire « la vocation paysanne » qu’il appelle de ses vœux ! L'ouvrage croise donc des perspectives de très haut niveau de l’époque : de philosophie politique avec le solidarisme de Léon Bourgeois prévoyant un modèle de société qui a construit le monde où nous vivons (impôt sur le revenu, retraite des travailleurs, salaire minimum, assurances maladie et chômage) ; de littérature dont il est un écrivain gascon éminent du mouvement régionaliste. Son nationalisme est soucieux du maintien d’une paysannerie enracinée dans des valeurs terriennes transmises depuis l’Antiquité romaine dans le soldat paysan. Un siècle plus tard, ce qui reste dans ces pages, c’est le regard lucide d’un observateur sur la terre aimée, terre qui se délite sous ses yeux, c’est la beauté de cette magnifique élégie nostalgique d’une ruralité millénaire qui se dévitalise… L’Âme paysanne, une œuvre littéraire de très grande qualité ! 

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