Belle initiative prise par l’équipe des Archives départementales du Gers, pour sa dernière conférence de l’année, la conférence de Katia Khemache, docteur en histoire contemporaine et professeur d’histoire, a attiré un nombreux public, intéressé par l’histoire des Harkis.
Accueillie par Pascal Geneste, le directeur de l’établissement, l’intervenante a d’abord abordé le sujet de ces supplétifs de l’Armée française lors de la guerre d’Algérie, jusqu’à leur exil forcé en France. 180.000 hommes ont été recrutés parmi la population algérienne pour renforcer les troupes françaises, sous différents statuts, et avec différentes motivations d’engagement.
L’historienne a de suite évoqué un premier sentiment d’abandon, dès février 1962, avec le désarmement et la démobilisation sur place, ouvrant une période très dure, avec 90.000 morts lors d’exactions, d’exécutions, d’emprisonnement, avant l’ordre de rapatriement de septembre 1962. Le programme d’accueil de ces anciens Harkis (terme générique) en France a concerné près de 100.000 réfugiés, dont 40.000 sont passés dans les camps de transit, avant d’être répartis sur tout le territoire, notamment dans les 75 hameaux de forestage (dans le Gers, celui de Mirande-Berdoues). Ces familles déracinées connaîtront alors un second abandon, vivant cachées de la population locale, dans des conditions sanitaires déplorables, de restrictions des libertés et de ségrégations.
La construction identitaire
L’exposé suivant concernait la seconde génération, vivant dans une « communauté de silence » qui a connu la révolte du camp de Bias [47] en 1975, des émeutes en 1991 (à Narbonne) et différentes actions contestataires dans les cités.
Du fait de la reconnaissance en 2018, par le Conseil d’État, de la responsabilité de l’État envers un fils de Harkis, les gouvernements successifs ont été interpellés par des filles de Harkis, en même temps que sortaient des travaux mémoriels d’initiatives associatives.
Pour cette seconde génération, leur vie dans les camps constitue un marqueur identitaire d’une réelle « communauté de destins ». Les revendications perdurent : logements, bourses d’études, emplois…
Katia Khemache reconnaît que « la mémoire est plurielle », avec deux démarches parallèles, celle revendicative et celle mémorielle, avec différents sentiments (souvenir des souffrances, sentiment d’un Eden perdu, culpabilité d’être allé du mauvais côté, mémoire victimaire…). Et cela dans le silence coupable de la France avant 1970, et le sujet tabou en Algérie sur cette période.
Dans son livre « Harkis, un passé qui ne passe pas », elle développe son analyse d’une histoire complexe et difficile.
Plusieurs Présidents de la République ont successivement évoqué le destin tragique vécu par les Harkis, et récemment demandé leur pardon (20 septembre 2021), puis la loi du 23 février 2022 (reconnaissance et indemnisation), tout ceci a constitué des étapes dans le difficile combat de cette communauté, dont l’activité revendicative perdure.
La démarche mémorielle dans le Gers
Cette conférence avait été organisée à Auch, et a constitué le temps fort de l’exposition de l’association Harkis Occitanie Mémoires (H.O.M. - Mirande) encore en place aux Archives départementales du Gers jusqu’au 19 décembre. Une quinzaine de panneaux y retrace le contexte, la création et la vie dans le camp de Mirande (au Caneron) et sur le chantier de forestage en forêt domaniale de Berdoues.
Sorti de l’oubli en 2013 (projet pédagogique du lycée agricole de Mirande) le vécu des Harkis constitue la base des actions mémorielles de l’association créée en 2018, qui multiplie des interventions de sensibilisation auprès des jeunes scolaires, et du grand public.
Texte Jacques Lesponne (association H.O.M. - Mirande)
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