De nos jours, nous chassons plutôt les bons plans et les promotions que les sorcières. Mais à l’occasion d’Halloween, aux archives départementales du Gers, François BORDES, inspecteur général des patrimoines honoraire nous plonge dans une page sombre de l’histoire européenne : celle des chasses aux sorcières, qui ont embrasé le continent pendant près de deux siècles et demi. Des milliers de bûchers, des accusations insensées, une peur collective. On peut se demander comment nous en sommes arrivés là. Quand à nos sorcières, oubliez les chapeaux pointus, les balais volants et les potions fumantes, nos sorcières gasconnes ou autres n’avaient rien de tout cela. Elles n’avaient ni chapeau pointu, ni balai aérien. Juste parfois une mauvaise réputation qui suffisait à les faire condamner.
Tout commence à la fin du Moyen Âge. La papauté, après avoir éradiqué les grandes hérésies — notamment celles des Cathares et des Albigeois —, tourne son regard vers d’autres formes de « déviances ». La sorcellerie et la magie, longtemps tolérées ou considérées comme de simples superstitions, deviennent alors suspectes.
Au début du XIVᵉ siècle, l’affaire des Templiers marque une première étape : le pouvoir ecclésiastique condamne des pratiques jugées impies — orgies, meurtres d’enfants, reniement de la foi catholique. Peu après, les pogroms contre les Juifs, puis la grande peste noire, attisent la peur et la recherche de coupables. On accuse certains d’empoisonner les puits et les sources, un crime qui suppose un savoir secret. Ces accusations visent aussi les lépreux. Le poison devient dès lors un élément central de la pensée démonologique : un symbole du mal, au même titre que le « sort ».
C’est ainsi qu’un système idéologique puissant se met en place, où la lutte contre le poison et la magie devient un moyen de contrôle social et religieux. À partir des années 1380, un glissement s’opère : l’hérésie se confond avec la sorcellerie. Apparaît alors un nouveau personnage, jusque-là absent du paysage spirituel : le Diable. Les sorciers et sorcières ne sont plus de simples marginaux, mais les membres d’une véritable secte satanique.
Le mythe du sabbat naît. On imagine ces réunions nocturnes où les sorcières volent jusqu’à des lieux secrets pour adorer le démon. Longtemps, l’Église avait considéré ces récits d’envol comme de simples rêves ; désormais, elle les juge bien réels. Les procès se multiplient, formant une véritable jurisprudence, bientôt appuyée par des bulles papales et une législation nationale. La démonologie — cette « science » du diable — devient une littérature à part entière.
Mais pourquoi tant de femmes sur ces bûchers et si peu d’hommes ?
L’explication se trouve dans les mentalités du temps : la femme est perçue comme plus faible, plus sujette à la tentation et à la luxure, donc plus vulnérable à l’influence du Malin. Cette vision misogyne nourrit une mécanique implacable.
Autant d’éléments qui, durant près de trois siècles, justifieront l’une des répressions les plus féroces de l’histoire européenne. En Gascogne, plusieurs cycles avec beaucoup d’affaires recensées entre 1450/1475 et 1494/1495 et surtout en 1577, plus de 400 personnes brulées dans la région toulousaine.
Aujourd’hui François Bordes nous rappelle à travers cette passionnante conférence que si les bûchers se sont éteints, les mécanismes de la peur et du rejet de l’autre, eux, restent bien vivants. Les chasses aux sorcières appartiennent au passé, mais leurs échos résonnent encore dans notre présent.
Si hier on brulait celles qui savaient manier les plantes, aujourd’hui nous les appelons naturopathes, on les suit sur Instagram. Les temps changent, les potions aussi !!
Le dernier ouvrage de François BORDES "Les flammes de l'illusion, mythe et réalité des sorcières basques 1609, essai historique est en vente aux éditions Kilika.
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