Archives départementales du Gers, du 17 octobre 2025 au 8 mars 2026
Sous le titre poétique « Déplier nos oreilles pour écouter l’histoire des femmes », les Archives départementales du Gers et la compagnie théâtrale La Langue Écarlate, dirigée par Hélène Mathon, offrent au public une expérience sonore inédite : cinq récits de femmes gersoises, oubliées de l’Histoire officielle, reprennent vie sur le parvis des Archives à Auch.
Parmi elles, une figure bouleversante s’impose : Julie St-Avit, résistante, déportée, « morte pour la France ».
Un matrimoine mis en lumière
Le projet, né d’un partenariat entre le Département du Gers et la compagnie La Langue Écarlate, s’inscrit dans la création d’une « carte du matrimoine gersois », un travail collectif visant à faire émerger ces parcours féminins longtemps effacés des récits historiques.
Cinq destins sont mis en sons et en mots : l’avocate Marguerite Dilhan, la maire Marie Laurent, l’accordéoniste Léa Saint-Pé, Louise Despaux, figure du combat pour le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes, et Julie St-Avit, héroïne de la Résistance.
Grâce aux podcasts créés à partir des archives, ces vies se racontent désormais à ciel ouvert, accessibles à tous, chaque jour, gratuitement.
La mémoire d’une femme, d’une famille, d’un territoire
L’inauguration de l’exposition, le 17 octobre, a pris une émotion particulière lorsque la petite-fille de Julie St-Avit, Monique St-Avit, a pris la parole.
Elle a évoqué la redécouverte, presque fortuite, d’un trésor familial : « des courriers et un témoignage écrit par Cécile Lobry, codétenue de Julie, retrouvés dans une boîte à chaussures d’enfants ». Ces documents dormaient depuis des décennies avant d’être confiés aux Archives départementales, où ils sont désormais préservés et mis en valeur.
« En confiant ce trésor, il m’a semblé le sortir d’un cercueil », a-t-elle confié, visiblement émue. « L’exposer à la lumière, c’est lui redonner une respiration. »
À travers sa voix, c’est toute une lignée de silence et de mémoire qui s’est exprimée : celle d’une famille marquée par l’absence, par une histoire tue, et qui trouve enfin un écho collectif.
Son discours a rappelé combien la transmission de cette mémoire, au-delà du cercle familial, relève d’un acte civique et politique : « La seule façon d’éviter que le passé revienne est de ne pas l’oublier », a-t-elle cité, reprenant les mots de Simone Veil.
Donner une voix aux sans-voix
La metteuse en scène Hélène Mathon et son équipe ont su, selon la petite-fille de Julie, « donner une voix à la mémoire » de celle qui fut longtemps absente, et, à travers elle, à toutes ces femmes anonymes, les « sans-voix de la Résistance », celles que le général de Gaulle appelait « l’infrastructure de la Résistance ».
Le travail de la compagnie, mêlant archives, création sonore et théâtre documentaire, s’inscrit dans une démarche de mémoire vivante : transformer les documents historiques en récits sensibles, à écouter, à ressentir.

Une mémoire en partage
Pour Pascal Geneste, directeur des Archives départementales du Gers, cette exposition illustre une nouvelle manière de « raconter l’Histoire » :« Désormais, l’histoire locale doit pleinement inclure les femmes. Le roman national des grands hommes est mort : place à une histoire plus complexe, plus nuancée, où les femmes ont toute leur place. »
La vie de Julie St-Avit résonne ainsi bien au-delà du Gers. Elle incarne la résistance, le courage et la fidélité aux idéaux de liberté et de justice.
Sa petite-fille a conclu avec une émotion retenue : « Ceux qui ont su dire NON à la barbarie portaient en eux des valeurs universelles. Ces valeurs, ils nous les ont transmises. Pour des vies comme celle de Julie, qu’ils ne soient pas morts pour rien. »
Une exposition à écouter, à ressentir
Jusqu’au 8 mars 2026, le public est invité à découvrir cette exposition sonore sur le parvis des Archives départementales du Gers, tous les jours de 7h à 20h.
Une invitation à écouter l’Histoire autrement, en prêtant l’oreille aux voix retrouvées du matrimoine gersois, et, parmi elles, celle, vibrante et courageuse, de Julie St-Avit.

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