Le grand organiste Jérôme Chabert a encore assuré une mission de sauvetage. Son confrère trompettiste étant souffrant, il a dû assumer les deux partitions à lui seul !

Il a présenté au public un fort agréable programme articulé en trois parties.
Tout d’abord, l'auditoire a navigué dans l’univers du XVIIIe siècle.
La première œuvre de forme rondeau était royale : le Prélude du Te Deum de Marc-Antoine Charpentier. Cette marche triomphale a exposé des refrains solennels et brillants qui ont contrasté avec des couplets plus intimes et légers. Jérôme Chabert a su choisir les registres appropriés à ces dissemblances.
La Toccata en mi mineur de Johann Sebastian Bach a pris le relais. Cette pièce musicale, dont le but est de démontrer la dextérité de l’interprète a permis d’apprécier les qualités de l’orgue mais aussi les grandes capacités de l’organiste !
Avec Louis Marchand qui était Maître de Chapelle à Versailles, l’abondant public a plongé dans la musique très spécifiquement organistique avec une Basse de cromorne, une Tierce en taille, un Dialogue et un Fond d’orgue. L’auditeur a vogué entre des passages plus ou moins mystiques, techniques et majestueux.
Ensuite l’audience s’est envolée vers le XIXe siècle avec l’Ave Maria de Franz Schubert. Grâce à cette pièce musicale très connue la cathédrale s’est mise à embaumer de bonheur. Même si les paroles ont changé depuis la création, la composition a toujours inspiré le recueillement. Louis Lefébure-Wély nous a transmis une Communion aux belles mélodies avec un accompagnement plus marqué de vélocité. L’Andante, lui, joue sur les différences. Le chant très amusant entrecoupé de silences, pourrait être celui de l’oiseau. L’accompagnement est plus posé et essentiellement constitué de notes tenues bien graves.
De retour au XVIIIe siècle, l’assistance a chu dans la méditation avec la 9e Marche héroïque de Georg Philipp Telemann : La Douceur. Bien que le morceau soit composé pour trompette et orgue, Jérôme Chabert a actionné sa magie, et l’on a entendu les deux instruments !
Le moment d’extase de l’auditoire s’est prolongé en écoutant la fameuse Aria de la suite n°3 de Johann Sebastian Bach. Après la Douceur, « l’intensité et la pureté » comme disait l’écrivain Paul Valéry. Cette éblouissante aria a depuis bien longtemps su séduire tous les publics, mais c’est toujours un voluptueux délice.
Jeremiah Clarke a surgi pour réveiller tout le monde avec la Marche du Prince du Danemark plus connue sous le nom de Trumpet Volontary. Ce morceau a été composé pour accueillir les monarques aux cérémonies. Donc du brillant, de l’éclatant, du lumineux se sont échappés de l’orgue !
En conclusion, Jérôme Chabert a offert une improvisation avec un premier passage cérémoniel qui s’est progressivement métamorphosé (à l’aide des registres, nuances et autres) en un véritable feu d’artifice où l’orgue a pu dévoiler toutes ses possibilités et tous ses secrets.
C’est justement lors des improvisations que l’on apprécie les capacités, les compétences, le savoir-faire de l’organiste. La sensibilité du musicien se remarque avec les nuances, la musicalité, le potentiel du choix de la registration.
Les occupants de la cathédrale Saint-Pierre ne se sont pas trompés. Ils ont applaudi très chaleureusement et généreusement l’instrumentiste du jour Jérôme Chabert.
"Merci monsieur Chabert. Vous nous avez fait présent de musiques d’apparat, de méditation, de grand public et d’improvisation ! Vous aimez l’orgue et l’orgue vous aime."
La semaine prochaine, mardi 12 août, sont conviés Sonia Sempéré (soprano) et Emmanuel Pélaprat (orgue). Ne manquez pas ce beau rendez-vous !
SV

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