Le Jeep Club d’Artagnan au rendez-vous du souvenir

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Pour la deuxième fois en quelques jours, les passionnés du Jeep Club d’Artagnan ont pris la route. Direction : Castelnau-sur-l’Auvignon, paisible village perché sur un éperon rocheux, non loin de Condom. Un lieu chargé d’histoire, devenu haut lieu de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, ce hameau perché sur un éperon rocheux a été le théâtre d’une résistance exceptionnelle contre l’occupant nazi, au point de devenir l’un des foyers les plus actifs de la lutte clandestine dans le sud-ouest de la France.

C’est ici, à l’abri des regards, que s’est établi en novembre 1942 l’agent britannique George Reginald Starr, alias « Hilaire », envoyé par le SOE (Special Operations Executive) pour structurer un vaste réseau de Résistance. À peine arrivé, il est accueilli par Jeanne Robert, institutrice de 26 ans et résistante convaincue, membre du réseau "Victoire" basé à Agen.

Un réseau stratégique au cœur du Gers

Grâce à l’appui de ce petit cercle local et avec le soutien logistique de Londres, Starr fonde le réseau Wheelwright, qui étendra rapidement ses ramifications du Gers jusqu’en Dordogne, en passant par les Landes, les Hautes-Pyrénées et les abords de Toulouse. Pendant 19 mois, depuis ce village rebaptisé "Camilo" pour des raisons de sécurité, se coordonnent des missions de renseignement, des sabotages et des parachutages d’armes.

Castelnau, alors isolé et discret, devient un carrefour stratégique. Au printemps 1944, on y croise des Résistants venus de toute l’Europe : Français, Espagnols, Italiens, Arméniens… Parmi eux, les guérilléros espagnols de la 35e Brigade, commandés par Tomàs Guerrero Ortega, dit « Camilo », jouent un rôle clé dans la défense du secteur.

La bataille du 21 juin 1944

Quelques jours après le débarquement en Normandie, les Allemands localisent l’activité clandestine de Castelnau. À l’aube du 21 juin 1944, ils lancent une attaque d’envergure contre le village. La résistance est farouche. Les combats sont violents, la tour carrée du XIIIe siècle — où étaient entreposées les munitions — explose. Si les Résistants parviennent à se replier, le village est incendié par les troupes ennemies. Dix maquisards tombent, deux civils sont tués et cinq autres combattants sont blessés.

Une mémoire toujours vivante

Castelnau-sur-l’Auvignon porte aujourd’hui le titre de village martyr, seule commune du Gers décorée de la Croix de Guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil. Chaque 21 juin, une cérémonie rend hommage aux Résistants tombés lors de cette bataille.

Le monument commémoratif en forme de péristyle, érigé à proximité de l’école de Jeanne Robert, rappelle ce pan de l’histoire où un village de 200 âmes a défié l’Occupation. La tour ronde du XIVe siècle, miraculeusement épargnée, se dresse encore comme un témoin du passé, tout comme la petite église qui abrite une cloche de 1571, classée aux monuments historiques.

Chaque 21 juin, le village rend hommage à ceux qui ont donné leur vie pour la liberté, lors d'une cérémonie du souvenir particulièrement émouvante. Cette année, un détachement des parachutistes de Tarbes était présent pour honorer la mémoire des partisans tombés pour la France.

Le déplacement du Jeep Club, lui, relève presque de l’épopée. Quatre véhicules historiques ont fait le trajet : l’un venu de Vic, un autre de Campagne-d’Armagnac, un troisième de la région de Fleurance, et le dernier issu du canton. Tous pilotés par des passionnés aguerris, respectueux d’un rituel bien huilé : contrôle de l’huile, de l’eau, pression des pneus, niveau de liquide de frein... sans oublier l’inspection sous le châssis à la recherche de fuites, les « normales » comme celles qui inquiètent.

Aucune mauvaise surprise pour la Jeep venue de Vic. Quant à celle de Campagne-d’Armagnac, il s’agissait en réalité d’une Delahaye, véhicule militaire construit en France pour concurrencer la Jeep américaine — sans jamais la supplanter, les armées françaises préférant les modèles US pour la compatibilité des pièces détachées.

Parmi les véhicules présents, une Jeep décorée en hommage au célèbre photographe de guerre Robert Capa a suscité une vive curiosité. Surnommée la "Jeep photographique", elle a promené tour à tour un officier supérieur nostalgique et un gendarme admiratif, tous deux touchés par l’aura de ce véhicule mythique. Arrivée sur une remorque plateau, la belle a cependant joué les capricieuses au moment du départ : moteur noyé, refus de démarrer. Il a fallu un peu de patience pour que l’essence en excès s’évapore et que la Jeep accepte, enfin, de remonter sur sa remorque.

Un vrai officier avec un "faux":  Fédéric Nicoleau délégué militaire départemental du Gers et Patrick Garies, le propriétaire de la Jeep

Quant à la Jeep de Vic, un arrêt fut réalisé à Mourède qui préparait sa fête de la musique. Béatrice Fernando, la présidente du festival Avozart est montée à bord le temps d'une courte promenade. Elle était réclamée pour l'organisation de la fête à venir.

Entre mémoire, passion mécanique et convivialité, cette journée à Castelnau-sur-l’Auvignon a une nouvelle fois prouvé que l’histoire peut encore rouler sur quatre roues… et faire battre les cœurs.

A lire : https://lejournaldugers.fr/article/84858-le-jeep-club-dartagnan-quand-passion-rime-avec-memoire

Crédit photos : François MACE 

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