
Salon du livre: Camille De Peretti 2e à partir de la gauche
Une mise à jour "photos" a été effectuée grâce aux photos communiquées par Rolande Delord (conseillère municipale de Nogaro), relatives à la remise du Prix.
Ces Rencontres littéraires de Nogaro sont, depuis vingt-et-un ans, une bouffée d'air grisant. Parce que l'on y débat de questions primordiales pour notre culture et notre vie de tous les jours, loin des urgences de l'actualité qui envahissent notre présent. Elles ont eu lieu du 20 au 23 mai 2026, sous la présidence de la romancière Camille De Peretti.
Le Prix Jeune Mousquetaire du Premier roman (1 000 euros offerts par la municipalité de Nogaro), a été créé par le professeur Éric Busson. Il est remis chaque année au primo-romancier dont le roman a obtenu le plus de voix. Parmi les romans sélectionnés pendant l'année écoulée.

Samedi matin, Julien Fyot, gagnant du Prix, dédicace son livre Décrochages
Cette année, le Prix est attribué à Julien Fyot pour Décrochages. Un roman qui décrit « de manière poignante le mal-être en milieu scolaire ». Il est lui-même professeur des écoles. Il n'a pas été autorisé à prendre un congé le vendredi 22 mai pour recevoir son Prix à Nogaro. Il est venu le matin du samedi 23 et il a dédicacé de nombreux exemplaires de son roman.
Ce jour-là, les Rencontres ont eu la visite du député Jean-René Cazeneuve.

Le député Jean-René Cazeneuve et le professeur Éric Busson
Les tables rondes
Outre les visites d'écrivains dans les librairies et les médiathèques, ce qui fait l'originalité des Rencontres, ce sont les tables rondes où des écrivains discutent de thèmes qui intéressent toute personne qui aime réfléchir devant un public qui peut poser des questions. Douze écrivains ont été invités.
Le Journal du Gers a assisté à cinq des sept tables rondes (deux sur quatre le vendredi 22 mai et trois sur trois le samedi 23 mai). En voici un bref compte rendu.
Thème : l'art du portrait
Avec Camille De Peretti, Michel Bezbakh et Céline Righi.

L'animatrice, Camille De Peretti, Michel Bezbakh et Céline Righi
Le portrait peut être un autoportrait, qui contient mensonge et/ou vérité. Si c'est un monologue intérieur, ce n'est pas un vrai portrait. Un des intervenants préfère le portrait psychologique au portrait physique, pour que le lecteur puisse se comparer.
Le lecteur a besoin de voir le personnage. De préférence un personnage qui n'est pas donné dès le début, mais dont le caractère évolue dans le cours du récit.
Un des intervenants préfère créer des personnages ambigus pour que les lecteurs aient des avis différents sur eux. Pour cela, il ne leur donne ni caractéristique physique ni prénom.
Un autre préfère créer des portraits composites, comme des puzzles et des portraits de Giuseppe Arcimboldo.

Portrait par Giuseppe Arcimboldo (Wikipedia)
En lisant des portraits, le lecteur en apprend sur lui-même. La méthode d'écriture ? Certains disent qu'ils n'en ont pas, quand d'autres soit dressent un plan très rigoureux avant de commencer, soit écrivent des parties distinctes qu'ils relient ensuite.
Certains trouvent l'inspiration en eux-mêmes, d'autres dans la lecture et le cinéma.
Si l'on veut qu'un personnage se décrive à la première personne, c'est difficile ! Un des intervenants procède comme pour le jeu du portrait chinois (si c'était un animal, ce serait…).
Thème : fiction et histoire, enquêtes de vérité ?
Avec Yann Bouvier, Valérie Igounet et Marin Ledun.

De g. à ,dr.: l'animatrice, Yann Bouvier, Valérie Igounet et Marin Ledun
Ces écrivains veulent-ils réaliser des enquêtes ? Il faut distinguer la « pure » fiction de l'enquête sur un discours politique. Par exemple sur l'immigration, les complotistes, l'extrême droite.
Ou encore : l'histoire de l'industrie est-elle celle d'une histoire criminelle ?
La méthode de l'historien ? Dans son travail, l'auteur a recours aux sources, aux témoignages. Parfois, il fait valider son témoignage par l'interviewé.
Et il faut tenir compte de toutes les sources. Le problème est que certains, comme les négationnistes, trient parmi les documents pour ne retenir que ceux qui leur conviennent.
Il faut trouver le bon angle pour faire un récit sans imposer des conclusions.

Un public nombreux assiste à la table ronde
L'historien qui entreprend une recherche ne sait pas où il va aboutir, il confronte les sources et place le doute au cœur de sa démarche. Alors que le falsificateur sait déjà comment il va conclure ses recherches.
Dans ce type d'ouvrage, les personnages servent à transmettre idées et faits.
À noter qu'il y a de plus en plus de procès faits aux auteurs.
Thème : Samuel Paty, symbole malgré lui ?
La table ronde est animée par Éric Busson. Avec Gaëlle Paty (sœur de Samuel), Valérie Igounet et Guy Le Besnerais. On y parle du livre Samuel Paty, un procès pour l'Histoire, qu'ils ont créé en commun.

De g. à dr.: Éric Busson, Gaëlle Paty, Valérie Igounet et Guy Le Besnerais
Valérie Igounet a noté tous les détails du drame « à la virgule près », Gaëlle Paty a raconté le procès de l'intérieur avec son émotion et Guy Le Besnerais (dessinateur accrédité) a fait des dessins remarquables.
Leur démarche est « très saine » : il n'y a pas de stigmatisation.
Ils ont tout fait pour éviter tout risque de récupération. Pour que Samuel Paty ne devienne pas un symbole de combat.
Ils insistent sur les valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité, laïcité, l'éducation pour tous, le vivre ensemble et les droits pour tous.
Thème : l'Univers à venir
Avec Pierre Raufast et Sacha Bertrand.

De g. à dr.: Pierre Raufast, Sacha Bertrand et l'animateur
Pour l'un des intervenants, parler de l'Univers à venir, c'est un bon moyen pour parler du présent. De décrire d'autres façons de vivre dans la nature entre animaux et humains pour éviter d'arriver à la catastrophe.
Cela remet en cause la place de l'homme dans le monde que l'on vit.
Si la catastrophe arrive, il nous restera quoi ?
Bernanos a écrit : « Le temps des machines n'est pas le temps des humains ».
En écrivant, il s'agit de créer un monde qui influence le comportement des gens : « La fiction m'apporte plus que la réalité ».
La fiction permet de créer un humain qui ressemble au Candide de Voltaire.
Il faudrait que l'humanité accepte d'être supplantée par d'autres êtres vivants et de vivre avec eux en bonne intelligence.
Thème : quand la politique instrumentalise l'Histoire
Avec Yann Bouvier (historien dont le livre France fictions corrige des idées reçues de l'Histoire de France) et Valérie Igounet (historienne spécialiste de l'extrême droite et des négationnistes).

De g. à dr.: l'animatrice, Yann Bouvier et Valérie Igounet
La politique a, de tout temps, cherché à manipuler les faits historiques. Un exemple contemporain : René Bousquet, haut fonctionnaire collaborateur pendant l'Occupation, est un des fondateurs du Front National (FN) avec Jean-Marie Le Pen. Eh ! Bien, il a disparu de l'historique du FN.
La France n'a pas le monopole de ces manipulations. Un intervenant dans le public cite l'Histoire de la Grande Guerre patriotique, publication officielle de l'URSS, dont le texte a été manipulé sous Staline, puis sous Khrouchtchev etc.

Benoît Séverac (auteur de Le Tableau du peintre juif) avec une lectrice
Intervention de Maryse Martinot, adjointe au maire, vendredi soir
Comme Julien Lyot n'a pu rejoindre Nogaro le 22 mai, Christine Campistron (première adjointe au maire) l'avertit en visio qu'il a gagné le Prix Jeune Mousquetaire du Premier roman.

Julien Fyot, empêché, remercie par visio-conférence (Photo Rolande Delord)

Les autorités sont présentes : de g., à dr., Vincent Gouanelle (président de la CC du Bas-Armagnac), Christian Peyret (maire de Nogaro), Christine Campistron (1ère adjointe) et Maryse Martinot (adjointe)

Le Chèque du Prix est exposé par Christine Campistron pendant le discours de Maryse Martinot (photo Rolande Delord)
Puis Maryse Martinot, dans un discours simple et émouvant, se réjouit que les Rencontres soient partie intégrante « de notre identité culturelle gasconne faite de convivialité, de curiosité et de partage ».
Surtout que les Rencontres sont devenues « bien davantage qu'un simple rendez-vous autour des livres ». C'est « une aventure collective qui rassemble toute une ville, notre lycée et d'autres également, des enseignants passionnés, des libraires engagés, des bénévoles fidèles et surtout des jeunes lecteurs qui découvrent, à travers les romans sélectionnés, le plaisir de lire et celui de penser par eux-mêmes (...)».
« Ce prix possède quelque chose de rare : il crée une véritable rencontre (…) entre générations, entre écrivains et lecteurs, entre la culture et la vie quotidienne ».
« Pendant quelques jours, Nogaro et des villes et villages aux alentours deviennent un terre de littérature, un lieu où l'on débat, où l'on échange, où les livres circulent dans les classes, les couloirs des lycées, les conversations et parfois même dans les familles ».
Enfin, « nous souhaitons que la culture, l'éducation et la transmission demeurent des priorités essentielles, parce qu'elles construisent des citoyens libres et éclairés ».

Des jeunes dans le public (photo Rolande Delord)

Dans le publc : au 1er plan, des membres du Clan Centre social et culturel (photo Rolande Delord)

Sur l'estrade, les lycéens de l'association Un livre dans la poche et les écrivains (photo Rolande Delord)
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