Les lauréats du concours de poésie de Flaran

L'arbre à poèmes
L'arbre à poèmes

Le jury adresse un grand bravo à tous les participants du concours de poésie de Flaran édition 2026 !

C’est avec une grande émotion qu’a été inauguré l'arbre à poèmes le 14 mars au moment de la remise des prix du concours, sur lequel tous les poèmes reçus ont été accrochés. Il restera dans la cour d’honneur de l’Abbaye, accessible à tous, jusqu’au 26 avril.

Le jury tient à féliciter plus particulièrement les 4 lauréats, qui ont proposé des poèmes tous très différents, mais qui ont su séduire le jury, et surtout lier les deux thèmes de la  liberté et l’Abbaye de Flaran, avec brio !
 

Le premier lauréat du concours est Marina Freire avec son poème « Entre les murs de ma liberté » qui nous plonge dans la vie d’un moine copiste …

Entre les murs de ma liberté,
Courbé sur mon pupitre,
Bravant le froid s’infiltrant dans le scriptorium,
Bercé par le son des cloches qui rythment les heures
Je retranscris les textes sacrés,
Dans le froid remplissant mes mains d’engelures,
Rongées par les longues heures de travail.

On me croirait prisonnier dans ce monde de silence,
Où s’enchaînent les pas à travers les galeries et le cloître.
Mais je n’ai jamais été aussi libre.
Ma liberté est à travers ces pages
Où l’encre se dépose,
Comme un rayon de soleil à travers un vitrail.

L’abbaye de Flaran me retient,
Par l’épaisseur de ses pierres froides.
Mais mon esprit s’envole sous la lueur des bougies.
Je sens grandir l’énergie des mots qui ne m’appartiennent pas
Mais pourtant me libèrent.

Ma force vive se déploie à travers les murs de Flaran,
Où j’aime contempler les scènes de vie champêtre
Peintes par mes frères cisterciens.
Il y a des forces qui ne s’expliquent pas.
J’ai trouvé ma liberté dans le silence qui m’entoure,
Je suis un moine copiste et ma plume porte le poids des mots,
Qui me paraissent légers tant ma foi me libère.

Marina FREIRE

Le deuxième lauréat du concours est Hervé Berteaux avec son poème « Un foi solide et vive comme un roc…k » qui nous révèle, avec un peu d’humour et beaucoup de rock and roll, pourquoi il n’y a plus de moines à Flaran ! Son poème s’accompagne de deux charmantes images d’un groupe de moines en déroute … fruit d’une collaboration avec l’IA Gemini.

Une foi solide et vive comme un roc…k

L’abbaye de Flaran n’accueille plus de moines
Que s’est-il donc passé en ce lieu si charmant ?
Un jardinier distrait qui usa d’antimoine
Dans le jardin des simples ? Non point assurément.

L’après-révolution, quand on les eut chassés
Des saints murs du couvent ? Bien qu’admise souvent,
L’idée est erronée. Que s’est-il donc passé ?
Disent les impatients. Je sais c’est éprouvant.

Mais le vrai est bien pire et c’est irrémédiable
Car il advint un jour, qu’un moine dérapa,
Sans doute possédé par celui dit le Diable,
Lequel vouait tout moine à d’atroces trépas.

À Flaran, dans la nef, jouant sur l’harmonium,
Il remplaça les mélodies les plus sacrées
Par du bruit, nommé rock. Dans ce pandemonium,
Plus rien ne subsistait, tout était massacré.

Les moines s’agitaient, dansaient, vociféraient.
Même l’abbé hurlait dans des parlers étranges
Des textes infernaux qui, ainsi proférés,
Avaient de quoi épouvanter Dieu et ses anges.

En haut lieu, conjurer cette malédiction
Devint priorité. Vint un inquisiteur.
Il ausculta le moine avec application
Puis le chassa de la maison du Créateur.

À sa grande surprise, au jour de son départ,
Le moine fut suivi par la fraternité
Qui du rock, souhaitait pareillement sa part
Et désirait gagner une autre liberté.

Ainsi soit-il, conclut l’abbé, fermant les portes
De l’abbaye. Flaran retrouva le silence.
Il n’y eut plus ni moines, ni musiques trop fortes
Pour troubler à jamais sa douce somnolence.

Hervé BERTEAUX

Le troisième lauréat du concours est Bruno Deslot avec son poème « Force vive » qui nous fait découvrir avec beaucoup de délicatesse comment le souffle de la liberté imprègne chaque recoin de notre vieille abbaye et sait se dévoiler au visiteur attentif …

Force vive
La liberté n’entre pas en criant.
Elle pousse.
Silencieuse comme la sève
dans les pierres blondes de Flaran.
Elle glisse entre les arches,
désapprend les murs,
fait du cloître un cercle ouvert
où le pas ralentit,
où l’on respire plus large que soi.
Ici, les siècles ont appris
à tenir debout sans chaînes :
les moines, les visiteurs,
les œuvres suspendues au temps
comme des feuilles à la lumière.
La liberté est une patience ancienne
qui sait attendre le printemps.
Dans les jardins, elle se déploie :
herbe neuve, lignes défaites,
parfums qui ne demandent rien.
Chaque fleur est une échappée,
chaque insecte un manifeste discret.
Rien ne commande,
tout consent à fleurir.
Alors le regard se libère.
Il marche entre passé et présent,
entre silence et couleurs d’exposition.
Il comprend que l’élan ne s’oppose pas,
qu’il s’accorde.
Que la force vive n’est pas rupture
mais reprise du souffle.
La liberté, ici,
n’est ni fuite ni conquête.
Elle est cet instant précis
où l’on se sent accueilli
dans l’espace plus vaste que soi,
où l’histoire n’enferme plus
mais soutient l’élan.
Sous le ciel du Gers,
au printemps des poètes,
elle se tient là, entière :
offerte,
déployée,
vivante.
Bruno DESLOT

Le jury a choisi cette année d’accorder une mention spéciale à Marion Doucet pour son poème « Libération maritale » questionnant la condition féminine avec une teinte d’humour noir.

Libération maritale

Cloîtres opiniâtre,
Qui m’emprisonnent,
Tels une marâtre.

Ma mère m’abandonne,
À mon sort,
Tandis que déguisée en Nonne,
Je me libère de mon mari mort.

Marion DOUCET

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