Question : Justin, on se retrouve un mois après ton accident du 23 février. Comment te sens-tu aujourd'hui et où en est ton rétablissement ?
Justin : Je vais mieux, j'observe une amélioration progressive. Mon objectif actuel est de retrouver ma condition physique, mais aussi ma capacité à jouer de la guitare et à chanter. Je tiens vraiment à remercier le club de Auch FC et toutes les personnes qui m'ont soutenu dans cette épreuve.
Question : Justin, tu évoques une prise en charge "pas rapide" aux urgences. Peux-tu nous raconter précisément ce qu'il s'est passé ce jour-là ?
Justin : Je suis arrivé aux urgences à 13h30. J'ai tout de suite "annoncé la couleur" de mon accident, j'ai expliqué ce que j'avais et mes symptômes. Pourtant, on ne m'a pris en charge que vers 18h30, j'aurais pu mourir dix fois. seulement à partir du moment où j'ai été enfin admis que tout s'est accéléré. Aujourd'hui, ça fait un mois. Ça va mieux, je sens que je récupère, mais ces cinq heures d'attente restent marquées dans mon esprit.C'est le seul souci que j'ai eu. Sinon à partir de la prise en charge l'hôpital a été nickel. Les gens étaient professionnels. J'ai aucun souci avec eux. Mais c'est juste la prise en charge malgré le signalement de mes symptômes. J'ai trouvé ça étonnant.
Question : Justin, on connaît ton parcours de sportif, mais ce qui t'est arrivé le 23 février est effrayant. Peux-tu nous raconter ce moment précis ?
Justin : C'est arrivé d'un coup. Je me retrouvais sous une voiture et, en sortant de là, j'avais la tête qui tournait dans tous les sens. Heureusement, j'avais un ami à côté de moi qui a tout de suite compris la gravité de la situation. Il m'a dit : « Viens, je t'amène de suite en urgence. »
Question : Aujourd'hui, un mois après l'accident, tu es debout. Est-ce que tu peux rassurer toutes les personnes qui te connaissent et qui s'inquiétaient pour toi ?
Justin : Ça va, ça va. Oui oui ça va.
Question : On te connaît surtout par rapport au foot, tu es un véritable "dinosaure" dans le Gers en tant qu’éducateur. Parlons un peu de ton parcours : ta passion pour le foot, elle est née où ?
Justin : Elle est née au pays, à Madagascar. C'est-à-dire, petit, je voulais déjà intégrer des grandes équipes là-bas. C'est mon père qui n'a pas voulu que je joue. Parce que lui, il avait fait Tibia-Péroné, il a dit, tous mes garçons ne joueront pas au foot. J'aurais pu jouer à un certain niveau, même en haut niveau. Par contre, en athlétisme, là, j'étais en haut niveau. Il a voulu que je fasse que de l'athlétisme.
Question : Finalement, tu as quand même réussi à concilier les deux disciplines ?
Justin : Le foot c'est scolaire, parce que là-bas il n'y avait pas de club à l'époque. Et l'athlétisme c'est scolaire et club.
Question : Comment s'est passée la transition entre Madagascar et ton arrivée ici ? Tu es passé par Paris ?
Justin : Paris d'abord. Non, La Réunion d'abord. À La Réunion, j'étais à La Réunion, et à La Réunion, les internationaux malgaches m'ont dit « Non, ne joue pas au foot ici, sinon ils vont te casser la jambe. » Parce que j'avais un boulot. Et j'ai regardé les matchs et j'ai dit « Ah, c'est vrai que c'était dangereux. »
Question : Tu disais qu'à la Réunion, le foot était devenu trop dangereux. C'est à ce moment-là que tu as décidé de changer d'horizon sportif ?
Justin : C'était plus du football. Les mecs, c'était... Une bagarre. Ah ouais. Donc à partir de là, j'ai fait du karaté, voilà. J'ai bifurqué vers le karaté.
Question : Ça fait déjà trois disciplines très différentes. Tu étais un vrai touche-à-tout, un multisport avec des qualités physiques hors normes ?
Justin : Oui, oui. Déjà, on a trois sports là, c'est rare. Ça veut dire... Et puis là-bas, le sport co', c'est obligatoire en scolaire. J'ai fait du basket, du volley aussi. À Madagascar, d'accord.
Question : On te connaît comme éducateur, mais ton arrivée en France ne s'est pas faite par le sport. Raconte nous comment tu as débarqué ici ?
Justin : Je suis arrivé en France en tant que musicien. Pas en tant que sportif, je suis arrivé en tant que musicien parce que j'avais un contrat d'exclusivité phonographique dans une maison de disques. C'est l'ancien bras droit de Barclay qui tenait ça.
Question : C'était la grande époque ! Tu as eu du succès rapidement avec ton groupe ?
Justin : Et j'ai sorti deux 45 tours avec mon groupe. Et c'est comme ça que je suis passé à la télé et tout ça. J'étais reconnu en tant que musicien.
Question : Quel était votre nom de scène ou le nom du groupe à ce moment-là ?
Justin : Fooka Mainty Band.
Question : Ton projet musical de l'époque, ça a vraiment bien fonctionné alors ?
Justin : Et ça a marché ! Le disque était sorti en 75. À l'époque, on faisait que des L.P, des petits 45 tours. Il n'y avait pas de radio, il n'y avait que trois radios.
Question : Et pendant que tu connaissais ce succès dans la musique, tu n'as jamais lâché le ballon rond ?
Justin : Pendant que je faisais le métier de musicien, je jouais au foot dans des clubs là-bas. Le dimanche les matchs, le dimanche ou le samedi. Oui, après compétition aussi.
Question : Tu jouais à un bon niveau en région parisienne avant de tout quitter pour le Gers. Comment s'est fait ce choix de vie ?
Justin : Et j'ai joué dans un club qui avait le niveau DH. Et ensuite je suis venu en vacances ici à Auch parce que j'avais de la famille ici. Et quand on a vu avec la mère de mes enfants comment c'était l'environnement, on s'est dit on est mieux ici qu'à Paris.
Question : C'est donc là que l'aventure commence vraiment, notamment du côté de Mirande ?
Justin : Et c'est comme ça que je suis resté dans le Gers et j'ai signé à Mirande. C'est la première fois que Mirande monte un club de foot.
Question : Incroyable ! Donc tu as carrément assisté, ou plutôt participé, à la création du club ?
Justin : Création du club. 83, 84 champions, 85 champions. Oui, tous les 10 ans, on fait la fête du club, la création du club.
Tu disais être arrivé à Auch pour l'environnement familial. Cela fait combien de temps maintenant que tu es lié au club de Mirande ?
Justin : Ça fait 43 ans que j'ai un lien affectif . Et à l'époque, j'avais 33 ans.
Question : C'est une vie entière dédiée au football ici. Et dès tes débuts, vous avez connu une période dorée avec des titres à la clé ?
Justin : On a été champion tous les ans avec Bernard Mansuy comme entraîneur. Bernard Mansuy comme entraîneur maintenant qui est à Preignan. C'est un super entraîneur lui. Très paternel, très gentil.
Question : Tu parlais de Bernard Mansuy tout à l'heure. Pour toi, un bon coach, c'est avant tout quelqu'un qui sait gérer les hommes ?
Justin : Après c'est plus un manager qu'un entraîneur. Il a les deux, de toute façon, mais il les manage énormément. Oui, c'est ce qu’il manque. Souvent dans certains clubs du Gers, il manque de managers, des gens qui managent, c'est-à-dire qui travaillent le cerveau des joueurs.
Question : Justement, comment s'est faite pour toi cette transition ? Comment es-tu passé du terrain au banc de touche ?
Justin : De là, le premier président du club de Mirande Monsieur Ormière qui était pied-noir, il me dit, Justin, ça t'intéresse de passer des diplômes ? Des diplômes de quoi, je lui ai fait ? Eh bien, pour être entraîneur de jeunes et même de seniors.
Question : C'était une belle proposition ?
Justin : J'ai dit, oui, ça m'intéresse, mais c'est payant, je lui ai fait. Non, c'est le club qui paye. J'ai dit, ah bon ? C'est pour aller... Et j'ai fait, en 84, j'allais à Toulouse passer mes diplômes, mon Brevet d’État.
Question : Ton parcours dans le Gers t'a ensuite mené vers les Aiglons, puis vers le Auch Football Club après la fusion. Depuis 2000, cela fait maintenant 26 ans que tu observes le football auscitain. Quelle évolution majeure as-tu notée ?
Justin : L'évolution, je la vois surtout dans le rapport à l'effort. Mon éducation, c'est la résilience, la fermeté et une certaine dureté. Je viens d'une société matriarcale où ces valeurs étaient la base. Même si je suis plus souple aujourd'hui, notamment avec mes enfants, j'ai gardé ce cap dans mon management. Le problème aujourd'hui, c'est qu'avec les écrans et tout ce qui va avec, il n'y a plus de résilience face à l'effort et à la difficulté.
Question : Pour toi, le rôle de l'éducateur a donc dû s'adapter à cette nouvelle génération ?
Justin : Il faut comprendre que pour être au top, quel que soit le sport, il faut apprendre à souffrir. On ne doit pas obliger les enfants à faire du sport pour l'argent, car l'argent vient tout seul si on travaille. Mon père me disait toujours ça : "Ça viendra tout seul". Mais aujourd'hui, la difficulté fait peur. Mon rôle, c'est de réapprendre aux jeunes cette capacité à tenir bon malgré la fatigue ou l'exigence du terrain.
Question : Justement, quel est l’éducateur ou le dirigeant qui t’a le plus marqué et sur lequel tu as appuyé l’enseignement que tu transmets aujourd'hui ?
Justin : Il y a des éducateurs qui m'ont plu. Par exemple, Frédo Carrère, Xavier Lagouanelle, Bechir Karim. Ils transmettaient quelque chose de vrai. C'est ce que j'essaie de faire aussi : transmettre des valeurs de terrain.
Question : Quel message voudrais-tu laisser aux parents et aux jeunes qui t'ont côtoyé pendant toutes ces années à Auch ?
Justin : Il ne faut pas penser à l'argent. Ne forcez pas les enfants parce qu'il y a soi-disant de l'argent dans le foot. Pensez juste au plaisir de pratiquer et à l'exigence pour être au top. Comme me disait mon père : « Travaille, et l'argent viendra tout seul ». La musique m'a appris ça aussi : à 18 ans, je gagnais déjà très bien ma vie grâce à mes concerts parce que je travaillais dur. Le sport, c'est la même école.
Question : Justin, quel conseil donnerais-tu à un jeune éducateur qui débute aujourd'hui ? Quelle est la règle d'or sur le terrain ?
Justin : Le conseil numéro un, c’est la patience éducative. Il ne faut jamais, au grand jamais, dire à un enfant « tu es nul » ou le mettre de côté. Rien n'est figé dans le sport. Un gamin qui a des difficultés aujourd'hui peut être celui qui te surprendra demain. Mon rôle, c'est de les accompagner tous, sans exception, car chaque enfant évolue à son rythme. Si tu mets un petit de côté, tu casses quelque chose en lui. L'éducateur est là pour construire, pas pour détruire.
Question : On a beaucoup parlé de ton accident du 23 février. Avec le recul, quelle définition donnerais-tu à la "résilience", toi qui as dû l'appliquer pour toi-même ?
Justin : La résilience, c'est la capacité à transformer une épreuve en force. Quand je me suis retrouvé sous cette voiture, puis face à l'attente aux urgences, j'aurais pu baisser les bras. Mais ma résilience, c'est ce que j'ai appris toute ma vie : dans la société matriarcale où j'ai grandi, ou sur les pistes d'athlétisme. C'est accepter la difficulté, ne pas la fuir, et se dire qu'on va se relever. C'est ce que j'essaie de transmettre aux jeunes : le talent ne suffit pas, il faut cette force mentale pour surmonter les moments où ça ne va pas.
Question : Pour conclure cet entretien, qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?
Justin : La santé, je veux la retrouver. Il faut que je retrouve ma condition physique et que je trouve tous mes moyens. Parce que là, pour l'instant, je ne peux pas jouer de la guitare comme j'ai l'habitude de faire depuis, ou chanter. Mais ça va venir avec un esprit de combat.
Question : Un dernier mot pour tous ceux qui te soutiennent ?
Justin : Je remercie tous les gens qui m'ont mis des mots gentils pour mon rétablissement. Je remercie tout le monde, surtout au club, la plupart des jeunes et des dirigeants, entraîneurs. Je remercie tout le monde.
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