Mardi 17 mars 2026, début de matinée. Les allées d'Étigny ressemblent encore à un chantier. Les camions manœuvrent, les structures métalliques s'assemblent, les câbles s'étendent sur le bitume. Dans quelques heures, tout cela sera lumières, musique et odeur de barbe à papa. Mais pour l'instant, les forains transpirent.
Serge tient son stand de tir et aux pinces depuis des années. À ses côtés, son fils gère les cascades. Deux générations, une même passion et une même inquiétude quand on leur pose la question qui fâche : peut-on encore vivre de ce métier ?
"On arrive à s'en sortir, mais c'est le minimum", lâche Serge, sans détour. "Avant c'était beaucoup mieux niveau chiffre d'affaires. Là on est en crise, la France est en crise, et les gens dépensent moins."
La crise, Serge la ressent aussi dans ses charges. L'électricité, indispensable pour faire tourner les attractions, a fortement augmenté ces dernières années. Un coût supplémentaire qui grignote les marges déjà serrées d'une profession qui vit au rythme des saisons et des caprices de la météo.
Face à cette réalité, certains forains ont trouvé une parade : baisser les tarifs. Une initiative loin de faire l'unanimité dans la profession. "Il y en a qui jouent le jeu, il y en a qui ne le jouent pas", reconnaît Serge. Certaines attractions proposent des demi-tarifs pour attirer les familles, d'autres maintiennent leurs tarifs coûte que coûte. Une fracture discrète, mais bien réelle.
Fabien, voisin de stand, en pleine installation lui aussi, résume tout d'une phrase courte : il espère le beau temps. Comme Serge. Comme tous les autres. Parce que dans ce métier, la météo reste le premier levier économique. Celui que personne ne maîtrise mais que tout le monde surveille.
C'est le paradoxe de la fête foraine. Des professionnels aguerris, qui sillonnent les routes de France toute l'année, qui montent et démontent en quelques heures, et dont le chiffre d'affaires tient parfois à un ciel bleu.
Alors ce mercredi, quand les portes ouvriront officiellement sur les allées d'Étigny, Serge, son fils et les autres forains seront prêts. Les tarifs affichés, les machines en ordre, le sourire de mise. Il ne leur manquera plus qu'une chose, celle que ni le travail ni l'expérience ne peuvent garantir.
Le soleil.
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