À quelques semaines de la fermeture générale de la chasse (le 28 février), faisons un petit tour d’horizon du monde cynégétique gersois, et même au-delà. Gladys Gonnet et Jean-Paul Dupré, respectivement directrice et président de la Fédération départementale des chasseurs du Gers (FDC 32), répondent à nos questions.
- Selon les espèces, quel bilan pourra-t-ton tirer de cette saison 2025-2026 ?
JPD : - Le bilan concernant le petit gibier n’est pas bon. C’est très restreint sur la perdrix. Et si nous avons un peu plus de population sur le faisan, cela reste des chasses qui ne sont pas aussi pléthoriques que celles que nous avons connues par le passé. Sur la partie est du département, nous avons une bonne population de cailles qui nous amène pas mal de chasseurs. La caille est un gibier très prisé car c’est un oiseau très intéressant à chasser avec les chiens. Concernant le lièvre, nous avons un PMA (prélèvement maximum autorisé) qui est à trois pièces par chasseur et par an. Les populations de lièvres sont très bonnes sur la quasi totalité du département ; et sur l’est du département, Samatan, L’Isle-Jourdain, nous avons même des sociétés de chasse qui nous disent qu’il y en a un peu trop, et qu’il faudrait augmenter le PMA. Ce qui se passe sur ces secteurs-là, et c’est très bien, nous avons des échanges : des chasseurs issus de secteurs moins bien lotis sont invités sur ces secteurs-là.
- Le faisan est donc un point faible dans ce bilan ?
GG : - Le petit gibier de manière générale. Pour la palombe, les comptages ont été particulièrement mauvais cette année. Cela s’explique, à la fois, par la disponibilité alimentaire avec une glandée qui a été mauvaise cette année, mais aussi par rapport aux directives qui ont été prises en matière de conservation des chaumes. Il y a moins de chaumes de maïs qui ont été conservés en période hivernale. Ce pourrait être un des facteurs qui expliquent qu’il y ait moins de palombes hivernantes cette saison.
JPD : Le passage des palombes s’effectuait tardivement tous les ans ; et cette saison, ô surprise ! c’est début octobre qu’il y a eu de gros passages, tant et si bien que pas mal de palombières n’étaient pas encore prêtes ; tant et si bien qu’ils ont manqué le début ; et au final, les chiffres sont en baisses.
GG : - Un petit mot sur le grand gibier. Les chiffres sont assez constants. Le grand gibier est soumis à un plan de chasse. Les animaux sont présents et il y a une belle qualité de chasse avec les chevreuils. Et sur le sanglier, on peut dire que l’on ne manque pas de sangliers sur le département.
« DES CHOSES VONT ÊTRE ANNONCÉES »
- Madame Gonnet, lorsque vous avez pris vos fonctions en juillet 2025, vous disiez avoir deux gros sujets qui vous tenaient à coeur : l’amélioration de l’habitat pour le petit gibier, mais également avoir plus d’échanges avec le monde agricole gersois. Qu’en est-il aujourd’hui ?
GG : - Pour la partie concertation avec le monde agricole, nous avons très bien avancé. Nous entretenons des relations apaisées avec les agriculteurs, notamment sur la question des dégâts causés par le sanglier principalement. Nous avons des accords qui ont pu être passés, avec une concertation qui est très saine. Nous avons des résultats qui se ressentent favorablement sur la question des surfaces détruites et des montants à indemniser. Sur le petit gibier, ça avance. À ce jour, je ne peux pas trop en dire, mais il y a des choses qui vont être proposées en réunion, en février-mars, lors de réunions préparatoires pour l’AG. Nos adhérents vont être informés sur les projets concernant le petit gibier. Des choses qui vont être annoncées aussi aux Territoires…
- Vous venez de répondre à ma question suivante qui était de savoir quel sera le gros chantier de la FDC 32 en 2026…
GG : - C’est toujours un peu le même sujet, à savoir les dégâts. C’est un très gros chantier, il y a encore beaucoup de travail, c’est loin d’être gagné. On peut noter qu’il y a une collaboration importante entre la FDC, les agriculteurs et l’État. Nous allons essayé de tous avancer ensemble dans la même direction cette année. Il y aura toujours des dégâts causés par le grand gibier, donc ce sera toujours un chantier prioritaire, mais on ne veut pas oublier ce petit gibier… Nous aimerions aller plus loin sur la question de l’habitat, et nous avons besoin de nos adhérents car ce sont eux qui ont le relationnel…
« DE PLUS EN PLUS DE JEUNES AGRICULTEURS PASSENT LE PERMIS »
- De façon générale, pour faire simple, les agriculteurs reprochent aux chasseurs de ne pas faire correctement leur travail, mais en même temps, beaucoup d’agriculteurs refusent l’accès de leurs terres aux chasseurs. C’est un peu paradoxal, non ?
- JPD : - Il y a un peu de ça, oui. Nous, à la FDC 32, nous le déplorons. Mais ça va changer un peu avec les jeunes agriculteurs qui arrivent maintenant. Nous avions un monde agricole qui s’était complètement désintéressé de la chasse. Il y a 40 ans de cela, 80 à 90 % des agriculteurs étaient chasseurs. Aujourd’hui, c’est l’inverse ; environ 20 % des agriculteurs sont chasseurs. Pour bien protéger ses cultures, le mieux est d’être sur place et de pouvoir agir soi-même. L’idée fait son chemin. Les jeunes agriculteurs passent de plus en plus le permis. Mais nous avons une pyramide des âges qui est complètement désorganisée, avec des chasseurs de plus de 55-60 ans très nombreux, et puis un trou derrière. Ce qui fait qu’aujourd’hui le nombre de nouveaux permis qui arrivent suffirait à renouveler la population des chasseurs. Sauf que nous avons une pyramide des âges très disproportionnée. Donc, même si nous avons à peu près 200 jeunes chasseurs chaque année, nous en perdons entre 400 et 450 dans le même temps. Et cette différence représente 3 % en moyenne de nos effectifs. Ce qui fait que nous perdons un peu moins de 300 chasseurs par an en moyenne…
GG : - À la FDC 32, nous avons souhaité renforcer notre travail avec les cursus de formation. Nous sommes partenaires avec le lycée agricole de Mirande. Nous allons beaucoup intervenir avec eux pour, justement, montrer que lorsqu’on est agriculteur, il y a un fort intérêt à rester près des chasseurs, ou, dans le meilleur des cas, carrément être chasseur. Sur la partie habitat, les ingénieurs vont beaucoup intervenir auprès des jeunes auxquels il faut montrer qu’on peut traiter de sujets habitats tout en gardant les intérêts agronomiques. Nous ferons aussi des démonstrations sur tout ce qui est piégeage… Et nous leur parlerons de l’expertise des dégâts de sangliers. Nous essayons de sensibiliser ces futurs gestionnaires d’exploitations en leur montrant qu’il ne faut pas perdre ce lien entre chasseurs et agriculteurs.
- Selon un rapport missionné par le Gouvernement, le cerf et le chevreuil pourraient être classés ESOD (Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts). La Fédération nationale de la chasse (FNC) est contre cela et estime que ce serait une erreur. Votre point de vue ?
JPD : - Dans le Gers, nous avons la « chance » de ne pas avoir de cerfs – les chasseurs qui m’entendront dire cela ne seront pas contents peut-être –, et la volonté politique de la FDC 32 est de ne pas laisser les populations (de cerfs) s’installer. Donc, dans le Gers, il n’y a pas de raisons de mettre le cerf comme ESOD. Pour le chevreuil, nous avons une très bonne gestion des populations. Nous le suivons depuis très longtemps. Nous faisions des comptages… Selon moi, il n’y a pas non plus de raison pour le qualifier ESOD.
GG : - Je serais même très vigilante sur le chevreuil, parce que je vois que, ne serait-ce que l’année dernière, nous étions assez inquiets des warning sanitaires qui ont été mis en place sur le chevreuil… Nous avions des problèmes de diarrhée pour le chevreuil. Nous étions assez inquiets. Le chevreuil est un des atouts du département. Il y a des gens qui viennent d’un peu partout pour chasser le chevreuil dans le Gers. Et nous avions un peu peur car des chasseurs nous disaient qu’ils voyaient de moins en moins de groupements sur le département. Donc nous aurions tendance à être assez vigilants sur l’état du chevreuil. Donc évidemment, ce n’est pas du tout le sujet, pour nous, de le classer ESOD.
JPD : - Nous souhaitons respecter ce bel animal qu’est le chevreuil.
« QUAND J’ENTENDS DIRE QU’IL FAUT SUPPRIMER CES TRADITIONS, MOI, ÇA ME REND DINGUE »
- Le 12 octobre dernier, Madame Monique Barbut a été nommée ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat. Ancienne fer de lance de WWF France, Madame Barbut n’est pas connue pour être une amie des chasseurs. Votre commentaire sur le sujet ?
JPD : - Je vais peut-être être à contre-courant de ce qui se dit dans la généralité. Les cinq départements (Gironde, Landes, Lot-et-Garonne, Pyrénées-Atlantiques, Gers), qui avons la chasse de la palombe au filet, sommes attaqués. Mon collègue des Landes, Jean-Luc Dufau, en compagnie de son directeur de la FDC 40, ont été reçus par Monique Barbut. L’entretien s’est passé de façon excellente. Et pour tout vous dire, Monique Barbut a dit qu’elle était opposée à des chasses d’oiseaux en voie de disparition. Mais sur un oiseau comme la palombe, qui est classé ESOD et qui connaît une population très importante, elle n’avait aucun grief sur sa chasse. Elle a dit souhaiter que nos pratiques soient conservées. Après, les promesses n’engagent que ceux qui y croient… Dans la foulée, elle nous a envoyé son chargé de la chasse Mathieu Lefèvre qui est venu en palombière. Nous étions les cinq présidents des Fédérations. Mathieu Lefèvre est venu constater in situ ce qu’est la chasse à la palombe, avec des prises très modestes et surtout très sélectives… Quand j’entends qu’il faut supprimer ces traditions, moi, ça me rend dingue. À la TV, on entend des personnes qui, lorsqu’ils vont dans des pays autres que la France, disent qu’ils faut absolument conserver les traditions qui existants dans ces pays, et ces mêmes personnes, ici en France, essaient de nous faire tomber nos traditions.
Propos recueillis par Jean-Marc Ramel
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