Depuis plus de deux mois, 14 élèves en situation de handicap du collège Gabriel Séailles sont privés de leur enseignant spécialisé. Faute de remplacement pérenne, le dispositif ULIS (Unité Localisée pour l'Inclusion Scolaire) fonctionne au ralenti, laissant des enfants fragiles sans repères, sans continuité pédagogique et dans une grande détresse.
Ce lundi, l’équipe éducative a décidé de rendre visible ce que l’institution refuse de voir.
Un dispositif ULIS laissé à l’abandon
Ce lundi 12 janvier à 13 heures, l’équipe éducative du collège Gabriel Séailles s’est rassemblée devant l’établissement, banderole déployée : « ULIS oubliée, élèves en danger ». Par cette mobilisation, enseignants, AESH ( Accompagnant des Elèves en Situation de Handicap) et parents d’élèves dénoncent une situation qu’ils jugent intolérable : l’absence prolongée de remplacement de l’enseignant spécialisé du dispositif ULIS.
Depuis le 3 novembre 2025, l’enseignante référente est en congé maladie. En plus de deux mois, le remplacement n’a été assuré que sept jours, non consécutifs, par deux enseignantes différentes, non spécialisées, venues d’une autre circonscription.
Des élèves fragiles sans repères ni continuité
Le dispositif ULIS du collège accueille 14 élèves, de la 6e à la 3e. Certains bénéficient jusqu’à 18 heures hebdomadaires d’enseignement spécialisé. Tous sont reconnus en situation de handicap par la MDPH.
Privés d’enseignant référent, ces élèves se retrouvent sans cadre stable. Chaque matin, certains ne savent pas où aller, se rendent au secrétariat et demandent ce qu’ils doivent faire. Une situation génératrice d’angoisse, de confusion et de perte de repères.
« Ce n’est pas à l’AESH de porter seule l’ULIS »
Face à cette absence, l’AESH rattachée au dispositif tente de maintenir un minimum de continuité. Elle accompagne les élèves en inclusion dans les classes ordinaires et gère le quotidien du groupe.
Mais pour l’équipe éducative, la situation est claire : « Ce n’est pas son rôle. Une AESH ne peut pas remplacer un enseignant spécialisé ni faire fonctionner seule un dispositif ULIS. » Certaines inclusions sont devenues impossibles, notamment pour les élèves les plus en difficulté.
Errance, agitation, décrochage : des conséquences bien réelles
Les effets de cette carence institutionnelle sont déjà visibles. Les élèves sont plus agités, plus anxieux, décrochent progressivement. « On commence à avoir de l’absentéisme. Ils sont en souffrance », alerte l’équipe pédagogique.
Faute de cadre stable et d’apprentissages structurés, les élèves « lâchent le travail » et perdent confiance, tant sur le plan scolaire qu’émotionnel.
Des alertes ignorées malgré les démarches répétées
Le chef d’établissement, Monsieur Hénon, soutient pleinement l’action de son équipe. Depuis le début de l’absence, il a multiplié les démarches auprès du rectorat : courriels, appels, relances. Sans résultat concret.
De son côté, Madame Adler, AESH rattachée à l’ULIS, n’a cessé d’alerter sur la situation et ses conséquences humaines. Là encore, les réponses institutionnelles se font attendre.
Deux jours de remplacement : une réponse jugée méprisante
Selon l’équipe éducative, l’inspection aurait évoqué la possibilité d’un remplacement deux jours par semaine. Une annonce vécue comme un nouveau déni des besoins réels des élèves.
« Deux jours par semaine, ce n’est pas un dispositif ULIS. Cela ne permet ni de construire des apprentissages, ni d’assurer la sécurité émotionnelle indispensable à ces enfants », dénoncent les personnels.
Manque d’enseignants spécialisés : un problème structurel
Au-delà du cas du collège Gabriel Séailles, cette mobilisation met en lumière une crise plus large. Le manque d’enseignants spécialisés, l’absence de remplaçants formés et la priorité donnée aux écoles primaires laissent les collèges sans solution.
« On affiche l’école inclusive, mais on ne forme pas assez d’enseignants et on ne prévoit pas de remplaçants. Ce sont toujours les mêmes élèves qui en paient le prix », déplorent les manifestants.
Parents et équipe éducative unis pour défendre les élèves
Des parents d’élèves étaient présents lors du rassemblement. L’un d’eux témoigne : « Nous avons écrit, envoyé des courriers, sans aucune réponse. Ce sont les élèves qui ont le plus besoin de l’école qui sont aujourd’hui abandonnés. »
Tous affirment leur soutien à l’équipe éducative et demandent une réponse rapide et pérenne.
Où est l’école inclusive ?
Par cette action, les personnels du collège Gabriel Séailles entendent être entendus. « Où est l’école inclusive ? Où est la considération pour ces élèves qui veulent apprendre et qui demandent chaque jour quand ils auront enfin un enseignant ? »
Un message clair, adressé à l’institution : les élèves d’ULIS ne sont pas des variables d’ajustement. Ils ont droit à leur dispositif, à un enseignant spécialisé, et à une école réellement inclusive.

Commentaires