D’habitude, c’est le genre d’anecdotes que les Nemrods se racontent le soir de Noël. Et souvent, ça finit mal pour la belle mordorée. Cette fois, changement total de décors… et de scénario. Mais le héros, ou plutôt l’héroïne, reste la Dame Rousse.
Nous ne sommes sommes pas dans les sous-bois d’une vallée quelconque, ni dans les grandes étendues landaises. Mais bien en plein centre-ville ! Au Havre ! Oui, bien loin des bonnes terres gersoises. Mais en ce jour de Noël, la rencontre est si belle, que je ne peux m’empêcher de vous la narrer.
Il est 14 H 30. Conducteur de bus sur le réseau urbain havrais, je viens de terminer mon service. La journée a été calme. Le froid pique le visage, mais le soleil – chose rare ici à cette époque de l’année – illumine le ciel marin. Après avoir garé mon véhicule au sous-sol de l’Hôtel de ville, je sors de l’ascenseur. Dans l’angle, une forme attire mon regard. Je ne rêve pas… une bécasse est tapie là, tremblant un peu.
Comment ce bel oiseau, le plus beau et le plus furtif de nos gibiers à plume, qui fait rêver tant de chasseurs, se retrouve là, en plein centre-ville de la cité océane ? Je la regarde. Mais ne la touche pas. Me disant que je ne peux rien pour elle, je la considère comme condamnée. Ici, c’est le royaume des goélands. Et leur voracité n’est pas un mythe.
Après avoir fait quelques pas pour rentrer chez moi, je me ravise. Retour auprès de l’oiseau blessé. Sur mon téléphone, je cherche une association de protection des oiseaux. J’en trouve deux. Mais en ce jour de Fête, pas de réponse. Appel vers la police municipale qui me conseille d’appeler les pompiers. Me sentant un peu ridicule – après tout, ce n’est qu’un oiseau –, je les contacte. Et quelques minutes plus tard une équipe arrive sur les lieux.
Rapidement, la bécasse, après avoir essayé de s’envoler sans y parvenir (peut-être une aile cassée), est mise dans une cage. « On va la garder à la caserne aujourd’hui, elle sera au chaud, et on va lui donner à manger », explique un des trois pompiers intervenants. Demain, la belle mordorée sera conduite probablement à l’association CHENE située à Allouville-Bellefosse, près du Havre. Espérons qu’elle pourra recouvrer ses capacités pour rejoindre au plus vite les sous-bois environnants.
Cette petite anecdote n’est pas grand-chose. Mais cette rencontre avec le bel oiseau des bois, en ce jour de Noël, et qui plus est, au coeur d’une grande ville, m’a réchauffé le coeur.
Au Havre depuis quatre ans, je suis un Agenais qui est tombé amoureux du Gers pour y avoir vécu et travaillé pendant plus de sept ans. Le Gers me manque. J’y retourne régulièrement. Cette bécasse ma jeté en pleine figure un message : « comme moi, tu n’es pas dans ton élément ici ».
À tous les Gersois, bon NOËL !
PS : Je suis titulaire du permis de chasser, bien que n’ayant plus eu l’occasion de pratiquer cette belle et saine activité depuis des années.
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