Assemblée générale de “La Bienfaisance” : Christiane Goergen-Trépout éclaire l’histoire de la croix monumentale de la Glacière

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Lors de l’Assemblée générale de l’association La Bienfaisance, sa présidente Christiane Goergen-Trépout a présenté un exposé aussi documenté que passionnant sur la croix monumentale de la Glacière, un élément patrimonial de notre commune dont la présence, souvent discrète, renferme pourtant une riche histoire.

Une croix au carrefour des chemins

En consultant les cartes anciennes comme celles de Cassini ou de l’époque napoléonienne, comme les cartes actuelles, on constate que la croix de la Glacière se situe à la croisée de plusieurs voies :
– la route de Marambat, reliant Valence au nord et Maubourguet au sud,
– le chemin de la Glacière,
– et la rue du Pont de Notre-Dame.

Une simple visite sur place suffit à le confirmer : cette croix est bien une croix de carrefour, monumentale par sa taille et bénéficiant d’un emplacement privilégié. Elle appartient également à la famille des croix de chemin, très répandues à partir de 1095, lorsque le droit d’asile, jusque-là réservé aux églises, leur fut étendu.

Ces croix remplissaient un double rôle de guide et de protection. Elles servaient de repère pour les habitants et les voyageurs, se repéraient même sous la neige ou à la lueur du clair de lune, et marquaient des pauses lors des processions, notamment les rogations où le curé bénissait prés et champs en appelant de bonnes récoltes. Très présentes du XVIᵉ au XIXᵉ siècle, elles font aujourd’hui partie des petits monuments historiques, parfois même classés parmi les trésors nationaux.

Un monument restauré qui révèle ses secrets

En 2025, la croix se dresse dans un joli jardin fleuri qui invite à la contemplation ou à la curiosité. Beaucoup de passants ne l’avaient jamais observée de près, et certains la croyaient parfaitement ordinaire.

Christiane Goergen-Trépout explique que c’est en 2010, constatant l’état de délabrement et le risque de danger, qu’elle signale la situation à la municipalité. La restauration et le sablage qui s’ensuivent redonnent au monument son lustre d’antan... et dévoilent des indices attendus, permettant d’approfondir son étude.

           

La croix avant 2010                                            La croix après 2010

C’est ainsi que des inscriptions et dessins, jusque-là invisibles, apparaissent clairement.

INRI, Sacré-Cœur et date mystérieuse : trois marques d’histoire

Le “titulus” INRI

Tout en haut, on lit nettement les quatre lettres INRI, inscription romaine placée sur la croix du Christ lors de sa crucifixion :
« Jésus le Nazaréen, roi des Juifs », selon l’Évangile de Jean.
Christiane Goergen-Trépout rappelle également le dialogue entre les sacrificateurs et Pilate, et la volonté romaine d’humilier celui qu’ils considéraient comme un faux Messie.

Le Sacré-Cœur de Jésus

Au centre de la croisée, un cœur stylisé est traversé d’une flèche allant de droite à gauche : le Sacré-Cœur de Jésus.
La flèche renvoie à la lance du soldat romain qui transperça le flanc du Christ.
Les flammes stylisées évoquent quant à elles la puissance du feu, symbole de l’amour divin.

La présidente retrace l’origine de ce culte : visions de Sainte Gertrude au XIIᵉ siècle, apports de Saint Augustin, Sainte Catherine ou Sainte Thérèse, puis renaissance décisive au XVIIᵉ siècle avec Marguerite-Marie Alacoque, « l’Apôtre du Sacré-Cœur ». Institué en 1765 par le pape Clément XIII, ce culte est étendu au monde entier en 1856. Elle rappelle aussi le célèbre « vœu » de Louis XVI, recommandant sa personne, sa famille et la France au Sacré-Cœur avant son exécution en 1793.

Une date : 1802… et une autre effacée

En bas de la croix apparaît une date difficilement lisible : 1802. Gravée grossièrement, comme à la hâte, elle semble avoir été inscrite directement sur une partie où figurait déjà une date plus ancienne, grattée et dégradée.

Pourquoi ce geste ? Que s’est-il passé ?

Christiane Goergen-Trépout propose une explication fondée sur l’histoire nationale.
Entre 1789 et 1799, l’Église est dépouillée de ses biens, les symboles religieux détruits ou mutilés, notamment après la Constitution civile du clergé votée en 1790. La date originale de la croix aurait pu être supprimée à cette période.

Lorsque Bonaparte arrive au pouvoir en 1799, il souhaite restaurer la paix religieuse. Il négocie le Concordat avec le pape en 1801 ; la loi du 8 avril 1802 rétablit officiellement le culte catholique, sous surveillance de l’État et des nouveaux préfets.

Inscrire « 1802 » sur une croix située à l’extérieur, alors même que les manifestations religieuses publiques sont strictement encadrées, pourrait avoir été un acte discret mais symboliquement fort : une manière de réparer l’outrage révolutionnaire, un signe de contre-révolution parlant « aux initiés ».

Conclusion : un patrimoine qui raconte l’Histoire

Les hypothèses avancées par Christiane Goergen-Trépout, précise-t-elle, n’engagent qu’elle, mais elles résultent d’un croisement minutieux entre Histoire de France et histoire locale.

Elle invite chacun, en passant route de Marambat, à lever les yeux vers cette croix âgée d’au moins 236 ans : un témoin silencieux de notre passé, un morceau de mémoire locale à préserver et à transmettre.

Tableau signé Kieffer (seconde guerre mondiale)

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