Pascal Geneste, Le d’Artagnan du sculpteur Firmin Michelet
L’histoire réelle de d’Artagnan a été étudiée sous toutes ses facettes, d’une approche romanesque avec Courtilz de Sandras puis Alexandre Dumas à une étude purement scientifique inaugurée au début du XXe siècle par Charles Samaran, le premier historien à s’être penché sur la réalité de son existence à partir des sources d’archives. Cette première biographie, publiée en 1912, eut un tel retentissement que le Conseil général du Gers imagine d’emblée d’offrir à la Gascogne un monument à la gloire de son héros. Bloqué par la Première Guerre mondiale, ce projet renaît dans les années vingt, comme en témoigne un dossier inédit du préfet du Gers, récemment retrouvé aux Archives départementales du Gers.
Ce dossier permet de reconstituer dans le détail l’évolution de l’opération lancée par le vœu prononcé par Émile Saint-Laurens, conseiller cantonal et maire de Samatan, lors de la session du 23 septembre 1924 du Conseil général. Elle s’achève près de sept ans plus tard, le 12 juillet 1931, avec l’inauguration, à Auch, de la statue réalisée par Firmin Michelet. Au cours de ces années, l’action portée par Abel Gardey, maire de Villecomtal-sur-Arros, président du Conseil général, Aristide Samalens, maire d’Auch, et Jules de Sardac, maire de Lectoure, président de la Société archéologique du Gers, tous trois bien appuyés par Gilbert Brégail, président du syndicat d’initiative de Gascogne, a permis la constitution d’un cercle très large d’acteurs influents et prestigieux, tous, d’une certaine manière, attachés à d’Artagnan. En trois ans, un « comité pour l’érection de la statue de d’Artagnan », présidé par le préfet Frédéric Kuenzé, est constitué. À partir de 1927, il se réunit pour définir les conditions techniques de l’édification de la statue, lever les fonds et organiser le concours remporté, en septembre 1929, par le sculpteur tarbais Firmin Michelet.
Dès sa désignation et son acte d’engagement, Firmin Michelet entretient une correspondance régulière avec Gilbert Brégail pour l’informer avec précision de l’évolution de sa tâche, de la pose du socle en pierre de Bourgogne aux ajustements de la statue en bronze elle-même. Le président du syndicat d’initiative de Gascogne lance également un concours littéraire visant à créer une pièce de théâtre autour du personnage de d’Artagnan qui serait représentée le jour de l’inauguration de la statue, finalement fixée à l’été 1931, sous la présidence de Gaston Gérard, sous-secrétaire d’État au Tourisme.
Au fil du temps, le d’Artagnan de Firmin Michelet est devenu un symbole majeur d’Auch, inspirant d’autres hommages monumentaux à Condom ou Lupiac, qui n’égalent toutefois pas l’ampleur politique, scientifique et culturelle mobilisée au tournant des années vingt et trente.
Jean-Jacques Dutaut-Boué, Écrivains gascons, amis et disciples de Jasmin dans le Gers
Le poète agenais Jasmin (1798-1864), coiffeur et fils de tailleur, est une des figures de proue de la littérature de langue occitane au XIX° siècle. Il déclama ses poèmes dans tout le sud de la France et il fut reçu à Paris par le roi en 1842. En 1852 il fut reçu à l’Académie française où lui délivra le prix Monthyon. Il fit plusieurs tournées dans le Gers : 1835 à Lectoure pour l’inauguration de la statue du maréchal Lannes, à Auch en 1841, à Condom en 1846, à Mirande Marciac et Plaisance en 1850. Il vint également à Castéra-Verduzan en 1853 et 1854.
Son influence dans notre département fut importante et plusieurs poètes suivirent son sillage en écrivant en gascon. Le plus connu est l’imprimeur auscitain Joseph Loubet (1809-1883), un de ses amis. Il a écrit une œuvre dans laquelle il manifeste des idées farouchement républicaines où il défend le peuple pauvre et opprimé dont il revendique l’émancipation. Nous avons retrouvé également un poème du Condomois Bézues, coiffeur comme Jasmin, texte de genre héroï-comique, publié à Condom en 1850, relatant avec humour les péripéties d’un cortège de mariage. La ville de Fleurance, quant à elle, voit éclore une pièce de théâtre publiée en 1886 par Jean Despiau, lui aussi de souche populaire, mettant en scène la vie des paysans de l’époque. Enfin, nous avons retrouvé un recueil non daté de fables moralisatrices imprimées probablement à la fin du XIX° siècle par un instituteur auscitain nommé Cassaigne qui lui, contrairement aux deux précédents, se déclare directement inspiré par Jasmin.
En début de séance, Georges Courtès nous a lu deux In Memoriam concernant Jacqueline Guignier et Roger Lambert.
En fin de séance, Béatrice Laub nous a signalé que, grâce à un article d’octobre 1962 publié dans la bulletin de la SAG, la jeune association Laymont Patrimoine et Transmission a (re)découvert un roman publié en 1906 dans la Revue des deux mondes, puis en 1907 aux éditions Perrin, intitulé “La Vie finissante”. L’auteure, Louise Espinasse-Mongenet est née en 1871, elle est surtout connue pour sa traduction de la Divine Comédie de Dante. Musicienne, sportive, elle est très active dans les cercles littéraires du début du XXème siècle où son œuvre est comparée par certains critiques à Mistral ou à Pouvillon. Elle développe par son mariage, des attaches à Laymont où elle y trouve l‘inspiration d‘un roman dans lequel elle se place en observatrice attentive, bienveillante voire passionnée. Magnifique chronique de la vie de Laymont et du Saves en 1900, écrite dans un style poétique et narrant avec habileté et précision la vie du village, « La Vie finissante » s‘inscrit dans cette période où la vie traditionnelle paraît en sursis du fait de l’industrialisation, de l’exode rural et de l’influence grandissante des villes.
Laymont Patrimoine & Transmission est fière de proposer ce roman, dans sa version de 1907, augmenté d’un dossier de recherches et d’images d’archive. En effet, après quelques recherches, nous nous sommes rendus compte combien les personnages du roman et les évènements qui y sont rapportés correspondent à la réalité de ce dont les archives départementales ou diocésaines peuvent témoigner, ce qui renforce d'autant l’intérêt historique de l’ouvrage.
Commentaires